Colleurs d’affiches – L’heure du grand marouflage

En ces temps électoraux, la vie du colleur d’affiches n’est pas de tout repos… Sur tous les murs de l’Hexagone, ça encolle, déchire, arrache et recouvre à tout-va. Aussi, pour préserver l’image et le visage de son candidat, il faut trouver la stratégie payante.

Sale temps pour les colleurs d’affiches. Et pourtant, le secteur semble turbiner à plein régime. Les pros du 4×3, JCDecaux en tête, s’en donnent à cœur joie sur les murs de nos villes avec une organisation réglée au millimètre et des colleurs d’affiches incollables sur leur travail comme Didier, de la station Montparnasse à Paris. Mieux, ils semblent toujours recruter si l’on croit les petites annonces disséminées sur Internet : « Coller avec un balai des affiches sur les murs ou panneaux d’affichage, le soir ou de nuit pour 10 euros de l’heure. »

Mais avec les élections, les règles du jeu changent. Et pas qu’un peu. Impossible de coller tranquillement sans qu’une  horde d’arracheurs d’affiches ne décollent et recollent plus vite que leur ombre. La colle n’a même plus le temps de sécher, le papier est encore légèrement gondolé que, hop, un coup de balai gluant de « colle qui colle » (mélange de sucre, farine et eau dont voici la recette), et c’est une autre affiche électorale sauvage qui ravale la façade de la précédente. A croire que les militants zélés se prennent tous soudain pour Jacques Villeglé, le prince des affiches lacérées.

Le collage à hauteur d’homme, “c’est mort”

La guerre des poteaux, ponts et piliers d’autoroute démarre généralement trois mois avant le premier tour de l’élection présidentielle, bien avant la sortie des panneaux d’affichage officiels en acier galvanisé qui s’érigent sagement devant les bureaux de vote. Ça encolle, déchire, arrache et recouvre à tout-va dans l’Hexagone : et que je te lacère ton affiche, et que, perché sur un escabeau, j’encolle un nouveau visage sur la tienne. Oubliée, le temps de la présidentielle et des législatives, la loi de 1881 sur l’affichage public : la moindre surface plane, le plus petit mur de béton, l’arrondi d’une colonne ou un boîter électrique rugueux feront l’affaire. A ce petit jeu, tout est bon à prendre, même un panneau du cirque Zavatta, pour les supporters de Macron : au bonheur des tigres ou à dos d’éléphant, pourvu qu’on soit en marche. Le défi est tellement satisfaisant que Penelope Fillon a collé des affiches pour son époux, comme le révélait l’animatrice Karine Le Marchand dans l’émission Les grosses têtes, sur RTL. Confidence qui n’a pas empêché un esprit caustique de s’amuser sur l’affiche du patron des Républicains.

Les armes ? Pinceaux et escabeaux

L’enjeu pour les militants bénévoles, c’est le facteur temps. Combien de minutes, d’heures, de jours, l’affiche de leur champion restera-t-elle visible sans être recouverte? Pas longtemps pour cette affiche du FN récupérée par une fan de Marine en mal de déco pour sa chambre. Quand on aime… De toute façon, elle ne serait pas rester longtemps si l’on en croit un reportage qui prétend que chaque affiche électorale sera recouverte en moyenne 80 fois durant la campagne. Face à cette réalité ne restent que quelques stratégies payantes. Règle numéro 1 : oublier le collage à hauteur d’homme. « C’est mort », dit un pro. Règle numéro 2 : viser les spots incongrus, en hauteur, mais offrant néanmoins une visibilité maximale. Armés de pinceaux et d’escabeaux, les colleurs d’affiches des petits partis affinent leurs stratégies. Tel Mimoun, militant UPR, et l’un des quarante colleurs d’affiches du département des Hauts-de-Seine pour François Asselineau : « L’idée nous est venue d’aller là où il y a le plus de fréquentation et là où elles pouvaient rester le plus longtemps possible. Le périphérique parisien, les ponts d’autoroute, les piliers… Personnellement, je n’ai jamais pris de risques : on ne va pas mourir pour une affiche. Quand on va coller sur le périphérique, on attend les fermetures pour travaux ou sinon on descend le talus sur le côté, sans traverser les voies, et on colle sur les frontons ou le mobilier urbain. On recolle sur le FN, sur les vieilles affiches de Nicolas Miguet ou du Front de gauche. L’avantage du périph’ et des grands axes routiers, c’est qu’une fois que vous avez collé une affiche, elle est visible pendant un mois ou deux. Ce n’est pas comme sur les panneaux d’affichage libre où parfois on est obligé d’aller coller deux fois par jour au même endroit. »

“Prendre le monde par les murs” 

Loin de la frénésie, les supporters de Jean-Luc Mélenchon rêvent d’un autre monde. Des jeux de mots et un slogan politique invitant à « prendre le monde par les murs », comme le faisait Jacques Villeglé, à (re)découvrir dans un petit film, Le Ravisseur. Neuf formidables minutes d’interview signées Christian Bahier.

Emmanuelle Skyvington
Article tiré de Télérama . le 10 avril 2017

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