«La situation des droits de l’homme est de pire en pire» en Iran

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Alors que « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits » comme le stipule le premier article de la Déclaration des droits de l’homme, le quotidien des Iraniens vivant sous le régime de la République islamique est tout autre. Les droits sont largement bafoués, les libertés sont supprimées et les hommes qui aspirent à l’autonomie de l’être et de conscience sont arrêtés, emprisonnés, torturés et exécutés. L’Iran fait cependant partie des premiers pays signataires de cette déclaration. Ce constat est à l’origine de l’engagement de Mahnaz Parakand, avocate iranienne exilée aujourd’hui en Norvège.

A l’aube de la révolution islamique, Mahnaz, étudiante en droit âgée de 21 ans, est arrêtée pour avoir participé à une manifestation d’opposition. Torturée pendant sa garde à vue, la jeune fille a droit à un procès de… « deux minutes », dans une des cellules de la tristement célèbre prison d’Evin, à Téhéran. « Tu es condamnée à mort pour corruption sur Terre », décrète le mollah qui fait office du juge.

Pendant les cinq années de son incarcération, les tortures et les flagellations par câble continuent, mais Mahnaz s’estime « chanceuse d’être en vie ». Beaucoup d’autres condamnés à des peines de prison sont exécutés ou meurent en détention dans des conditions obscures. En 1986, la grâce finit par arriver, elle est libérée. Elle se promet alors de finir ses études et devenir avocate pour défendre tous ceux qui, comme elle, sont réduits au silence, à l’isolement et se sentent seuls dans leur malheur. « Je sens leur détresse au plus profond de ma chair et de mon âme. J’ai vécu la solitude des prisons, la torture, le désespoir et le mépris, juste parce que ma pensée n’était pas conforme à la ligne officielle ».

Il lui fallut beaucoup de patience et trois ans de démarches ainsi qu’un engagement écrit de ne plus jamais avoir d’activité politique pour pouvoir s’inscrire à l’université et de s’approcher de son rêve. Diplôme en main, elle doit encore s’armer de persévérance pour pouvoir s’inscrire à l’Ordre des avocats et exercer son métier.

Une passion à risque
Enfin avocate, maître Parakand peut maintenant se consacrer entièrement à sa passion et à la mission qu’elle s’est fixée : défendre la cause de ceux dont les droits sont déniés. La tâche n’est pas simple : femme, ancienne prisonnière politique et militante des droits de l’homme, les obstacles sont multiples et les menaces permanentes. Car en Iran, les avocats acceptent de défendre leurs clients à leurs risques et périls : « plusieurs d’entre eux sont en prison, car ils ont défendu des minorités religieuses, des opposants au régime, des étudiants ayant manifesté leur mécontentement, des journalistes qui voulaient exercer leur métier librement et des activistes des droits de l’homme ». Maître Abdolfattah Soltani en fait partie. Co-fondateur du Centre des défenseurs des droits de l’homme (CDDH) en Iran, il est condamné en 2012 à dix-huit ans de prison. La pression s’accentue chaque jour sur les avocats, notamment sur Mahnaz Parakand. Les autorités judiciaires ne manquent d’ailleurs aucune occasion de lui rappeler qu’elle est une ancienne détenue, ancienne condamnée à mort et qu’elle doit faire attention à ses actes et paroles.

Ces avertissements ne dissuadent pas la jeune avocate. L’un des dossiers les plus sensibles à défendre : les minorités religieuses notamment les bahaïs.

En République islamique, les minorités religieuses ne sont pas logées à la même enseigne. « Il y a d’abord les musulmans non chiites : les sunnites et d’autres branches de l’islam, explique l’avocate. Certes ils n’ont pas les mêmes droits que les chiites, mais ils sont traités en tant que musulmans. Puis ceux dont la foi est reconnue par la Constitution : les chrétiens, les juifs et les zoroastriens. Ceux-là n’ont pas les mêmes droits que les musulmans, mais ils ont, en principe, le droit de respecter leurs rites et de célébrer discrètement leurs fêtes, à condition de ne jamais faire de prosélytisme et surtout n’inviter aucun musulman à leurs cérémonies. Et enfin, ceux dont la foi n’est pas reconnue par le régime. Ces derniers sont persécutés en permanence. » Parmi eux, les bahaïs. Deuxième religion de l’Iran en nombre de fidèles, « les bahaïs n’ont pas le droit de pratiquer librement leur rite, ni de suivre un cursus universitaire. Ils sont bien évidemment interdits de la fonction publique. Et lorsqu’ils exercent une profession libérale, ils sont soumis à de nombreux tracas. »

Maître Parakand n’hésite pas un instant pour les défendre. Elle faisait partie des quatre avocats du CDDH qui ont tenté de plaider la cause, dans la mesure du possible, des sept responsables bahaïs accusés « d’espionnage en faveur d’Israël ». L’accusation dont font l’objet pratiquement tous les bahaïs qui ont affaire à la justice de la République islamique.« La situation des bahaïs empire chaque jour », se désole l’avocate.

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Face à un dilemme
Les intimidations et les menaces sont de plus en plus pressantes envers maître Parakand. Arrive un moment où un dilemme se présente à elle : rester dans le pays et risquer sa vie pour défendre les autres ou prendre le chemin de l’exil et d’essayer d’alerter l’opinion internationale sur la réalité de la vie en République islamique.

Depuis la Norvège, le pays qui l’a accueillie depuis 2011, elle travaille sans relâche pour tirer les sonnettes d’alarme sur la situation des droits de l’homme en Iran. Ces derniers temps, sa bataille se concentre autour du sort d’un jeune Iranien, Soheil Arabi, condamné à mort pour « corruption sur Terre » à cause d’un message posté sur Facebook et jugé par les autorités comme « insultant envers le prophète ». A chacune de ses interventions dans les médias, lors de colloques ou à l’occasion de débats, l’avocate tente d’alerter l’opinion afin qu’il y ait une véritable mobilisation internationale pour sauver Soheil Arabi.

Dès les premiers jours de la révolution islamique et lors des dix années qui ont suivi, les exécutions sommaires, les arrestations arbitraires, les atteintes à la vie privée et les injustices ont été monnaie courante. « Depuis, les autorités veulent faire croire à la communauté internationale et aux organisations de défense des droits de l’homme que la situation a changé. Mais malheureusement, ce n’est pas le cas. », constate maître Parakand. Et d’ajouter : « soit l’Iran doit retirer sa signature d’adhésion à la Déclaration des droits de l’homme, soit il doit conformer ses lois aux normes internationales ».

En attendant, Mahnaz Parakand continue sa lutte et ne perd pas l’espoir qu’un jour en Iran aussi « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ».

Photo de garde : RFI -Thomas Bourdeau
Darya Kianpour
Article tiré de RFI  le 10 décembre 2014

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