Etats du Golfe – 90 ONG et syndicats dénoncent le «kafala»

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Injures, salaires impayés, confiscation de passeport et même maltraitance physique… Autant d’abus à l’encontre des travailleurs migrants dénoncés ce dimanche 23 novembre par 90 ONG et syndicats. Sont visées les monarchies pétrolières du Golfe qui emploient des millions de travailleurs venus d’Asie et d’Afrique. Un appel qui intervient alors que les ministres du Travail de ces pays doivent se rencontrer la semaine prochaine, afin d’améliorer justement la protection de ces migrants.

Le foot va-t-il mettre fin à l’esclavage moderne ? Ce sont en tout cas les chantiers de la Coupe du monde 2022 au Qatar qui ont révélé l’ampleur du scandale. La mort de 44 ouvriers népalais sur les stades en construction du riche émirat gazier a fait la une du quotidien britannique The Guardian en septembre 2013. Depuis, la Confédération internationale des syndicats ne cesse d’exiger la modification de la législation du travail pour les étrangers.

Réforme de la « kafala »
Dans le nouveau document de synthèse publié par l’organisation Human Right Watch ce dimanche, c’est une nouvelle fois la « kafala » qui est pointée du doigt. Ce système de parrainage dans le droit musulman place les travailleurs migrants sous la domination totale de l’employeur… Impossible de changer d’emploi et parfois même impossible de quitter le pays avant la fin du contrat. Une situation qui conduit forcément à des abus, voire à des cas de maltraitance et de travail forcé. Sachant que les pays d’origine de ces migrants pour la plupart venus d’Asie, mais aussi d’Afrique, restent silencieux. Et pour cause : en 2011, les migrants employés par les six monarchies du Golfe « ont effectué vers leurs pays d’origine des versements d’un total de plus de 60 milliards de dollars », dit le rapport.


Contrat type
Au total, les travailleurs migrants représentent près de la moitié de la population du Golfe. Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes, Koweït, Oman, Qatar comptent 50 millions d’habitants auxquels il faut ajouter 23 millions de travailleurs étrangers, dont des femmes et notamment 2,4 millions d’employés de maison. Les ministres du Travail des pays concernés se rencontrent séparément ce dimanche et lundi pour préparer la troisième réunion de dialogue d’Abu Dhabi des 26 et 27 novembre prochains. Au programme notamment, la mise en place d’un « contrat type » pour les étrangers. C’est insuffisant disent les ONG et syndicats signataires de l’appel publié par Human Rights Watch. Le sort de ces migrants réclame une réforme urgente et en profondeur des différentes législations du travail.

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Jean-Marie Fardeau: « Les travailleurs migrants peuvent être confrontés à des conditions de travail extrêmement dures, jusqu’à des violences sexuelles exercées à l’encontre des employées de maison. »

Jean-Marie Fardeau est directeur du bureau français de Human Rights Watch

RFI : Quelles sont les conditions de travail des migrants dans le Golfe ?
La situation des travailleurs migrants dans les six monarchies du Golfe est catastrophique et très en dessous des standards internationaux. Ce sont à la fois des hommes qui travaillent sur les chantiers de construction, mais aussi de très nombreuses femmes. On compte ainsi plus de deux millions de femmes originaires des pays asiatiques employées dans les pays du Golfe comme travailleuses domestiques. Les problèmes auxquels ces personnes sont confrontées sont à la fois des situations d’exploitation, en raison des conditions de travail qui sont extrêmement dures, ou même des sévices et des violences sexuelles exercées à l’encontre des employées de maison. Leurs passeports sont souvent confisqués et la plupart de ces personnes ne peuvent pas changer d’employeur. Ce sont donc aussi parfois des situations de travail forcé liées à la règle du « kafala » en vigueur dans la plupart de ces pays du Golfe. Ce système empêche les employés de changer librement d’employeur, même quand les conditions de travail sont devenues inacceptables pour eux.


Quelles sont les réformes à mener selon vous ?
Cela fait plusieurs années que nous mettons la pression sur ces Etats. Que ce soit la Confédération syndicale internationale ou de grandes ONG comme Amnesty International ou Human Rights Watch, nous demandons toujours la même chose. A savoir que ces pays s’engagent à mettre en œuvre et à respecter les grandes conventions de l’ordre international du travail, en matière de liberté syndicale, en matière de conditions de travail…Tout cela n’est pas respecté aujourd’hui, il faut donc que ces grandes conventions internationales de l’OIT soient intégrées dans le code du travail local. Il faut aussi par exemple que le Qatar et l’Arabie saoudite suppriment enfin les permis de sortie du pays signés par l’employeur. Il faut enfin que ces hommes et ces femmes venus travailler dans le Golfe ne versent plus de droits de recrutement dans le pays d’origine ou à l’arrivée, car là encore c’est une manière de les rendre dépendants financièrement à l’employeur.

Propos recueillis par Tudor Tepeneag

Photo de garde : AFP – Patrick Baz

Stéphane Lagarde
Article tiré de RF le 23 novembre 2014

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