Des projets bizarres de certains candidats.

Les propositions des candidats à l’élection présidentielle de 2017 sont souvent peu réfléchies.

Durant les campagnes électorales pour la présidentielles, les candidats se doivent de présenter de multiples propositions, en particulier en matière sociale ou fiscale. Ces propositions sont souvent élaborées par de petits groupes d’experts proches des candidats. Parfois, même, un groupe déjà constitué autour d’un projet de réforme réussit à le faire endosser par un candidat (comme on l’a vu pour le projet de revenu universel). C’est particulièrement vrai en 2017 où l’organisation de primaires et l’affaiblissement des partis politiques traditionnels ont fait que le programme des candidats n’émane plus comme jadis d’un corps de doctrine issu d’une réflexion collective longuement élaborée.

Le point gênant est alors que les propositions des candidats peuvent être hors-sol, ne pas tenir compte de la logique économique et sociale du système en place, des choix des partenaires sociaux, des contraintes économiques et institutionnelles. Certes, on peut considérer que c’est le rôle des hommes politiques que de bousculer les lignes, mais certaines propositions sont économiquement absurdes.

Ainsi, certains candidats (Fillon, Macron) prétendent fournir du pouvoir d’achat aux salariés en diminuant leurs cotisations sociales en oubliant que celles-ci ne financent aujourd’hui que des prestations d’assurances sociales (retraites, chômage, indemnités journalières maladie ou maternité) qui sont des salaires différés et dépendent des cotisations versées.

Certains (Fillon) relancent la « TVA sociale », la baisse des cotisations employeurs financée par la hausse de la TVA, soit pour favoriser l’emploi – ce qui est une  erreur car la TVA est équivalente aux cotisations employeurs puisqu’elle ne frappe que le travail, étant remboursée sur l’investissement- soit pour gagner de la compétitivité sans perte de pouvoir d’achat – ce  qui est là encore une erreur car les gains de compétitivité ne sont obtenus que si les salariés supportent une baisse de pouvoir d’achat.

Certains (Fillon) veulent inscrire dans la Constitution l’obligation de l’équilibre budgétaire pour la Sécurité Sociale et l’Unedic en oubliant qu’un certain déficit est inéluctable et nécessaire en période de chute de l’activité.

Certains (Hamon, Melenchon) veulent moduler le taux de TVA en fonction du caractère plus ou moins indispensable ou plus ou moins écologique du produit, ce qui serait une complication ingérable, qui ouvrirait des débats continuels.

Certains (Hamon, Mélenchon) veulent rendre la CSG progressive, ce qui  a déjà été refusé par le Conseil Constitutionnel car un impôt progressif doit être familialisé et doit prendre en compte l’ensemble des revenus du ménage.

Certains (Hamon,  Mélenchon) préconisent l’individualisation de l’impôt par la suppression du quotient familial, oubliant que les parents partagent leurs ressources entre tous les membres de la famille, qu’ils doivent assurer à leurs enfants le même niveau de vie qu’à eux-mêmes et que l’impôt doit obligatoirement en tenir compte. Le quotient familial ne peut être supprimé que si les obligations des parents envers leurs enfants le sont également, donc si la société prend en charge complétement le coût des enfants, soit, au minimum, des   allocations familiales de 350 euros mensuels par enfant.

Certains (Mélenchon) pensent qu’il faut augmenter le nombre de tranches du barème (jusqu’à 14) pour rendre l’IR plus redistributif.

Certains (Macron) préconisent un système de retraite par comptes notionnels qui tiendraient compte de l’espérance de vie selon la CSP, en oubliant qu’il est impossible de déterminer légalement quelle est la CSP d’une personne de 62 ans (qui a occupé des emplois divers) et que ce sont les femmes qui seraient les premières victimes d’un système de retraite basée sur la neutralité actuarielle.

Certains (Hamon) veulent fusionner l’ISF et la taxe foncière en oubliant que la taxe foncière finance les dépenses des collectivités locales, qui bénéficient, directement ou indirectement, aux propriétaires des locaux d’habitations ou professionnels situés dans leurs territoires.

Certains (Hamon) préconisent de faire de l’IS un impôt européen en oubliant que l’IS permet au fisc de chaque pays  de contrôler la cohérence de l’ensemble des déclarations fiscales et sociales des entreprises.

Certains (Hamon) proposent de fusionner le RSA et la Prime d’activité en un prétendu Revenu Universel, versé sur la fiche de paye, en oubliant que le système est familialisé et doit le rester pour aider spécifiquement les familles monoparentales, les familles monoactives, les familles où les parents n’ont que des ressources précaires. Ils oublient que le RSA et la Prime d’activité bénéficient particulièrement à des personnes sans emploi ou en emplois précaires qui peuvent multiplier les petits boulots, de sorte que le Revenu Universel, censé les remplacer, ne peut être versé sur leur fiche de paye.

Il y a des cas où il est heureux que  le président élu ne soit pas tenu par les programmes du candidat.

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Henri Sterdyniak, membre des Economistes atterrés
Article tiré de Mediapart . le 13 mars 2017

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