Mélenchon – Révélation : Qui contrôle les comptes de la Cour des comptes européenne ?

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La semaine prochaine sort mon livre « Le Hareng de Bismarck » sous-titre : le poison allemand. Il s’agit d’un pamphlet contre la légende du prétendu « modèle allemand » dont toute une cohorte de déclinistes et de grands esprits libéraux nous rebattent les oreilles. Le modèle, en fait, ne marche pas et la situation allemande est non seulement effroyable aujourd’hui pour douze millions de pauvres et des millions de travailleurs, mais assez noire dans un futur assez immédiat. Je vais plus loin que la seule dénonciation de l’imposture sociale et humaine à ce sujet. Je montre la cohérence du projet que contient le « modèle » en lien avec la doctrine de l’ordolibéralisme. Cette version aboutie d’un libéralisme en acier chromé sépare l’économie, vécue comme un ensemble de lois naturelles, et le politique, domaine de la frivolité et des passions changeantes. Je montre que l’hégémonie allemande vise à imposer de gré ou de force ce système partout en Europe à son seul profit. C’est-à-dire au profit du capitalisme financier embusqué derrière la petite couche de retraités par capitalisation qui est le cœur de l’électorat CDU CSU.

 

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L’Europe des nazes

Cette séance de vote au Parlement européen était folle. Soixante-sept rapports examinés en deux heures, certains sans amendements, d’autres en comportant des dizaines. La veille, c’était l’inverse : une petite séance à sept rapports ! On ne peut imaginer débat plus mal organisé. Pourtant, le président vient de se faire pointer du doigt pour avoir un cabinet pléthorique fort de 35 personnes ! On se demande à quoi elles travaillent ! Dans la masse des textes de ce jour-là, des piles de « décharges » données pour la gestion de toutes sortes de directions, sous-directions, et agences de toute sorte. Une sorte de reconnaissance de bonne gestion honnête. Un quitus. Le pouvoir de décharge budgétaire du Parlement devrait donc lui permettre de faire respecter par l’ensemble des institutions et agences européennes les engagements budgétaires pris. Il n’en est rien. La Commission comme le Conseil ne tiennent quasiment aucun compte des votes du Parlement, y compris quand il refuse la décharge, ce qui est pourtant une décision très grave. C’est un symptôme de l’impuissance démocratique du Parlement dans l’UE. Le résultat ne se fait pas attendre. Faute de contrôle parlementaire, l’exécutif use et abuse de tout.

Ainsi, le budget 2013 a été exécuté de manière particulièrement chaotique. En effet, cette année-là, la Commission et le Conseil ont réussi à mettre en réserve et reporter 1 milliard d’excédents. Des excédents ! Un grand bravo peut-être ? Sûrement pas. Car dans le même temps, l‘UE avait accumulé… 20 milliards d’impayés. N’importe où ailleurs, on dirait de cette situation qu’il y a une dette de 19 milliards sur le dos de ceux qui attendent qu’on les paye ! On examinait donc le rapport de la députée allemande désormais bien connue des Français depuis qu’elle nous a agressés sur l’antenne de France 2. Son rapport propose de donner quitus à la Commission et à six « agences exécutives ». Une farce. Car la Cour des comptes n’a pas été en mesure de délivrer une déclaration d’assurance positive quant à la légalité et à la régularité des paiements sous-jacents aux comptes ! Une paille ! Et ce n’est pas un fait nouveau. Lisez bien : c’est la vingtième fois consécutive que cette Cour n’est pas parvenue à exercer ce contrôle. N’est-il pas incroyable que de telles méthodes soient mises en œuvre par ceux-là mêmes qui font la leçon à toutes les nations ? J’ai considéré que la légalité comme la régularité de cette exécution budgétaire étaient en cause et j’ai voté contre. Mon vote a le sens suivant : « vous avez le bonjour des Grecs » !

