Pologne – Nouvelle attaque contre les femmes

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Prévenir et lutter contre les violences faites aux femmes, le gouvernement polonais ne veut plus en entendre parler. Le ministre chargé des affaires sociales et de la famille vient d’annoncer que la Pologne allait se retirer de la Convention d’Istanbul, par laquelle les états s’engagent dans cette lutte, soulevant un tollé en Europe.
C’est une régression sans précédent dans la protection des femmes en Europe. Alors qu’il y a 15 jours, le Parlement européen votait à une écrasante majorité une résolution demandant à l’Union européenne, en tant que telle, d’adhérer à la Convention d’Istanbul, le gouvernement polonais annonce aujourd’hui qu’il va s’en retirer. Jusqu’à maintenant, tous les pays européens ont signé cette convention mais seuls, 14 d’entre eux l’ont ratifiée. Concrètement, cela signifie que ces pays s’engagent à prendre des mesures effectives pour prévenir et lutter contre toutes les formes de violence faites aux femmes. La Pologne faisait partie de ce groupe de pays européens les plus avancés dans cette lutte puisqu’elle avait ratifié la Convention l’an dernier. La décision de l’abandonner purement et simplement, annoncée aujourd’hui par le ministre polonais des affaires sociales et de la famille, fait désormais de la Pologne le seul pays européen à refuser l’aide aux femmes victimes d’agressions physiques ou sexuelles, ou de harcèlement psychologique.
«  Retirer son engagement à lutter contre les violences faites aux femmes, c’est tout simplement retirer son engagement à défendre les droits humains », explique la députée suédoise Malin Björk ( GUE/GVN ) « je ne peux pas l’imaginer, c’est très, très choquant. »
La Convention de Genève a été adoptée en 2011 par le Conseil de l’Europe. Elle établit des normes minimales en matière de protection des violences fondées sur le genre. Il s’agit du premier instrument européen contraignant qui instaure un cadre juridique dans le but d’anticiper les violences faites aux femmes, et de créer une meilleure protection des victimes en veillant à ce que les auteurs des actes soient poursuivis en justice. La convention vise également à doter la police de moyens d’action plus efficaces, à créer davantage de refuges accessibles, à intensifier les permanences téléphoniques gratuites et accessibles 24h/24h et 7j/7j, à créer des centres d’aide d’urgence pour que les victimes reçoivent des conseils médicaux et à diffuser des informations relatives aux droits des victimes.  « Le gouvernement polonais accélère sa radicalisation », analyse-t-on du côté des Verts.
« Cette nouvelle manœuvre réactionnaire du gouvernement polonais est alarmante pour les femmes, » juge Ernest Urtasun ( Verts/ALE ) « elle en dit long sur le processus de dégradation démocratique activement orchestré par les dirigeants conservateurs du pays qui ont farouchement milité contre cette Convention qu’ils estiment dangereuse pour leurs traditions et la famille. » Le député européen rappelle que le gouvernement polonais n’en est pas à sa première performance d’atteinte aux droits fondamentaux, comme l’illustre notamment la remise en cause du droit à l’avortement. En raison de la mobilisation des femmes en Pologne contre le projet de loi qui visait à interdire totalement l’avortement et à criminaliser celles qui y auraient recours, le pouvoir avait dû reculer le 6 octobre en retirant son projet.
« Il revient à la charge sur la même pente qui consiste à diminuer le droit des femmes », analyse Malin Björk pour qui, « en menant une attaque sur le corps des femmes, la Pologne mène en même temps une attaque sur la démocratie. Rétrécir l’espace de citoyenneté des femmes, c’est diminuer l’espace de citoyenneté pour tout le monde. » Les députés socialistes voient dans cette décision du gouvernement polonais «  une nouvelle agression contre les femmes » et condamnent eux aussi «  cette nouvelle provocation du gouvernement polonais, » ajoutant que «  les droits des femmes ne se négocient pas. » La décision de la Pologne intervient dans un contexte où les violences contre les femmes augmentent en Europe. Selon le dernier rapport de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, une femme sur trois avoue avoir subi au moins une forme de violence physique et/ou sexuelle depuis l’âge de 15 ans, et une femme sur 20 a été violée. En France au cours des 12 derniers mois, plus de 600 000 femmes ont été victimes de viols ou d’agressions sexuelles, soit plus d’une agression par minute dans le pays ( source Ined.).
L’Agence précise « qu’il s’agit d’un problème commun à tous les États membres, demeurant particulièrement préoccupant dans les sociétés européennes d’aujourd’hui », et ajoute que la plupart des actes de violence étant perpétrés par des hommes, « il en faut peu pour comprendre que la violence à l’égard des femmes est une violence structurelle – de la violence qui est utilisée pour maintenir le pouvoir et le contrôle des hommes.»
« Nous attendons une réaction ferme et rapide de la France comme de l’ensemble des États européens », demande la députée Karima Delli ( Verts/ALE ) car, explique-t-elle, « laisser la Pologne bloquer, au sein du Conseil de l’Europe, la ratification de la Convention par l’Union européenne serait une faute grave de leur part. » C’est en effet le risque puisqu’il faut, en principe, pour que la Convention soit signée au niveau de l’Union européenne, que tous les états soient d’accord. Le vote du Parlement européen le 24 novembre dernier aurait dû aider à accélérer l’engagement de l’Europe dans la lutte contre les violences faites aux femmes. En prenant la décision unilatérale de se retirer de la Convention d’Istanbul, le gouvernement polonais démontre non seulement qu’il n’accorde aucune importance aux votes du Parlement européen, mais qu’en plus, il pourrait, à lui seul, bloquer le processus en cours.
Photo AFP
Jean-Jacques Régibier
Article tiré de l’Humanité  le 8 décembre 2016
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