Six ans de guerre en Syrie – Un tournant ?

Le 15 mars 2011 débutait le soulèvement en Syrie. Depuis, le pays a sombré dans une guerre aux acteurs multiples et au lourd bilan : plus de 300 000 morts. Six ans après le début du conflit, le régime de Bachar el-Assad est toujours en place, grâce à ses alliés russe et iranien, l’opposition a perdu son bastion d’Alep et le groupe Etat Islamique est en recul. Les négociations relancées en février à Genève bloquent toujours sur la question de la transition.

►L’opposition affaiblie par la perte d’Alep

Ex-bastion de l’opposition armée syrienne, la partie-est d’Alep a été reconquise en décembre dernier par l’armée du régime, appuyée par des forces russes, iraniennes et libanaises du Hezbollah. Une lourde défaite pour la rébellion dont les différentes factions ne contrôlent plus que la province d’Idleb et d’étroites portions de territoire, notamment dans la région de Damas. Ce recul militaire affaiblit l’opposition syrienne et sa principale instance représentative le HCN (Haut Comité des Négociations) soutenu par la Turquie, les pays du Golfe, les Etats-Unis et plusieurs pays européens dont la France.

►Russie : guerre et paix ?

Son entrée en guerre en Syrie en septembre 2015 a bouleversé la donne. Engagée aux côtés du pouvoir de Bachar el-Assad, la Russie est désormais aussi en première ligne des efforts diplomatiques visant à trouver une issue au conflit. Moscou s’est ainsi associé à l’Iran et à la Turquie pour initier un cessez-le-feu et des discussions organisées à Astana (Kazakhstan). Forte de sa domination militaire et de son poids diplomatique, la Russie entend peser simultanément dans les négociations organisées à Genève sous l’égide de l’ONU. Moscou veut notamment assoir autour de la table deux groupes d’opposants syriens (le Groupe du Caire et le Groupe de Moscou) plus conciliants avec le régime de Damas que le HCN.

►L’évolution turque

La chute de Bachar el-Assad a longtemps été une priorité pour la Turquie. Mais subissant de plein fouet les effets de la crise syrienne, la Turquie privilégie désormais la lutte contre les Kurdes (ceux du PKK en Turquie et ceux du PYD en Syrie) et contre le groupe Etat islamique. En 2016, Ankara est entrée en guerre sur le sol syrien. L’opération Bouclier de l’Euphrate vise d’une part à éloigner les jihadistes de l’EI de la frontière et d’autre part à empêcher la formation d’un vaste Kurdistan autonome syrien à ses portes. Versant diplomatique de cette implication militaire : la Turquie s’est rapprochée de la Russie et malgré leurs divergences les deux pays travaillent ensemble au renforcement du cessez-le-feu et au processus d’Astana.

Les bérets bleus sont formés et chargés par la Turquie d’assurer la sécurité dans la ville de Jarablous, au nord de la Syrie.REUTERS/Khalil Ashawi

►L’EI en recul

Le vaste « califat » autoproclamé du groupe Etat islamique a vécu : l’organisation jihadiste recule en Syrie comme en Irak, sous les coups de la coalition internationale qui appuie les forces locales au sol. En Syrie, l’EI est principalement retranché à Raqqa et dans la province de Deir Ezzor. Mais qui reprendra possession de ces territoires si les jihadistes en sont chassés ?

►L’agenda kurde

Six années de guerre en Syrie ont permis aux Kurdes de ce pays d’avancer vers leur projet d’autonomie, voulu par le PYD (principale formation politique kurde de Syrie, liée au PKK turc). Au sol, les Kurdes ont remporté d’importantes victoires contre l’EI (Kobané, Manbij, avec l’appui de la coalition internationale). Au sein des FDS (Forces Démocratiques Syriennes qui comportent aussi des combattants arabes), les Kurdes progressent vers Raqqa, mais même en cas de victoire pourront-ils contrôler cette ville à majorité arabe sunnite ? Par ailleurs, les Kurdes étaient sur le point d’établir la jonction entre les territoires qu’ils contrôlent dans le nord de la Syrie lorsque l’intervention militaire turque a porté un coup d’arrêt à ce projet.

