2016, année «salie par le mépris des droits humains» selon Amnesty

968367-prodlibe-demantelement-de-la-jungle-de-calais

Dans son rapport annuel 2016-2017, l’ONG a dépeint un sombre tableau du monde, des Etats-Unis à la Syrie en passant par les Philippines, et craint une régression en France à l’approche de la présidentielle.

C’est au dernier étage de la Maison de la Radio, qui donne une vue panoramique de la ville de Paris, qu’Amnesty International a décidé de présenter son rapport annuel sur la situation des droits humains dans le monde. Un lieu symbolique, loin de son habituel siège à Londres, pour dénoncer les craintes d’une régression des droits humains à l’approche de l’élection présidentielle française.

En 2015, l’ONG dénonçait déjà une année «catastrophique» dans le monde. En 2016, la situation a encore empiré. «2016 a été salie par l’ignorance, l’oubli et le mépris des droits humains», introduit le secrétaire général d’Amnesty international, Salil Shetty. Il accuse la montée des discours politiques «toxiques», qui viennent blâmer des groupes entiers de la population et propagent l’idée que «certains êtres humains sont moins humains que d’autres».

S’ensuit un sombre tableau du monde en 2016. De l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis, à l’issue d’une campagne marquée par la xénophobie et la misogynie, à la répression et aux purges massives d’Erdogan en Turquie. De la «soi-disant guerre contre les drogues» initiée par le président Rodrigo Duterte aux Philippines, à l’interminable conflit en Syrie. Aucun continent ne semble avoir été épargné par cette régression des droits fondamentaux.

«Nous entamons l’année 2017 dans un monde extrêmement instable et miné par de graves inquiétudes et incertitudes quant à l’avenir», écrit l’ONG dans son rapport. Mais Amnesty ne se veut pas fataliste. «Là où les dirigeants ont échoué, c’est au peuple de se lever», appelle Salil Shetty, prenant notamment l’exemple de ces volontaires européens qui ont aidé les réfugiés le long des côtes méditerranéennes.

Réfugiés en danger

La situation des réfugiés, déjà très préoccupante en 2015, s’est dégradée. «36 pays ont violé le droit international en renvoyant illégalement des réfugiés dans des pays où leurs droits étaient menacés», note Amnesty. L’ONG s’inquiète de l’assimilation de plus en plus nette, dans les discours politiques, des réfugiés aux terroristes. «Une rhétorique basée sur zéro fait. Il n’y a pas de corrélation entre les deux», rappelle Salil Shetty. Le décret anti-immigration de Trump, «muslim ban» pour ses critiques, qui interdisait l’entrée aux Etats-Unis pendant 90 jours aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane, en est l’exemple.

La moitié des réfugiés du monde est installée dans des pays voisins de ceux qu’ils ont quittés, souvent pauvres et en proie eux aussi à des conflits. «Les pays riches, y compris la France, ne prennent pas leur responsabilité», accuse le secrétaire général d’Amnesty. Au niveau du G8, seuls l’Allemagne et le Canada font, comme en 2015, figure d’exception grâce à leurs politiques volontaires d’accueil, souligne l’ONG.

La France à la croisée des chemins

A deux mois des élections présidentielle et législative, la France, «patrie des droits de l’homme», est pour Amnesty «à la croisée des chemins»«Les droits humains ne doivent pas être sacrifiés au profit sécuritaire, dans l’intérêt économique ou en vue de l’élection présidentielle»,s’alarme la présidente d’Amnesty France, Camille Blanc. L’ONG dénonce la prolongation, à cinq reprises en un peu plus d’un an, de l’état d’urgence «qui menace de devenir la nouvelle norme», s’inquiète Salil Shetty. Et entraîne une remise en cause des libertés comme le droit de manifester ou à une vie privée. «Les 612 assignations à résidence n’ont débouché sur aucune enquête judiciaire pour terrorisme, mais à la perte d’emplois ou à la marginalisation de ces personnes», ajoute Camille Blanc.

La France est aussi épinglée pour sa politique d’accueil des réfugiés. Si le pays s’est engagé à accueillir des réfugiés, Camille Blanc dénonce la «réponse inadaptée du gouvernement, notamment sur le plan européen». Dans le viseur : l’accord controversé UE-Turquie adopté le 18 mars et que la France a largement soutenu. Il prévoit que tous les nouveaux migrants qui atteignent la Grèce depuis la Turquie doivent être renvoyés. En échange, les Etats membres s’engagent à reprendre un Syrien pour un réfugié renvoyé en Turquie. «La fermeture des frontières passe avant la protection des personnes, regrette Camille Blanc. La France doit s’engager à ce que cet accord ne soit pas dupliqué avec d’autres pays.»

Amnesty s’en prend également à l’évacuation «forcée au regard du droit international» de la jungle de Calais fin octobre, où vivaient plus de 6 500 migrants et demandeurs d’asile, tout comme aux renvois dans des conditions illégales de réfugiés à la frontière franco-italienne. L’organisation s’inquiète enfin de la stigmatisation des réfugiés, des migrants mais aussi des musulmans, dans les discours et dans les faits, comme l’illustre l’interdiction du burkini dans certaines communes françaises cet été.

Photo de garde : Cyril Zannettacci
Estelle Pattée
Article tiré de Libération  le 22 février 2017

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :