A Rome, Jean-Luc Mélenchon en tribun du peuple européen

Le candidat de la France insoumise participait samedi au quatrième sommet du plan B. L’occasion pour lui, en pleine campagne, de montrer que son projet – sortir des traités – est partagé en Europe. À une quarantaine de jours du premier tour, Mélenchon estime qu’un vent favorable s’est levé.

Une météo et un moral au beau fixe. Jean-Luc Mélenchon était à Rome, ce samedi 11 mars, pour le quatrième sommet du plan B. À l’écouter, le candidat de la France insoumise est à nouveau dans une phase ascendante. Après les semaines compliquées où il a semblé subir plus qu’autre chose la victoire surprise de Benoît Hamon à la primaire du PS, Jean-Luc Mélenchon s’est montré combatif et optimiste ce week-end, dans la capitale italienne. D’abord parce qu’il était entouré de ses amis européens, qui veulent une autre Europe et sont prêts au bras de fer pour y parvenir, ensuite – surtout ? – parce qu’il n’a pas décroché, comme certains le craignaient, et reste collé à son concurrent PS dans les sondages. Cerise sur le gâteau romain, il a appris en fin de matinée avoir passé le cap des 500 parrainages.

Les journalistes ont cessé de lui poser la question de l’alliance avec le PS. Son concurrent socialiste ne parvient pas à prendre son essor – « c’est vous, la presse, qui le dites », relève Jean-Luc Mélenchon. Son meeting à Brest, le 28 février, a réuni entre 3 000 et 4 000 personnes, dans une « terre pas du tout acquise », une « terre socialiste ». Tout cela lui redonne le moral. 

Quand on lui demande à quoi il voit que le vent a tourné, il ne répond pas, montre son nez. Le flair. Pour tout aussitôt ajouter que rien n’est prévisible, qu’il pourrait prendre six points à Benoît Hamon dans les jours qui viennent, mais que le contraire pourrait aussi bien arriver. « Vous vous rendez compte, 1 % des électeurs se décident dans l’isoloir ! » La moitié des Français seraient encore indécis, c’est eux qu’il veut convaincre à présent. « Dans une semaine, on aura la liste des candidats. Là, les Français vont pouvoir comparer, commencer à se faire une idée. » 

Pour ce faire, le candidat compte beaucoup sur la marche pour la VIe République organisée samedi 18 mars, à Paris. Des bus sont prévus dans toute la France. Jean-Luc Mélenchon s’exprimera depuis la place de la République dans l’après-midi. Ensuite, le premier débat entre les candidats, sur France 2, le 20 mars. Puis, à partir d’avril, un meeting tous les trois jours, avec sans doute deux temps forts, à Toulouse et Marseille. Voilà pour l’agenda. Le discours, lui, ne variera pas. À commencer par l’Europe, thème de son déplacement à Rome.

Dans la matinée, Jean-Luc Mélenchon a visité – avec une guide – le Forum romain, la place principale de la ville antique de Rome, où se nouaient la politique, le commerce et la justice. Ce sont les vestiges des rostres de César qui ont en particulier retenu son attention. Protégés par une barrière, c’est tout juste si le candidat n’a pas voulu la sauter pour aller les toucher. Il faut dire que le symbole était tout trouvé : une tribune destinée aux magistrats et aux orateurs pour s’adresser à la foule. « C’est toujours pareil. L’histoire s’intéresse aux personnages et on oublie le peuple », lance-t-il, tout sourire, aux journalistes.

« Vous sentez la force qui vient de cet endroit ? » Pendant toute la visite du Forum romain, Jean-Luc Mélenchon se fait tour à tour attentif, drôle, sérieux, dissipé un peu parfois. Deux événements lointains retiennent son attention. D’abord la date de 494 avant Jésus-Christ, lorsque le peuple romain s’est retiré sur l’Aventin pour protester contre les patriciens. « Une marche du 18 mars de l’époque, une sorte de Nuit debout permanente, la première grève politique de l’histoire », explique le candidat. Les patriciens finissent par céder à la plèbe ; les tribuns de la plèbe sont créés. 

L’autre événement, c’est le meurtre de César par son fils – qui ne serait en fait pas son fils, selon la guide – Brutus. « Il était proche du peuple. C’est les patriciens, les ennemis du peuple, qui l’ont assassiné. Ce qui est intéressant, c’est de voir César comme une figure populaire. » Ceux qui décrivent régulièrement Jean-Luc Mélenchon comme un tribun, un plébéien (c’est même le titre de sa biographie parue en 2012), voire un césariste, sont servis.

