Quand l’Allemagne joue « la préférence nationale »

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Un projet de loi adopté par le gouvernement de grande coalition veut instaurer une période de 5 ans pendant laquelle les étrangers européens privés de travail vivant sur le sol allemand ne pourront pas toucher la moindre allocation sociale.

Le gouvernement allemand de grande coalition a adopté mercredi 12 octobre un projet de loi qui va priver de prestations sociales les immigrés venus d’autres pays européens pendant 5 ans. Son auteur, la ministre du travail, Andrea Nahles (SPD), l’a mis au point pour réduire, dit-elle, « les abus » pratiqués par « des personnes sans travail » dont la venue dans le pays n’obéirait qu’au seul objectif de bénéficier des aides sociales. Les nationalistes de droite et d’extrême droite (AfD) sont comblés d’aise.  « C’est le bon chemin que montre la ministre fédéral du travail » a lancé à Munich, Emilia Müller, une des dirigeantes du parti chrétien social bavarois (CSU). Cette formation  dénonce depuis des mois avec l’ultra droite le «tourisme social» (sic) auquel s’adonneraient nombre de migrants issus de pays membres de l’Union Européenne ce qui déboucherait sur un « pillage de l’état providence allemand », selon l’expression de Frauke Petry, présidente de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne, extrême droite).
Le projet de loi s’inscrit dans la même logique que les mesures discriminatoires anti-migrants que voulait faire adopter David Cameron en Grande Bretagne. L’ex premier ministre britannique avait obtenu, en vue du référendum sur le Brexit, le soutien de ses pairs européens pour introduire chez lui des dispositions empêchant pendant 7 ans les migrants venus de l’UE de toucher les mêmes prestations que les autochtones ou les obligeant pendant 4 ans à percevoir des allocations  familiales … «indexées sur le niveau de vie du pays d’origine.»
Illustration de la forte convergence de vue sur ce dossier entre la chancelière, Angela Merkel et le premier ministre britannique, l’idée du projet de loi allemand a germé au printemps dernier en même temps que Berlin affichait un soutien sans faille à Londres pour que l’ensemble des membres du conseil européen – y compris le français, François Hollande – accepte in fine de ratifier un texte qui restreint, de fait, la liberté de circulation des individus au sein de l’UE ; une liberté considérée pourtant comme l’un des principes européens fondamentaux.
Le projet de loi dont l’adoption paraît acquise au Bundestag – où CDU et SPD sont ultra-majoritaires  – participe de la même atteinte à cette liberté de circulation. Il instituerait dans les règles sociales rien moins que la «préférence nationale», inscrite notamment dans le programme du FN français. Croire que cette nouvelle concession faite à un «national-libéralisme» en plein essor en Europe, pourra finalement lui couper l’herbe sous le pied constitue pour le moins une dangereuse illusion. Tant on lui donne ainsi une légitimité et une crédibilité supplémentaires inespérées. Et donc une capacité à renforcer encore l’emprise acquise partout, et singulièrement des deux côtés du Rhin.
Ce nouveau signe de régression soulève inquiétudes et résistances en Allemagne. Annelie Buntenbach, membre de la présidence du syndicat DGB alerte sur le danger que représente ce texte en rappelant que la loi fondamentale allemande garantie « un droit à chacun à une existence digne, quel que soit sa nationalité. »  Et de relever que le syndicat devrait  déposer rapidement un recours d’inconstitutionnalité de la loi. « Le tri des bons et des mauvais citoyens de l’UE », est insupportable, souligne le député, Die Linke, Jan Korte. Il ajoute que si l’on se présente en «défenseur de l’Europe», il faut  « développer des solutions européennes  au lieu de pratiquer le repli national.»
Quelques 440.000 « étrangers européens » vivent sur le territoire allemand. Parmi eux, les nationalités les plus concernées par les discriminations programmées sont les Polonais ( 92.000 personnes) . Ensuite viennent les Italiens ( 71.000), puis les Bulgares ( 70.000) , les Roumains ( 57.000) et enfin les Grecs (46.000).

Bruno Odent
Article tiré de l’Humanité  le 13 octobre 2016

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