Dette, que de crimes l’on commet en ton nom !

dette-publique-2000-milliards
Le tsunami médiatique s’est encore abattu sur les Français : le cap des 2 000 milliards de dette de l’État a été franchi, un Goliath monétaire menacerait la France. Selon BFMTV, 30 745 euros de dette pèsent sur chaque bébé ! Cette entreprise d’épouvante sert de justification à toutes les régressions sociales. À commencer par celles contenues dans le budget 2015, marqué par une injustice fiscale et sociale sans précédent.
Au final, peu importe qu’on l’appelle austérité ou politique de « sérieux budgétaire » – terme choisi par le gouvernement. Car la chose précède le nom. La chose, c’est cette dette présentée comme un monstre dévorant la France, qui justifierait la remise en cause du rôle de l’État : répondre aux besoins sociaux et d’investissement. Une France qui dépense plus qu’elle ne gagne, en somme. Le député PCF du Cher, Nicolas Sansu, membre de la commission des Finances de l’Assemblée et à ce titre en charge de l’examen du budget (avec son collègue Gaby Charroux, PCF, Bouches-du-Rhône) pour le Front de gauche, décortique ce discours : « Notre société redistributive, avec ses politiques publiques de services et d’investissement, est insupportable aux yeux des libéraux, de l’oligarchie financière qui gouverne. Alors, depuis trente ans, ils ont enfoncé des coins.
La dette est le plus puissant argument pour dire qu’on vit au-dessus de nos moyens. » Il convient pourtant de rappeler deux choses : d’une part, la dette française est d’abord le résultat d’une baisse organisée des recettes, notamment pour les plus riches, et du sauvetage des banques lors de la crise de 2008. D’autre part, une partie de cette dette est illégitime, fruit de politiques publiques favorables aux rentiers. Dans un article du « Monde diplomatique » de ce mois d’octobre, l’économiste Jean Gadrey indique qu’un « groupe de travail, synthétisant près de trois ans d’investigations (du Collectif pour un audit citoyen de la dette – NDLR), a publié en mai 2014 une étude, accessible à tous (1), qui apporte la réponse : la part illégitime de la dette française, celle que l’État serait fondé à ne pas rembourser, s’élèverait à 59 % de son montant actuel ». C’est pourtant la rengaine des libéraux qui l’emporte, à commencer par celle de Michel Sapin, le ministre des Finances et des Comptes publics, tout à sa joie de présenter un budget qui comporte 21 milliards de diminution des dépenses publiques : 9,6 milliards concernent la Sécu, 3,7 milliards reposeront sur les collectivités locales et 7,7 milliards sur l’État.
« Avec 11 milliards en moins d’iCi à 2017, les Collectivités font les frais du sauvetage des banques de 2008 et de la baisse organisée des Recettes. »
dette-publique
  • RÉDUIRE LES DÉPENSES… CHICHE ?
    En matière de réduction des dépenses, tailler à la serpe dans les dépenses d’investissement et de fonctionnement pour transférer 41 milliards vers les entreprises, via le pacte de « responsabilité », relève d’un choix politique désastreux. Nicolas Sansu se veut clair : « On ne défend pas les déficits, mais les politiques publiques. La dette existe, elle est là. Mais, question dépenses, pourquoi ne parle-t-on jamais des niches fiscales ? Au contraire, on ne cesse d’en créer des nouvelles, comme le crédit d’impôt compétitivité emploi. » Un CICE dont l’usage ne sera jamais contrôlé, promesse du gouvernement, coûte pourtant 1 % du PIB, à savoir 20 milliards d’euros, pour un gain estimé de 0,5 % de croissance du PIB… Le calcul est vite fait. Et comment ne pas évoquer l’évasion et l’optimisation fiscales ? Si 1,8 milliard d’euros ont été récupérés sur les particuliers repentis, on estime à plus de 80 milliards d’euros le montant de cette fraude, en premier lieu celle des entreprises. Mais, de ce côté-là, rien à attendre d’un gouvernement qui renvoie à une « harmonisation européenne », mais ne hausse jamais la voix lors des réunions des ministres des Finances européens.
  • INVESTISSEMENTS : « ON FERME LES ROBINETS »
