Une campagne pour stopper les préjugés sur les migrants avant la présidentielle

Face aux discours de plus en plus xénophobes envers les réfugiés en France, le Centre Primo Levi lance ce 1er avril une campagne intitulée #poisondavril2017. A trois semaines de la présidentielle française, cette initiative entend valoriser les effets positifs de l’accueil des réfugiés.

Dans la campagne électorale actuelle, les propos xénophobes de partis politiques extrémistes au sujet de l’accueil des réfugiés sèment le trouble parmi certains citoyens. Face aux extrêmes, les partis républicains ne répliquent guère, ou en silence, et évincent ce sujet qui semble être devenu tabou. Pourtant, l’accueil des migrants « constitue un enjeu majeur pour les années à venir, en France comme en Europe », note Eléonore Morel, directrice générale du Centre Primo Levi.

Si Paris accueille depuis peu un centre pour migrants tout comme Grande-Synthe, la haine qu’essaient de répandre de plus en plus au sein de la société des personnalités politiques est en effet palpable. A titre d’exemple, toutes les mesures de la candidate du Front national dans le domaine de l’immigration visent à bloquer l’accueil des migrants. « Les candidats qui s’étaient un peu engagés sur ce sujet il y a quelques mois se retirent petit à petit de ces terrains(…) Les discours actuels ne sont pas très courageux, analyse Joséphine Vuillard, du Centre Primo Levi. Les actions de la société civile ne sont pas suivies sur le plan politique. » Puisque le débat actuel est sclérosé et monopolisé par ces propos de rejet, le Centre Primo Levi souhaite montrer que nombre de Français mobilisés portent des initiatives, bien souvent peu visibles, en faveur de l’accueil des réfugiés.

En effet, nombreux sont les citoyens qui agissent chacun à leur niveau depuis plusieurs mois pour venir en aide aux réfugiés. Peu médiatisées, ces actions sont pourtant symboliques de la solidarité de nombreux Français envers les migrants. Pour le Centre Primo Levi, elles doivent « se faire une place » dans cette élection présidentielle pour que ceux qui deviennent perméables aux discours xénophobes se fassent une opinion nouvelle sur le sujet.

#poisondavril2017 ou comment remettre le sujet dans le débat public

Ainsi, sur la page du centre et sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram et Twitter), du 1er au 21 avril, avant-veille du premier tour, le centre diffusera à 11h un « fait concret et indéniable » prouvant que l’accueil n’est pas impossible, et qu’il est souhaitable tout autant pour les réfugiés que pour la société.

Les messages issus de divers horizons (organisations internationales, ONG, économistes, élus, scientifiques, etc.) auront ainsi pour objectif de mettre un frein aux propos xénophobes qui parsèment cette course à la présidentielle.

On y trouvera des textes portant aussi bien sur le domaine culturel que démographique, économique ou social, qui n’auront qu’un seul message à faire passer : l’accueil des réfugiés est bénéfique.

Parmi eux, « Grâce à l’ouverture d’un centre pour demandeurs d’asile en 2003, l’école de Chambon-le-Château, en Lozère, compte 44 élèves et 4 instituteurs. Un accueil vital pour ce village en perte de vitesse » ; mais aussi : « Anna Gosciny née Bereśniak a fui les pogroms avec sa famille et s’est réfugiée à Paris en 1912. Elle est la grand-mère d’Astérix et Obélix », « Antonio Rio Mavuba, capitaine du LOSC, est né sur un bateau de réfugiés entre l’Angola et la France, pendant la guerre civile angolaise », ou encore : « Quand un réfugié travaille, il paie des taxes, consomme et investit : c’est un surplus pour l’économie du pays d’accueil. Ainsi, le PIB de l’Allemagne a augmenté de 1,9 % en 2016 ».

#poisondavril2017 s’adresse donc avant tout aux personnes qui sont « sous influence ou sous l’emprise de ces discours xénophobes qui pullulent de plus en plus », explique Joséphine Vuillard. Les tenants de ce genre de discours étant par définition hermétiques aux campagnes en faveur de l’accueil des réfugiés, c’est aux citoyens qu’il faut s’adresser.

Apporter des faits concrets, analyse le centre, permet de recréer du débat et de faire prendre conscience aux citoyens séduits par les discours haineux qu’ils font fausse route. « Il n’est pas question de fustiger un parti en particulier, ce qu’on cherche principalement est de rééquilibrer le débat », poursuit Joséphine Vuillard.

Une campagne dans la campagne

Pour le Centre Primo Levi (qui à l’origine s’occupe essentiellement des réfugiés politiques), la France se doit d’accueillir dignement ceux qui ont été contraints de fuir leur pays et qui sont démunis de tout, quelle qu’en soit la cause (raisons climatiques, politiques, économiques etc). Et d’argumenter : ce sont les fondements mêmes de notre société – républicains, chrétiens, historiques – qui nous y invitent. D’autant que ceux qui parlent de « déferlante » de réfugiés et de migrants dans l’Hexagone se trompent.

Selon le ministère de l’Intérieur 85 244 demandes d’asiles ont été enregistrées en 2016, soit 6,5% de plus qu’en 2015. Ces demandes proviennent majoritairement des Soudanais, suivent les Afghans, les Haïtiens, les Albanais et les Syriens.

Et le centre Primo Levi de citer Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE : « Les réfugiés peuvent et doivent être une partie de la solution aux défis auxquels nos sociétés sont confrontées. Ils apportent de l’espoir : l’espoir d’une vie meilleure et d’un meilleur futur pour leurs enfants et les nôtres ».


Une action citoyenne pour créer un choc

Parmi les centaines d’actions et d’initiatives en faveur des migrants et pour alerter sur leur sort dans l’Hexagone, celle, récente, d’un citoyen français qui voulait « pousser un cri de colère envers l’inaction des politiques ». Pour se faire, le 18 mars dernier dans le nord de Paris, le jeune homme, lassé par « ces politiques qui ne font rien » en faveur des migrants, a décidé d’alerter les passants en les choquant. Il a ainsi planté aux pieds du métro Stalingrad dans le 19e arrondissement de la capitale une pierre tombale plus vraie que nature. Sur cette stèle en bois semblable à du marbre figurait l’inscription « Fraternité 1789-2016 », une accusation symbolique envers la France qui ne fait plus rien pour l’accueil de ses réfugiés. Nul Francilien n’est demeuré insensible en découvrant cette tombe dans les rues de Paris. Quant au jeune citoyen, il compte bien poursuivre ses actes de révolte et de sensibilisation éphémères.

Photo de garde : AFP – Dominique Faget
Anne Bernas
Article tiré de RFI  le 31 mars 2017

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