Josiane Balasko – « Nos gouvernants sont coupés de la réalité sociale »

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Ambassadrice de choix des Pères Noël verts, l’actrice revient sur son engagement de longue date auprès des plus démunis et interpelle la gauche socialiste. Entre deux tournages, des répétitions pour la pièce de théâtre Un grand moment de solitude,  la cinéaste et actrice Josiane Balasko se fait le porte-voix du Secours populaire français.

Vous êtes, cette année, la marraine des Pères Noël verts. L’autre père Noël est donc vraiment une ordure ?
Josiane Balasko  Espérons que les enfants ne liront pas cet entretien (rires) ! Le père Noël rouge est le produit des pubs, du marketing et de la télé. Et ce père Noël, consumériste, n’est pas à la portée de tout le monde. Les enfants sont devenus une énorme cible. Ils sont inondés de sollicitations, de propositions d’achat. On crée chez eux des désirs qui ne sont pas nécessaires et de plus en plus de parents ne peuvent pas suivre. D’où l’importance de défendre des pères Noël ayant d’autres valeurs. Il ne s’agit plus seulement une fête chrétienne : Noël est une fête familiale, qui s’est généralisée. Tout le monde devrait pouvoir partager un bon repas avec ses proches et s’offrir des petits cadeaux. Les Pères Noël verts apportent l’espoir que les pères Noël rouges ne peuvent apporter.

Vous vous engagez depuis longtemps en faveur de différentes causes. Récemment, vous avez apporté votre soutien aux sans-papiers du boulevard de Strasbourg, à Paris, et vous participez régulièrement à des actions du DAL. Pourquoi s’engager dans la lutte contre la pauvreté ?
Cela fait plusieurs années que je participe à des opérations du Secours populaire, notamment pour la Journée des oubliés des vacances. Les combats pour les sans-abri, les sans-papiers et tous ceux qui n’ont pas les moyens de vivre au quotidien ont un point commun. Il s’agit d’aider ceux qui ne peuvent pas faire entendre leur voix. Si ma notoriété peut aider une cause, pourquoi je ne le ferais pas ?

« Il y a un boulot formidable à réaliser quand on voit la misère, tous ces gens qui sont au chômage », aviez-vous déclaré dans un entretien à l’Humanité. Vous regrettiez l’absence de réaction d’un « gouvernement socialiste » face à une grève chez Peugeot. C’était en 1993…
Elle est hélas toujours d’actualité. La situation a même empiré. Nous avions pas mal d’espoir avec le retour de la gauche au pouvoir. L’espoir est toujours palpable, même s’il n’y a pas vraiment grand-chose qui bouge. Ce n’est pas pour cela qu’il faut baisser les bras et renier ses idées. Si certains dirigeants qui se disent de gauche ne font pas leur boulot, il y en a d’autres qui le feront, sur le terrain. Je vois beaucoup de citoyens, des militants, des bénévoles qui travaillent au quotidien pour changer la vie et essayer de réparer les inégalités. Le gros problème, ce sont nos gouvernants qui sont complètement coupés des réalités de la société.

Vous avez grandi dans un milieu populaire, à Saint-Ouen, où vos parents tenaient un café. Vous êtes-vous sentie pauvre ?
J’en ai de bons souvenirs, et n’ai jamais manqué de rien. Les situations, aujourd’hui, sont autrement plus catastrophiques. Beaucoup de familles monoparentales n’arrivent pas à s’en sortir. Les associations de solidarité viennent actuellement en aide à des personnes qui ne sont pas des exclus. Ils ont un boulot, un logement, mais ne parviennent plus à vivre décemment. Il y a un appauvrissement général, et le SPF sert énormément de repas (180 millions par an – NDLR). Dans les années 1960, ceux qui n’avaient pas d’argent n’avaient pas de problème de toit. Au pire, ils dormaient, comme nous, sous des mansardes. Toutes les couches de la société vivaient dans un même immeuble, et se répartissaient de façon verticale. Dorénavant, les gens qui ont du pognon vivent à Paris, et les autres sont condamnés à s’entasser dans des studios horriblement chers ou à s’éloigner très loin en périphérie. Il n’y a plus de brassage social.

Si vous deviez former un vœu pour 2015, quel serait-il ?
Je voudrais souhaiter longue vie au Secours populaire et à ses bénévoles, qui fêteront les soixante-dix ans de cette grande organisation. Mais nous ne pouvons qu’espérer qu’il y ait moins de familles, dans notre société, qui soient obligées de faire appel à des associations de solidarité pour simplement vivre. Mon vœu, par ailleurs, c’est de voir la solidarité se renforcer, en appelant le plus grand nombre à faire des dons, à soutenir le Secours populaire. Enfin, je souhaite aussi que nos dirigeants s’attaquent enfin aux problèmes de millions de Français.

Entretien réalisé par Pierre Duquesne
Article tiré de l’Humanité  le 23 décembre 2014

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