Ici règne la pagaille, l’incurie, et tous les vices reprochés aux Grecs par les faces de pierre libérales qui lèvent pourtant la main en cadence pour approuver les pires gabegies. Voyez. Voici un rapport qui se félicite des 21 avis spéciaux que la Cour des comptes publie pour éclairer un peu l’opacité du budget confié à la Commission européenne. Mais il ne tire aucune conclusion de ce que le rapport dont il se félicite dénonce. Et ce n’est pas rien. En effet, pour 2013, la Cour des comptes a relevé d’innombrables irrégularités, tant dans la gestion de la Commission que par les États. On y apprend par exemple que le système d’information Schengen 2 a été développé sans même que « les principaux responsables du projet ne connaissaient ni les spécifications techniques ni les besoins des utilisateurs lorsque le projet a démarré ». Un tel amateurisme de la part de la Commission est consternant. Aucune suite ! Imaginez que cela se constate en Grèce ou en France, quels mots trouveraient les bons esprits ? Voilà qui ne dérange pas le député français du PS Gilles Pargneaux dont le rapport propose de donner quitus pour l’exécution du budget général du Parlement lui-même pour 2013. Pourtant, il relève de nombreuses irrégularités. Ainsi le secrétaire général a refusé de répondre à toute une série de questions sur l’exécution du budget, posées par les députés. Tel quel ! Quitus ! De plus, le nouveau logo du Parlement a été choisi dans une procédure opaque dont nous ne connaissons même pas le coût. Quitus ! Le rapport s’étonne aussi du déficit des buvettes et restaurant du Parlement qui ont pourtant augmenté leurs prix et dont la fréquentation a augmenté de 150%. Quitus ! Enfin, dans sa logique de chasse aveugle et bornée aux surcoûts, ce rapport relaie les arguments anglo-saxons contre le siège du Parlement à Strasbourg. Quitus !

On donne quitus à tout et n’importe quoi. Ainsi quand arrive le plus incroyable : le rapport de Ryszard Czarnecki donnant quitus à la cour de comptes sur sa propre gestion à elle ! Accrochez-vous, c’est savoureux. En effet la certification de ces comptes est confiée à un cabinet privé de la City, étroitement lié au monde de la finance et à ses intérêts. Ce cabinet est directement mis en cause dans l’affaire Luxleaks en tant que principal artisan du système de dissimulation fiscale à grande échelle du Luxembourg. Faut-il être rassuré quand après cela le groupe précise sur son site internet qu’il a « l’intégrité » pour valeur et participe « à la lutte contre la corruption et la délinquance financière » dans le cadre de sa « responsabilité sociétale ». Comment peut-on confier la certification des comptes à une entreprise qui a été liée aux pratiques que tout le monde a condamné comme une fraude ? Et cela pour certifier les comptes de l’organe de contrôle des comptes européens. Telle est « l’Europe qui protège » !

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Arrogance impériale des dirigeants allemands
Cette arrogance vient encore de se manifester à plusieurs reprises depuis une semaine. Une étrange accélération qui ressemble à de la surenchère. Un signe de la tutelle qu’ils considèrent exercer sur la Commission européenne. Ainsi quand plusieurs d’entre eux ont rappelé à l’ordre le Commissaire français Pierre Moscovici pour ses prises de position internes au congrès du PS français. Le président du groupe PPE au Parlement européen, Manfred Weber, par ailleurs membre de la CSU pro Merkel, a ainsi déclaré : « que le commissaire français européen aux affaires économiques et monétaires se joigne à cet appel idéologique est une provocation ». Et il a ajouté cette phrase énigmatique : « nous attendons de lui un engagement clair pour la stabilité politique de la Commission ». Comme si le fait d’être membre d’un parti politique dans son pays d’origine était un facteur d’instabilité ? Cette expression renvoie directement à l’ordolibéralisme dont l’Allemagne impose la doctrine partout en Europe par-delà les élections. Pour les dirigeants allemands, la Commission étant un des centres d’application de l’ordolibéralisme, elle doit être étrangère à toute influence politique autre que celle de la doctrine libérale. Quoi que disent les urnes. Un autre député européen allemand, Markus Ferber a d’ailleurs parlé à propos de Moscovici de « précédent choquant ». Comme si un dogme avait été ébranlé. Bien sûr l’acte politique de Moscovici n’ébranle en rien l’édifice libéral européen. Les Allemands le savent bien, mais ils ont saisi ce prétexte pour donner à voir la laisse par laquelle ils tiennent Moscovici. Loin de leur tenir tête ou de les ignorer, Moscovici a d’ailleurs fait acte de contrition en regrettant d’avoir signé un texte dans le congrès du PS. Puis il prétendit n’avoir pas lu le texte. Enfin il alla même jusqu’à rappeler servilement que sa candidature au poste de Commissaire avait été soutenue par l’Allemagne.

