Pour l’agriculture de demain, protégeons les sols européens

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Pas moins de 400 organisations demandent à la Commission européenne de protéger les terres comme elle protège l’air et l’eau.

Après soixante années d’une révolution dite «verte», le travail des agriculteurs a été dénaturé et a généralisé des pratiques insoutenables pour les terres. Par la transformation technologique de fond et la massification de l’usage de produits chimiques, l’Union européenne (UE) a réussi à augmenter les rendements agricoles pour nourrir une population grandissante. Le prix à payer est trop élevé. Il est temps d’instaurer un cadre pour réglementer la protection des sols. Cette agriculture du XXe siècle s’est enrayée et s’est détournée de son objectif premier : nous nourrir. Surproduction alimentaire, utilisation excessive d’intrants chimiques, surendettement. La population d’agriculteurs a fondu comme neige au soleil et les fermes sont devenues gigantesques. Malade, ce système a mis les agriculteurs sous perfusion monétaire et chimique. Il est difficile pour eux de s’en extirper. Le modèle agricole européen est à bout de souffle et le sol, ressource de base pour le travail d’agriculteur, a été malmené. Erodé car laissé nu entre deux cultures, tassé car arpenté par des tracteurs de plus en plus lourds, contaminé car nourri aux produits phytosanitaires, artificialisé pour répondre aux besoins de l’expansion urbaine. Cette base de l’agriculture est en piteux état. Heureusement, le sol est un milieu résilient.

Des alternatives fleurissent déjà sur tous les territoires, avec pour objectif de produire mieux avec moins. Une meilleure qualité, un meilleur revenu pour le producteur et surtout une meilleure intégration de la ferme dans son environnement. Travailler avec la nature et non contre elle. Laisser les vers de terre aérer le sol au lieu de le faire par le labour, remettre des haies pour que leurs habitants se nourrissent des ravageurs, associer certaines variétés entre elles et augmenter la diversité des cultures pour combattre les maladies. Ces solutions alternatives aux traitements chimiques représentent une économie de temps et d’argent pour l’agriculteur. Ces systèmes agricoles innovants prennent leurs racines dans l’agroécologie. Ils visent la triple performance économique, environnementale et sociale, et s’inscrivent dans un mouvement de réduction de consommation de protéine animale et de produits lactés. Pour arrêter de scier la branche sur laquelle elle est assise, la profession agricole doit amorcer ce virage et remettre la santé des sols au cœur de son fonctionnement. Le renouveau passera par la diversité des paysages et le maintien des fermes à taille humaine qui alimentent les circuits de distribution de proximité. La sauvegarde des sols est un enjeu sociétal fort au regard des nombreux services qu’il nous rend, en stockant du carbone, en filtrant notre eau, etc. L’agroécologie considère la qualité du sol comme essentielle au développement des systèmes agricoles. Elle propose un nouveau pacte entre l’agriculture et la société. La France est le plus gros producteur agricole en Europe. C’est donc par nous que viendra le changement.

En 2009, la France faisait partie des pays qui ont bloqué le projet de directive-cadre sur les sols. Ne répétons pas nos erreurs : à la veille des élections présidentielle et législative et de l’ouverture du Salon de l’agriculture, il est temps que le monde agricole français et européen trouve un nouveau souffle. Cet appel à la mobilisation citoyenne pour la protection des sols vise à réconcilier l’agriculture et l’environnement. Si l’UE a participé à la réorientation d’une profession il y a soixante ans, pourquoi ne pourrait-elle pas le faire aujourd’hui pour généraliser l’agroécologie ? C’est le pari qu’ont fait 400 organisations (associations de protection de la nature, chercheurs, agriculteurs) qui ont rejoint le mouvement People4soil en demandant à la Commission européenne de protéger les sols comme elle protège aujourd’hui l’air et l’eau. Comment ? Grâce à l’initiative citoyenne européenne. Ce mécanisme de démocratie directe permet à 1 million de citoyens européens de proposer une mesure et d’interpeller directement la Commission européenne. Nous avons jusqu’à septembre pour atteindre le million à travers la campagne People4soil.


Françoise Vernet Présidente de Terre et Humanisme
, Pierre Rabhi Cofondateur et président d’honneur de Terre et Humanisme , Freddy Le Saux Président de Terre de liens , Michel Dubromel Vice-président de France-Nature-Environnement

Photo de garde : Philippe Guionie
Article tiré de Libération  le 20 février 2017
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