Le nouveau crime de guerre d’Assad

Le régime syrien s’est de nouveau rendu coupable d’une attaque à l’arme chimique. Il est pourtant peu probable que les réactions internationales aillent au-delà de la protestation.

L’attaque à l’arme chimique qui a tué au moins 72 civils, mardi, contre la population du village de Khan Cheikhoun, à l’ouest de la Syrie, va-t-elle relancer la question du départ de Bachar Al-Assad ? C’est hélas peu probable. Comme à son habitude, Vladimir Poutine s’est empressé de voler au secours du dictateur syrien. Contre toute évidence, Moscou affirme que les bombes de l’aviation syrienne ont été larguées sur un « entrepôt » contenant « des substances toxiques ».

La thèse de l’accident n’a aucun crédit alors que cette attaque fait suite à beaucoup d’autres. En août 2013 déjà, le régime avait utilisé du gaz sarin dans une attaque contre deux secteurs rebelles de la périphérie de Damas, qui avait fait 1 400 morts.

Depuis cette date, et malgré l’engagement à détruire son arsenal chimique, le régime a répété à plusieurs reprises des attaques au gaz. Notamment, en mars 2015 contre la ville de Qmenas, dans la région d’Idlib. Autre évidence qui accable Bachar Al-Assad, l’aviation syrienne a bombardé, quelques heures plus tard, l’hôpital de Khan Cheikhoun où étaient soignés des blessés, et cinq autres raids ont encore eu lieu mercredi matin.

Issue verrouillée par la position russe et iranienne

Toutes les capitales ont d’ailleurs condamné ce nouvel acte barbare d’Assad. Même Washington, plus complaisant depuis l’arrivée de Donald Trump, a présenté avec Paris et Londres une résolution condamnant l’attaque et appelant à une enquête « complète et rapide » de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. Le texte demande aussi à Damas de fournir les plans de vol de son aviation.

Mais après l’émotion provoquée par des images montrant des victimes prises de spasmes et de suffocation, il est peu probable que l’on aille plus loin qu’une protestation. Une de plus. Toute issue est verrouillée par la position russe et iranienne, et par la faible probabilité d’un réengagement des États-Unis dans ce conflit. Les capitales occidentales sont uniquement investies dans la guerre à Daech, dans l’est du pays, autour de Raqqa, toujours tenue par les islamistes.

« Si l’Onu est incapable d’empêcher le régime de commettre de tels crimes, comment faire réussir un processus politique en vue d’une transition en Syrie ? », a commenté le négociateur en chef de l’opposition, Mohammad Sabra. Le processus politique bute toujours sur le sort à réserver à Bachar Al-Assad. L’idée russe selon laquelle la transition devrait conduire à une élection alors que le dictateur syrien serait toujours au pouvoir est évidemment considérée comme une imposture par l’opposition qui n’ignore pas que tout scrutin démocratique est impossible sous ce régime.

Denis Sieffert
Article tiré de Politis  le 5 avril 2017

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