La Grèce a aussi subi une nouvelle salve d’arrogance allemande. La charge était destinée à préparer le nouveau chantage fait au gouvernement Tsipras lors de la réunion de l’euro-groupe tenue vendredi 24 avril. Le commissaire européen Günther Oettinger, membre de la CDU d’Angela Merkel a ainsi accusé la Grèce de retarder les négociations. Et il a dénoncé « L’attitude peu coopérative du gouvernement grec vis-à-vis des représentants de la Troïka, qui sont actifs à Athènes ». C’est appuyer une fois de plus sur un point dont tous les dirigeants allemands savent qu’il est en tête des engagements de Syriza : ne plus subir à domicile les injonctions de la Troïka. Le rappeler est une manière de continuer à nier le résultat des élections grecques et des précédentes discussions. Et le Commissaire allemand de conclure en forme d’ultimatum : « le temps pour la Grèce arrive à expiration », « en mai Athènes sera financièrement de manière définitive au pied du mur ». La tactique allemande est toujours la même depuis que Tsipras a été élu le 25 janvier : intimider et faire pression jusqu’à la capitulation.

Cette arrogance est d’autant plus insupportable que chaque jour amène son lot de révélations sur le rôle de l’Allemagne dans la descente aux enfers de la Grèce depuis 2010. La chaîne Arte a diffusé dimanche 26 avril une enquête qui montre comment la Troïka européenne est intervenue en Grèce au profit des entreprises allemandes.

Ceux qui avaient encore des illusions sur l’indépendance de la Commission européenne et de la Banque centrale verront à quel point elles sont enchaînées aux intérêts allemands jusque dans les détails de leur action. A ainsi été révélé qu’en l’échange d’un des premiers plans d’aide de mai 2010, la Grèce avait été forcée d’acheter des armements allemands. Et en particulier deux sous-marins pour la somme de 175 millions d’euros. Un comble pour un État au bord de la faillite. Et une preuve absolue de cynisme de l’aide européenne, dont les versements ont donc servi à acheter du matériel allemand. Les mémorandums accompagnant les plans « d’aide » ont aussi été orientés pour profiter à l’Allemagne. Ainsi la privatisation des aéroports régionaux grecs a-t-elle bénéficié pour un prix dérisoire à la société allemande Fraport dont l’État allemand est actionnaire à plus de 50 %. On mesure ici à quel point l’intérêt financier allemand est contradictoire avec l’objectif d’aider la Grèce à rembourser sa dette ! On avait déjà observé le même circuit cynique avec l’argent injecté par la Banque Centrale Européenne pour racheter des titres de dette grecque et ainsi permettre le remboursement des banques allemandes qui les détenaient !

A ces manipulations cyniques de l’aide européenne se sont ajoutées d’énormes malversations de grandes entreprises allemandes en Grèce. Mercedes et BMW ont bénéficié de fraudes massives à la TVA sur les grosses cylindrées. Cela a facilité leurs ventes en faisant perdre une somme estimée à 600 millions d’euros à l’Etat grec. Des pots de vin versés pour l’obtention d’un contrat de télécommunication pour la firme Siemens ont aussi alimenté un vaste système d’évasion fiscale et de blanchiment. Les responsables de ces fraudes sont aujourd’hui protégés par le gouvernement allemand qui refuse de les extrader ou même juste de transmettre les listes de fraudeurs au gouvernement grec. Que savons-nous de tout cela dans la grande presse française ? Rien. Rien sinon le cynisme consternant de « Libération », presse vautour, qui titre sur « les cent jours qui n’ont pas changé la Grèce ».

Jean-Luc Mélenchon

Extraits du Blog de Jean-Luc Mélenchon  le 30 avril 2015

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