« Nous sommes les héritiers de ça, les tribuns du peuple. C’est ce que je voudrais incarner. Et le faire à Rome, lieu du traité [le traité de Rome, qui fête ses 60 ans cette année – ndlr], ça a du sens », explique Jean-Luc Mélenchon, lors d’une conférence de presse improvisée devant les fameux rostres. Un peu plus tard, en arrivant au Capitole, le siège de la mairie romaine et le lieu où a été signé le traité homonyme, Jean-Luc Mélenchon retrouve Stefano Fassina, de la Gauche italienne. Embrassades. C’est lui qui accueille le quatrième sommet du Plan B, après Paris, Madrid et Copenhague. 

Les coalitions droite-gauche en Europe « ont fait monter l’extrême droite »

Les deux hommes déjeunent avant de rejoindre le sommet du Plan B, qui se tient dans un bâtiment annexe de la mairie de Rome, sur la place Campidoglio. Vers 14 heures, plus de 200 personnes se pressent dans la grande salle pour la conférence d’ouverture. Outre Jean-Luc Mélenchon et Stefano Fassina, la Grecque Zoi Konstantopoulou, ancienne présidente Siriza de l’Assemblée à Athènes, qui a quitté son parti en 2015 quand Alexis Tsipras a accepté les conditions de l’Europe après qu’un référendum eut tranché dans le sens contraire. C’est d’ailleurs ce dernier épisode qui a donné naissance au sommet du plan B. 

Dans son discours, le candidat de la France insoumise fait autant de politique française que de politique européenne : pour lui, cette réunion « participe de la campagne française ». Dénonçant les grandes coalitions droite-gauche en Europe « qui ont fait monter l’extrême droite », Jean-Luc Mélenchon a plus particulièrement visé la situation française. D’après lui, « Hollande a été à lui tout seul une grande coalition ». Surtout, il a jugé que dans cette campagne, Emmanuel Macron et Benoît Hamon étaient deux candidats choisis par la social-démocratie. « Chez nous, la social-démocratie a investi deux candidats. Macron, qui recopie au mot près la Commission européenne, un autre candidat [il ne nomme pas Benoît Hamon – ndlr], qui propose un parlement de la Zone euro et un gouvernement de la même zone. Ils disent qu’ils n’abrogeraient pas les traités mais les compléteraient. C’est incohérent ! Cette incohérence est un signe de détresse. »

Pour le candidat français, la cohérence se trouve du côté des partisans du plan B. Du côté de ceux qui ont « constaté » la fin de l’Union européenne, son délitement. Symboles de ce délitement, selon lui, les différentes solutions à la crise présentées par Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. « Son plan, c’est quatre fuites en avant, a exposé Jean-Luc Mélenchon : faire comme avant, faire seulement le marché unique, faire moins mais mieux, faire une Europe à plusieurs vitesses. » Cette dernière proposition a également été portée au sommet de Versailles, qui a réuni il y a quelques jours la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Totalement opposé à cette idée, le candidat a estimé que « cette Europe à plusieurs vitesses » ne servirait qu’à « maintenir un édifice branlant ». 

À ce programme, les partisans du plan B opposent d’abord leur plan A : une sortie des traités, une mise au pas politique de la BCE. « Le plan A, c’est ce que nous avons en commun. Nous ne voulons plus continuer une Europe sans harmonisation sociale. Nous ne voulons plus continuer une Europe sans harmonisation fiscale », a expliqué Jean-Luc Mélenchon. Mais « s’ils ne cèdent pas au plan A, alors nous le faisons quand même avec les pays qui sont d’accord », a-t-il poursuivi. « C’est donc bien internationaliste », a-t-il justifié, en réponse à ces critiques qui estiment qu’un tel plan reviendrait au repli sur soi de chaque pays. « Le plan B, c’est le plan A maintenu », a-t-il résumé un peu plus tard.

Mais le plan B, c’est aussi, aux yeux de Jean-Luc Mélenchon, un plan de paix face au projet d’Europe de la défense, porté par exemple en France par le président François Hollande ou le candidat du PS Benoît Hamon. Il est, selon lui, urgent de changer cette Europe au moment où « la paix est menacée en Europe, car les États-Unis y jouent un jeu extrêmement trouble, où l’on ne sait plus s’ils veulent diviser les Européens ou désigner la Russie comme adversaire ». « L’escalade a commencé, il faut tout faire pour l’empêcher », a ajouté le Français. 

Quelques instants plus tard, lors d’une conférence de presse commune avec Zoe Konstantopoulou, Stefano Massina et Fabio de Masi, membre de Die Linke, Jean-Luc Mélenchon a expliqué que « le changement espéré, c’est que l’un de nous arrive à faire craquer les chaînes ». Dans la chronologie électorale, il est le premier à pouvoir le faire.

Photos CG
Christophe Gueugneau
Article tiré de Mediapart . le 12 mars 2017

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