Migrants à Calais – La justice annule les arrêtés anti-repas

Le tribunal administratif a censuré, ce mercredi, les interdictions prises par la maire de la ville de donner à manger aux réfugiés sur la zone industrielle des Dunes, et au bois Dubrulle. Les associations saluent une victoire.

A Calais, on a à nouveau le droit de donner à manger aux exilés dans la rue. «On a gagné !» se réjouit Gaël Manzi, d’Utopia 56. Le tribunal administratif a retoqué ce mercredi matin les arrêtés pris début mars par la maire de Calais, Natacha Bouchart (LR), qui empêchaient les associations de distribuer des repas sur la zone industrielle des Dunes, avant d’étendre ce périmètre au bois Dubrulle, à une centaine de mètres de là. La mairie, par ailleurs, est condamnée à verser 1 000 euros aux associations. Le juge, qui avait entendu le Défenseur des droits à l’audience, a estimé que la maire, «en faisant obstacle à la satisfaction par les migrants de besoins élémentaires vitaux» a «porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à ne pas subir des traitements inhumains et dégradants».

Les arrêtés antirepas de la maire de Calais étaient en fait des arrêtés antiregroupements, invoquant le motif que les «occupations abusives, prolongées, et répétées» de la zone industrielle des Dunes, qui contient des usines Seveso, est dangereuse, et qu’elles seraient de nature «à perturber la tranquillité, la salubrité et la sécurité publiques». En réalité, la mairie ne s’en est jamais cachée, l’arrêté avait pour but d’empêcher tout nouveau «point de fixation», selon la formule utilisée par l’Etat et la municipalité. C’est la vieille logique de la crainte de l’appel d’air, qui peut se résumer ainsi : si on les privait de nourriture, de douches et de soins, les migrants seraient moins nombreux à Calais.

Autre réponse de la maire : «Par l’intermédiaire des centres d’accueil et d’orientation (CAO), les migrants ont la possibilité d’être hébergés, nourris et de pouvoir se doucher.» Mais partir en CAO, c’est renoncer à l’Angleterre, et les exilés, eux, sont là – entre 250 et 400 – rappellent les associations. Ne pas le reconnaître, c’est «un déni de réalité, un déni d’humanité et un manque de pragmatisme», répond Vincent De Coninck, chargé de mission au Secours catholique du Pas-de-Calais. «Bien sûr qu’il y a des problèmes quand il y a des centaines de gens à la rue, s’indigne Gaël Manzi de l’association Utopia 56. Mais ce n’est pas en empêchant de donner à manger qu’on les règle, au contraire.»

En attendant, les plus vieux parmi les associatifs ont l’impression de revivre l’après-Sangatte, quand les migrants étaient harcelés, arrêtés, arrosés de gaz lacrymogène sur leurs lieux de vie. «Bruno Le Roux [le ministre de l’Intérieur, qui a démissionné hier, ndlr] a fait preuve de plus de mansuétude avec ses filles qu’avec les gamins sans papiers à la rue à Calais, ironise Vincent De Coninck. Pendant un mois, ils ont contrôlé, voire embarqué les jeunes qui venaient prendre leurs douches au Secours catholique. Aux douches, on n’a la paix que depuis une dizaine de jours. Aux distributions, plusieurs fois ils ont arrêté des jeunes. On vit un vrai retour en arrière.» Ce mercredi midi, Utopia 56 a distribué à manger dans la zone des Dunes. En fin d’après-midi, l’Auberge des migrants et la Refugee Community Kitchen feront de même place de Norvège.

Photo de garde : AFP –  Philippe Huguen
Haydée Sabéran 
Article tiré de Libération  le 22 mars 2017

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