Cinéma – « Noces » de Stephan Streker

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Belgique, Pakistan : 2016
Titre original : –
Réalisation : Stephan Streker
Scénario : Stephan Streker
Acteurs : Lina El Arabi, Sébastien Houbani, Babak Karimi
Distribution : Jour2fête
Durée : 1h38
Genre : Drame
Date de sortie : 22 février 2017

Zacharie Chasseriaud, Lina Elarabi et Stephan Streker - 9ème Festival du Film Francophone d'Angoulême - Jour 5, le 26 août 2016. © Coadic Guirec/Bestimage

4/5

A bientôt 53 ans, l’ancien journaliste belge Stephan Streker n’avait que deux longs métrages à son actif avant la réalisation de Noces. Ce film qui se déroule au sein d’une famille belge d’origine pakistanaise puise son inspiration dans un fait divers tragique qui s’est déroulé en Belgique en 2007, l’affaire Sadia Sheikh.

Synopsis : Zahira, belgo-pakistanaise de dix-huit ans, est très proche de chacun des membres de sa famille jusqu’au jour où on lui impose un mariage traditionnel. Ecartelée entre les exigences de ses parents, son mode de vie occidental et ses aspirations de liberté, la jeune fille compte sur l’aide de son grand frère et confident, Amir.

Lina El Arabi, Zacharie Chasseriaud

Le poids de la tradition

Zahira Kazim est une jeune fille belge de 18 ans, d’origine pakistanaise. Issue d’une famille aimante et très bien intégrée, elle entretient de très bons rapports avec Mansoor, son père, avec Yelda, sa mère, et avec son grand frère Amir qui lui sert de confident. Elle a également deux sœurs, Hina, plus âgée et déjà mariée, et Amara, plus jeune qu’elle. Sa meilleure amie s’appelle Aurore et le père de cette dernière, André, fait partie des amis de la famille. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, sauf que Zahira se retrouve enceinte. Que faire ? Avorter ? Zahira hésite. Se marier ? Oui, mais avec qui ? Au 21ème siècle, croyez le ou non, la technologie moderne, en l’occurrence Internet, peut venir au secours des traditions séculaires ! Oui, mais Zahira refuse les 3 maris potentiels, de lointains cousins pakistanais, qu’on lui présente via Skype. Pourtant, si Mansoor veut pouvoir rendre visite à sa famille au Pakistan, si l’on veut, plus tard, trouver un mari « convenable » à Amara, la petite sœur, le poids de la tradition et l’honneur de la famille exigent que ce soit un pakistanais qui épouse Zahira. Tout cela ne peut que mal finir pour Zahira.

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Peut-on comprendre ?

Tragique était le fait divers dont s’est inspiré Stephan Streker, mais ce n’est pas pour autant que le réalisateur s’est cru obligé de faire dans le  manichéen avec les méchants d’un côté, les gentils de l’autre. Pour lui, le cinéma n’est pas là pour juger. Tout d’abord, souhaitant être irréprochable du point de vue de la culture pakistanaise, il s’est efforcé dès le début de mettre tous les atouts dans son jeu : de nombreuses rencontres avec des membres de la communauté pakistanaise de Belgique, la présence permanente sur le plateau d’une consultante pakistanaise lui permettant d’être précis dans les moindres détails, que ce soit concernant les vêtements ou la manière de parler, un véritable imam pakistanais officiant lors du mariage via Internet, etc. A propos de cet imam, il n’a compris qu’à la fin de la journée de tournage que les acteurs qui jouaient la scène du mariage n’étaient pas tous pakistanais, ce qui a rempli le réalisateur de fierté ! Dans un contexte où la tradition, le fait de sauver les apparences sont plus importants que tout le reste, Stefan Streker a tenu à montrer que si Zahira est victime d’une situation monstrueuse, les personnages, eux, ne sont pas forcément des monstres absolus  et qu’il n’est pas totalement interdit pour les spectateurs de comprendre le comportement de ses parents. D’ailleurs, même Zahira arrive à comprendre ce comportement, et puis, chacun sait, ou devrait savoir, que comprendre ne signifie pas excuser ! Quant au geste fatal d’Amir, le grand frère, est-il possible de le comprendre ? En fait, il s’agit pour lui d’un sacrifice qu’il réalise à contre-cœur pour sauver les autres membres de sa famille. Le fait divers ayant eu lieu il y a 10 ans, il serait intéressant de savoir si, aujourd’hui, le poids de la tradition, fut elle ou non liée à la religion, pèse toujours autant dans la communauté pakistanaise de Belgique sur le choix d’un mari pour les jeunes filles. En clair, Amara, la petite sœur, aurait-elle aujourd’hui la possibilité de faire un mariage d’amour ?

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Un choix intervenu tardivement mais particulièrement concluant

Alors que Stephan Streker s’était mis en tête, concernant le casting, de commencer par trouver l’interprète de Zahira et de construire le reste de la distribution autour d’elle, c’est tout le contraire qui s’est passé ! En fait, le choix de Lina El Arabi n’est intervenu qu’une semaine avant le tournage. Aucune origine pakistanaise chez cette étudiante en journalisme qui, auparavant, n’avait fait que de courtes apparitions dans des téléfilms. Aucune connaissance de l’ourdou, langue qu’il lui fallait pratiquer de temps en temps dans le film et dont il lui a fallu apprendre les rudiments en un temps record. Au final, Lina, avec un parfait mélange de force et de vulnérabilité, s’avère une magnifique découverte, un sentiment qui ne peut qu’être renforcé par sa prestation ultérieure dans Ne m’abandonne pas, l’excellent téléfilm de Xavier Durringer, dans lequel elle interprète le rôle de Chama, une jeune fille endoctrinée par un djihadiste. L’acteur iranien Babak Karimi, qui interprète le rôle de Mansoor, le père de Zahira, on commence à bien le connaître grâce à ses prestations dans trois films d’Asghar Farhadi : Une séparation, Le passé, Le client. On lui doit, ainsi qu’à Olivier Gourmet, l’interprète d’André, le père d’Aurore, la meilleure amie de Zahira, une des plus belles scènes du film, lorsque les deux pères confrontent leurs points de vue au cours d’une discussion qui se déroule dans l’épicerie de la famille Kazim. On peut considérer par ailleurs que l’absence de musique ne nuit en rien au film, bien au contraire. En fait, il n’en avait pas besoin : la qualité de la mise en scène, avec des champs-contrechamps lorsque c’est nécessaire et des plans séquences lorsque c’est préférable, la qualité de l’image, celle du montage et le jeu des comédiens suffisent largement à affirmer la force du film.

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Conclusion

Le thème du mariage forcé a fait l’objet de nombreux films durant ces derniers mois. Les nombreuses qualités de Noces, scénario, mise en scène, qualité de l’image et du montage, jeu des comédiens, en font un des plus réussis.

Jean-Jacques Corrio

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