Climat – Trump relance le charbon et le pétrole de schiste

Intervenue un an après l’accord de Paris sur le climat, l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis va compliquer la négociation planétaire sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Le président américain un décret ordonnant un réexamen du « Clean Power Plan » de Barack Obama qui impose aux centrales thermiques des réductions de leurs émissions de CO2.

Donald Trump veut relancer l’exploitation du charbon ainsi que celles du gaz et du pétrole de schiste. Obama promettait de réduire les émissions de GES des Etats Unis de 26 à 28% d’ici 2025 par rapport à 2005. Avec Trump, elles vont augmenter. Il faut avoir quelques chiffres en tête pour saisir les risques induits par cette relance des l’exploitation des énergies fossiles aux Etats Unis. Sur 36 milliards de tonnes de CO2 émises en 2013, environ 5,2 milliards  l’avaient été par les Etats Unis et 9, 9 milliards par la Chine. Ces deux pays émettaient alors 42%  du CO2 largué sur une année dans l’atmosphère. Les émissions moyennes par an et par habitant étaient alors de 16,6 tonnes aux  Etats-Unis, de 7,4 tonnes en Chine, de 7,4 tonnes en moyenne pour les pays membres de l’Union européenne dont 10,2 tonnes pour l’Allemagne et 5,7 tonnes pour la France. Le mauvais bilan carbone de l’Allemagne par rapport à la France tient au fait qu’en sortant du nucléaire pour produire de l’électricité notre voisin consomme beaucoup de charbon et de lignite. Il faut ici savoir que la France émet 15 gramme de CO2 par KWH  contre une moyenne européenne de 300 grammes. En revanche, la circulation sur route et la mauvaise isolation des bâtiments sont les points faibles de la France dans la lutte contre le réchauffement climatique.

En 2015, aux Etats-Unis 21% de l’énergie utilisée provenait du charbon, 32% du gaz naturel, 28% du pétrole et de ses dérivés, 11% des énergies renouvelables et 9% du nucléaire. C’est dans ce contexte que Donald Trump décide d’augmenter la production de charbon aux Etats-Unis, relance l’extraction du pétrole et du gaz de schiste qui libère beaucoup de GES avant même la combustion. Face à la baisse du prix du pétrole, l’industrie américaine de l’extraction a modernisé ses méthodes et réduit ses coûts de 30% en 2015 et encore de 22% en 2016. Du coup, au dessus de 45 dollars le baril, le pétrole de schiste redevient rentable en de nombreuses zones d’extraction aux Etats-Unis. Conséquence: les stocks de pétrole augmentent de semaine en semaine au pays de l’oncle Sam.

Vers une nouvelle flambée du prix de pétrole

Cette situation n’a pas échappé aux analystes dans les salles de marché. Voilà pourquoi le prix du baril de brent – qui est la principale référence du marché mondial –  a baissé de 11% dès le début de mois de mars passant de 55 à 50 dollars. Alors que les pays de l’OPEP et la Russie s’étaient engagés dans une  timide stratégie de maîtrise de la production afin de faire monter les cours, l’augmentation de la production des Etats-Unis depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche vient inverser cette tendance. Entre le début du mois de novembre 2016 et le début du mois de mars 2017, les nouveaux forages dans le pétrole de schiste aux Etats-Unis ont augmenté de 40%. Quand le prix du pétrole baisse, la demande augmente car les consommateurs sont moins regardants sur les économies d’énergie à tous les niveaux. Pour cette année, l’augmentation de la demande pourrait être de 1,4 million de barils par jour dans le monde. D’ici 2020, la demande journalière pourrait s’accroître de 4 millions de barils. Alors qu’une nouvelle baisse durable des prix mondiaux du pétrole imputable à la relance de la production des Etats-Unis risque de durer et pourrait appauvrir encore de nombreux pays exportateurs qui sont souvent des importateurs de produits industriels et alimentaires, une nouvelle flambée du prix du pétrole se produira à un moment ou à un autre, sans que l’on puisse la dater à ce jour.

En 2014, les investissements mondiaux dans l’exploration et la production de pétrole ont été de 780 milliards de dollars. En 2015, du fait de la chute des cours, ils n’étaient plus que de 585 milliards de dollars. En 2016, ils ont chuté à 433 milliards de dollars. Du coup, l’Agence internationale de l’énergie (AIE)  n’exclut pas une pénurie de pétrole d’ici trois ans faute d’investissements suffisants plusieurs années durant. Ce qui se traduirait alors par une nouvelle flambée des cours et beaucoup de capital gaspillé entre temps avec des fermetures de puits en panne de rentabilité avec un baril à moins de 50 dollars durant de longues périodes. Comme les autres énergies d’origine fossile le pétrole va se faire rare dans quelques décennies et la bonne gestion de cette ressource voudrait qu’elle soit économisée autant que faire se peut  pour au moins deux raisons : réduire les émissions de GES afin de freiner le réchauffement climatique ; moins consommer d’énergies fossiles afin d’en laisser aux générations futures. Parce que son moteur est la spéculation, l’économie libérale mondialisée ne saura jamais tenir compte de ces impératifs.

Pourtant, il y a urgence. En milieu de semaine, une dépêche d’agence annonçait que le réchauffement climatique sur la banquise antarctique a été a été de+ 3°C depuis cinquante ans alors qu’il est de + 1°C en plus de 100 ans pour toute la planète. Bien qu’elle fasse l’objet de variations importantes d’une année sur l’autre à la fin de l’été austral du début mars, cette année « l’étendue minimale de la banquise a été la plus faible jamais enregistrée avec  2,1 millions de km2 contre 2,29 millions en 1997». Cette semaine aussi , on a constaté qu’il faisait 30°C à l’ombre en Aquitaine l’après midi en ce mois de mars  2017!

Mais comme expliquer cela à Donald Trump, voire à François Fillon ou Emmanuel Macron.

Photo de garde : AFP – Brendan Smialowski
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 31 mars 2017

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