Faut-il réduire les dépenses publiques ? Gare aux pompiers pyromanes

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L’Institut de l’entreprise, think tank patronal, vient de publier une note « Dépense publique, l’état d’alerte » issue d’un groupe de travail présidé par Michel Pébereau. Cette note dénonce le niveau du déficit public et de la dette publique en France, qu’elle attribue à un niveau excessif de la dépense publique. Celle-ci devrait être rapidement réduite à 50 % du PIB, soit une baisse de l’ordre 150 milliards d’euros, et il faudrait viser à moyen terme les 46 % du PIB, soit une baisse de 250 milliards (près de 20 % de la dépense publique).

L’objectif est clair : il s’agit de passer d’une « méthode de rabot » (le grignotage progressif de la sphère publique) à une politique plus radicale de « revue des dépenses » (p. 57) s’attaquant, afin d’en privatiser une bonne part, au périmètre même des services publics et des prestations sociales. La note propose ainsi de « concentrer l’action publique sur les activités stratégiques » et de recourir à un « service externalisé » pour celles qui «  constituent des actions répétitives qui ne sont pas associées à un enjeu de politique publique » (p. 82). Mais rien de précis n’est indiqué sur ces « actions répétitives » (sic) susceptibles d’être externalisées. La note préconise aussi de cibler les transferts sociaux vers « les personnes en situation de fragilité » (p. 60). Dans le système actuel, nous bénéficions tous de la protection sociale. Des aides réservées aux plus démunis existent : RSA, allocation aux adultes handicapés, allocation de solidarité aux personnes âgées (minimum vieillesse), etc. Mais ces minima sociaux sont d’autant plus légitimes que leur montant (27 milliards) ne représente qu’une faible part des dépenses de protection sociale (700 milliards au total dont 300 pour la retraite et 200 pour la santé). En ciblant les prestations sur les pauvres on aboutit à de pauvres prestations. C’est le modèle libéral : exclue du bénéfice des prestations, la majorité de la population est obligée de se tourner vers le privé et est en permanence incitée au « ras-le-bol fiscal » contre des prestations dont elle ne bénéficie pas.

La note préconise le recul de l’âge de la retraite à 67 ans, une « réforme structurelle » de l’assurance maladie avec prise en charge massive des dépenses de santé par les assurances privées, une forte dégressivité des allocations chômage, la réduction des aides aux handicapés, des aides au logement, etc.

Le ton est donné. Mais alors que les auteurs de la note ne cessent de regretter le manque d’évaluation de la dépense publique, ils ne s’appliquent pas à eux-mêmes un minimum d’exigence de rigueur. Pour lire cette note dans son intégralité, téléchargez le PDF ci-dessous.

Christophe Ramaux et Henri Sterdyniak
Article tiré des Economstes atterrés  le 28 février 2017

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