Henri Emmanuelli, mort d’un frondeur historique du PS

Inspirateur de Benoît Hamon, figure de la gauche du PS, partisan du «non» en 2005, Henri Emmanuelli était député des Landes depuis 1978.

Henri Emmanuelli est décédé ce mardi à l’âge de 71 ans, a annoncé sa famille. Figure historique de l’aile gauche du Parti socialiste, inspirateur du candidat Benoît Hamon qui, visiblement très ému ce mardi matin à Bruxelles, a dit avoir perdu une «forme d’âme sœur», celui qui était encore député des Landes au moment de son décès a entamé son premier mandat dans ce département en 1978.

Une carrière de 39 ans au cours de laquelle ses expériences ministérielles (trois secrétariats d’Etat jusqu’en 1987) se sont finalement limitées au premier quinquennat de François Mitterrand, figure dont il s’est toujours réclamé, ayant adhéré au PS lorsque le futur président de la République en avait pris les commandes, en 1972.

Après quoi il a consacré l’essentiel de ses activités politiques, outre son mandat de député et la présidence de l’Assemblée nationale (un peu plus d’un an entre 1992 et 1993), à peser sur le Parti socialiste, dont il a été Premier secrétaire pendant un peu plus d’un an. Une expérience à l’issue de laquelle c’est Lionel Jospin, et non lui, qui a été désigné candidat à l’élection présidentielle de 1995.

Henri Emmanuelli avait été condamné en 1997 à deux ans de privation de ses droits civiques dans l’affaire Urba de financement illégal du PS en tant que trésorier du parti. Pendant cette période, il avait lancé, en novembre 1998, son propre journal, le Quotidien de la République, au tirage de 100 000 exemplaires pour le premier numéro. Il le définissait alors comme un «Figaro de gauche». L’expérience avait duré deux semaines. Henri Emmanuelli avait ensuite retrouvé, en 2000, ses mandats de député et président du Conseil général des Landes.

Figure du «non» au référendum

Défenseur d’un PS plus à gauche que ce qu’il fut souvent, il appelait constamment les gouvernements et les candidats à revenir aux fondamentaux socialistes. En 2000, constatant le succès du gouvernement Jospin à réduire le chômage, il lui demandait de «ne pas oublier les aspirations égalitaires des Français». En 2005, il avait été une des figures socialistes du «non» au référendum sur un traité constitutionnel européen. Emmanuelli défendait une «Europe à échelle humaine» : «Ce dont l’Europe manque le plus, pour poursuivre son chemin et grandir, c’est de sincérité, de vérité, de clarté», estimait-il dans un texte publié par Libération en mai 2004. «Ce dont elle se meurt doucement, c’est d’ambiguïté, du mensonge de celles et ceux qui prétendent la mener vers de verts pâturages alors qu’ils la conduisent à l’abattoir.»

Défenseur, dès 2005, du système des primaires pour désigner les candidats socialistes à l’élection présidentielle, il avait ensuite appelé Ségolène Royal, en 2007, à «concentrer [les] forces sur l’électorat de gauche, sur nos thèmes, sur nos raisons d’être : l’emploi, le pouvoir d’achat, la redistribution, le service public, l’éducation, la recherche, le progrès.»

Plus discret ces dernières années, affaibli par une neuropathie, Henri Emmanuelli avait continué, depuis le retour du PS au pouvoir en 2012, de fustiger le patronat et de réclamer des politiques plus à gauche. Selon lui, pendant le quinquennat de François Hollande, son parti était tombé «dans un coma profond». En 2014, il s’était abstenu lors du vote de confiance au Premier ministre, Manuel Valls.

Article tiré de Libération . le 21 mars 2017

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