    Au contraire, par allégeance à Bruxelles, qui vérifie le budget des États, le gouvernement choisit d’étrangler la France, en coupant tous les investissements. On ferme les robinets, au propre comme au figuré. Un exemple pour illustrer cette politique d’austérité : un prélèvement de 175 millions d’euros sur l’Agence de l’eau. Chaque usager, sur sa facture d’eau, se voit prélever une taxe pour financer cette agence. Or la ponctionner, c’est couper court à tous les investissements nécessaires à l’entretien des réseaux, notamment les stations d’épuration. Au bout de la chaîne, voilà à quoi mène une politique de « réduction des dépenses publiques » : une stratégie de court terme, inefficace et dangereuse.
  • LES COLLECTIVITÉS ÉTRANGLÉES
    Au nom de la dette, les collectivités sont donc elles aussi soumises à l’austérité. 3,7 milliards d’euros en 2015, 11 milliards au total d’ici à 2017 (mais l’effet cumulé de cette baisse, en incluant la dette des collectivités, atteindra 28 milliards d’euros, selon Moody’s). Près de 10 000 maires ou présidents d’intercommunalités, de tous les bords politiques, ont déjà signé une motion pour condamner cette politique « irresponsable ». Nicolas Sansu, également maire de Vierzon, illustre les conséquences : « Le budget de ma commune est de 36 millions d’euros. J’ai perdu 300 000 euros de dotations l’année dernière, et donc 600 000 cette année. La réforme des rythmes scolaires coûte 250 000 euros à la ville. C’est l’équivalent de 35 emplois, ou deux fois le total des subventions aux associations sportives. Les choix seront terribles, et ce sont les investissements qui vont en pâtir. » Les collectivités ne peuvent plus assumer ni le rôle « d’amortisseur social » ni celui d’investisseur public qui fait vivre de nombreuses petites entreprises. Un immense plan social est déjà en cours, qui ne dit pas son nom.
fiscalite
  • IMPÔTS : OÙ EST LA JUSTICE ?
    Reste la question de l’impôt. Celui des particuliers et celui des entreprises. Entendre Manuel Valls parler de « haut-le-coeur fiscal » relève ainsi d’un poujadisme qui conduit précisément à la remise en cause du consentement à l’impôt. C’est ainsi que des centres des impôts ont été attaqués, brûlés, par exemple par les « bonnets rouges » bretons à Morlaix. Le gouvernement tente de cacher la forêt de l’injustice fiscale par l’arbre de la suppression de la première tranche de l’impôt sur le revenu, ce qui fera sortir environ 3 millions de ménages de cet impôt. Outre que cela rend cet impôt encore moins progressif, et donc moins juste, le manque à gagner est compensé par une hausse de nombreuses taxes : TVA (pour 4 milliards d’euros !), redevance télé (+ 3 euros), taxe diesel (+ 2 c/l). Quant aux entreprises, c’est le brouillard. Le taux de façade reste de 33 %, mais personne ne paie véritablement cette somme, soit par le jeu des crédits d’impôts, soit par l’optimisation fiscale…
  • LES BIJOUX DE LA COURONNE
    Reste, pour parer au plus pressé, la dilapidation du patrimoine de l’État. Privatisations du marché de Rungis, des aéroports, de la Française des jeux… c’est la grande braderie. Sur le site des cessions immobilières de l’État (2), 374 ventes sont en cours, soigneusement classées : espaces naturels, bureaux, logements et même… monuments ou mémoriaux. Les biens en vente pour 2015 seront au nombre de 1 780. Il s’agit là, sans doute, du symbole le plus navrant d’un gouvernement qui en est réduit à vendre à toute hâte les bijoux de la couronne.

L’incorrigilble optimisme gouvernementaL
Le budget 2015 est fondé sur une prévision optimiste d’un déficit de 4,3 % (4,4 % cette année) et d’une croissance de 1 %, alors qu’elle n’était que de 0,4 % cette année. L’INSEE a déjà refroidi cet enthousiasme, en tablant sur une croissance identique en 2015 : 0,4 %. Et, d’ici un mois, la Commission européenne pourrait doucher cet optimisme en rejetant le budget présenté. En réalité, le gouvernement en est réduit à prier pour une « reprise économique mondiale », qui permettrait à la France d’augmenter ses exportations et donc de rééquilibrer peu ou prou ses comptes. Ainsi, le budget table sur une hausse de 4,6 % des exportations, pour un déficit de 4,3 % (4,4 % cette année). Une hausse des exportations escomptée grâce à la baisse de l’euro face au dollar, suite aux récentes mesures prises par la Banque centrale européenne afin de faciliter les exportations des pays de l’UE.

 

Benjamin König
Article tiré de l’Humanité  le 11 octobre 2014

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s