Fondation Abbé Pierre – Zéro SDF ? Mais si c’est possible

Un plan pour en finir avec les SDF en six points a été dévoilé lundi par la Fondation Abbé Pierre. Points souvent reconnus en période de campagne électorale et oubliés ensuite. La preuve par Hollande.

« Il est possible en France de mettre fin au scandale des personnes sans domicile, en moins de cinq ans dans les villes petites et moyennes et moins de dix ans dans les métropoles » : hier, la fondation Abbé Pierre a présenté un plan pour atteindre cet objectif de zéro SDF adressé aux candidats à l’élection présidentielle.

Ce « scandale » correspond à des chiffres explicites : 143 000 personnes sont aujourd’hui sans domicile fixe, dont 30 000 mineurs, un chiffre qui a doublé entre 2001 et 2012. Ces personnes vivent dans des bidonvilles, à l’hôtel, dans des centres d’hébergement ou dans la rue, qui, chaque année, recense 2 000 morts.

Forte de son expertise sur la question via un rapport annuel sur cette question du mal-logement dont le 22e exemplaire a été présenté fin janvier, la Fondation assure donc que mettre fin à ce scandale est possible, via six leviers principaux à « actionner simultanément » précise-t-elle. Ces six leviers consistent à privilégier l’accès à un logement pérenne plutôt qu’à une solution d’hébergement, à donner la priorité d’accès aux ménages défavorisés dans les attributions de logements sociaux, à augmenter la construction de ces logements très sociaux, à mobiliser le parc privé car le parc social ne pourra, seul, répondre, mais aussi à prévenir les expulsions et à accueillir dignement les migrants.

Autant de points qui n’ont rien de révolutionnaires. Tous ou presque ont été abordés par un gouvernement ou un autre, faisant même parfois l’objet d’engagement politique sans être pour autant suivis d’effet. C’est en effet sous Nicolas Sarkozy qu’a été impulsée la stratégie « Logement d’abord » affirmant que l’accès au toit était un préalable dans une démarche d’insertion. En cette même année 2009 a été aussi ordonné le « droit au logement opposable ». Sans effet notable.

Que les solutions d’hébergement soient « inefficaces et coûteuses » a ensuite été acquiescé par la mandature Hollande. Sauf que… ni budget, ni actes forts n’ont suivi. Résultat, malgré les places d’urgence créées notamment en Ile-de-France, les services d’hébergement sont engorgés.

Idem pour l’attribution des logements sociaux où les chiffres rappelés par la Fondation sont parlants. « En moyenne, il y a une attribution HLM par an pour 3,9 ménages en attente ». Mais quand les demandeurs disposent d’un revenu inférieur à 500 euros par mois, ce ration passe 1 pour 5,4. Que des logements sociaux soient inaccessibles aux plus démunis est un paradoxe plusieurs fois dénoncé. Mais cette question de l’attribution est politiquement sensible et l’ampleur de la demande a empêché des mesures radicales.

Construction sociale : en chute libre

Que dire encore de l’augmentation de la construction sociale ? Malgré l’objectif annoncé de 150 000 par an, seul un tiers a été financé en 2014 et 2015. Même constat sur le segment spécifique des logements très sociaux avec un loyer de sortie très bas : sur les 3000 attendus par an, 700 ont trouvé les financements nécessaires.

Concernant la mobilisation du parc privé, c’est une nécessité reconnue depuis longtemps pour trouver des solutions rapidement et sur tous les territoires avec un outil ad hoc, l’agence nationale d’amélioration de l’habitat. Cette Anah conventionne en effet avec des propriétaires privés pour qu’ils mettent leur logement à disposition des familles en difficulté. Sauf que… si 27 000 logements privés avaient été conventionnés avec l’Anah en 2008, leur nombre passe pour la première fois sous la barre des 5 000 en 2014. Non pas que le gouvernement socialiste n’ait pas trouvé l’option opportune – il a même demandé un rapport particulier sur le sujet à la fondation Abbé pierre, rendu en novembre dernier. Mais les crédits qui permettent ce conventionnement n’ont pas été au rendez-vous.

Même logique pour la garantie universelle des loyers (GUL) : présentée en début de mandat comme un outil pour prévenir les expulsions locatives, elle a été purement et simplement abandonnée. Et pour ne pas avoir à indemniser les bailleurs en cas d’impayés, les préfectures accordent le concours de la force publique pour effectuer des expulsions avec des demandes en augmentation, atteignant désormais les 12 000 par an, entre deux trêves hivernales.

On comprend donc qu’en cette période d’élection, la Fondation en appelle à des engagements non seulement « simultanés » mais « durables ». Et de rappeler que si une telle politique nécessité « des investissements aujourd’hui », elle permettra « des économies demain sur les nombreux coûts économiques et sociaux du mal-logement ».

Photo de garde : Wikimedia commons
Angélique Schaller
Article tiré de la Marseillaise  le 4 avril 2017

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