Un combattant kurde, membre de l’unité de protection des populations dans la ville d’Ain Issi, au nord de Raqqa.AFP PHOTO / DELIL SOULEIM

►Trump : quel plan ?

En mars, l’armée américaine a annoncé l’envoi de plusieurs centaines de soldats supplémentaires au sol en Syrie. Des renforts qui appuient les 500 militaires américains déployés sous l’administration Obama. Ces forces américaines soutiennent les Forces Démocratiques Syriennes (FDS, arabo-kurdes) en lutte contre les jihadistes du groupe Etat Islamique. Du coup, Washington doit gérer un conflit entre deux de ses alliés : d’une part les FDS kurdes et d’autre part la Turquie, membre de l’OTAN, qui ne cache pas ses intentions de participer à la reconquête de Raqqa. Plus largement, on ignore encore quelle sera la ligne de l’administration Trump en Syrie. Se limitera-t-elle à la guerre contre l’EI ou affirmera-t-elle une position différente à l’égard du régime de Damas, soutenu par Moscou et Téhéran ?

►Bachar inamovible ?

En 2013, les Etats-Unis de Barack Obama, la France de François Hollande et le Royaume-Uni de David Cameron s’apprêtaient à frapper le régime de Bachar el-Assad accusé d’avoir utilisé des armes chimiques. Washington, Londres et Paris renoncèrent finalement, au dernier moment. Depuis cet épisode, les trois dirigeants occidentaux ont quitté le pouvoir ou le feront dans les prochaines semaines. Le président syrien, lui, est toujours en place, fermement soutenu par ses alliés russe et iranien. Les récentes discussions de Genève l’ont encore montré : pour le régime de Damas, il n’est pas question de parler du départ de Bachar El Assad. Même si les pourparlers de Genève doivent aborder les questions de la gouvernance, de la Constitution syrienne et de futures élections.

Char russe au milieu des ruines de Palmyre, le 4 mars 2017.REUTERS/Omar Sanadiki

►Drame humain et échec du droit International

320 000 morts, selon l’Observatoire Syrien des droits de l’homme (OSDH), 1 million de blessés et près de 5 millions de réfugiés : c’est le bilan chiffré de la guerre en Syrie. Le HCR recense 6,3 millions de déplacés internes et 13,5 millions de personnes dépendantes de l’aide humanitaire. Selon UNICEF, 2016 a été une année particulièrement sombre pour les enfants syriens : 652 enfants tués dont 255 dans des écoles ou à proximité. Plus de 850 enfants ont en outre été recrutés pour combattre dans ce conflit. L’ONG Save The Children s’alarme elle de la crise de santé mentale qui menace les enfants syriens. Les témoignages s’accumulent sur le recours à la torture et aux exécutions de masse : il y a quelques semaines, Amnesty International dénonçait ainsi un « abattoir humain » dans la prison de Sadnaya.

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A l’occasion du sixième anniversaire du déclenchement de la crise syrienne, l’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International lance une campagne intitulée Justice for Syria, qui appelle les gouvernements « à mettre fin à l’impunité ». Amnesty demande à la communauté internationale de soutenir et de financer le mécanisme d’enquête sur la Syrie adopté par l’Assemblée générale des Nations unies en décembre 2016. L’organisation non-gouvernementale invite les Etats à exercer leur compétence universelle « pour enquêter sur les responsables présumés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité perpétrés en Syrie et les traduire en justice dans leurs propres tribunaux. »

Photo de garde : REUTERS – Khalil Ashawi
Nicolas Falez
Article tiré de RFI  le 15 mars 2017

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