Présidentielle – Hollande rejoint la meute qui aboie contre Jean-Luc Mélenchon

En pleine ascension, le candidat de la France insoumise est devenu la cible à abattre pour ses adversaires. La presse de droite se déchaîne et le chef de l’État mêle sa voix au refrain « libéralisme ou apocalypse », qui vise à discréditer toute alternative politique.

Il flotte comme un parfum de 2005. Les mêmes qui s’étaient hargneusement ligués contre les défenseurs d’une autre Europe sortent de nouveau les griffes, déstabilisés par le vent de progrès social qui balaye déjà sur son passage quelques scénarios établis. La percée de Jean-Luc Mélenchon, concrétisée hier par un sondage Ifop qui le place en tête des personnalités politiques préférées des Français, a même réveillé François Hollande de sa torpeur.

Occupé à inaugurer les chrysanthèmes depuis son renoncement à se représenter devant les Français, le président de la République a choisi l’hebdomadaire le Point pour adresser, aujourd’hui, une mise en garde, non pas contre le danger de l’extrême droite, mais bien contre le vote en faveur du programme de Jean-Luc Mélenchon. Dans les colonnes du journal de Franz-Olivier Giesbert (choix ô combien symbolique), il n’hésite pas à reprendre à son compte le lexique de la droite sur le « péril » qui consisterait à « regarder le spectacle du tribun plutôt que le contenu de son texte ». Or, la dynamique dont bénéficie Jean-Luc Mélenchon pour cette élection présidentielle s’appuie précisément, et plus que pour tous les autres candidats, sur le contenu d’un programme. Lors de son meeting à Marseille, dimanche, alors que les 70 000 personnes présentes commençaient à scander son nom « Mélenchon, président ! », celui-ci les a immédiatement arrêtées. « Vous n’êtes pas des dévots ! Vous êtes ceux qui portez un programme. ll s’appelle “l’Avenir en commun” ! Guérissez-vous les gens de cette manie d’attendre d’un homme une perfection qu’il ne peut pas avoir ! Ne comptez que sur vos propres forces ! Je ferai ma part de travail, faites la vôtre ! » a enjoint le candidat. Tout le contraire d’une foule envoûtée par un gourou, comme voudrait le faire croire François Hollande. Cet argument passe d’autant plus mal que le poulain du président de la République, Emmanuel Macron, auquel il apporte d’ailleurs son soutien à demi-mot, a passé toute la campagne à jouer à cache-cache avec son programme, y substituant la marque « Macron » autour de sa petite personne et le renouveau qu’il serait censé incarner. Seule Ségolène Royal, décidément jamais là où on l’attend, s’est démarquée hier en se désolidarisant de la meute anti-Mélenchon. « C’est une authenticité, une passion, que les Français trouvent dans son message », a déclaré la ministre de l’Environnement à la sortie du Conseil des ministres. Priée de dire si la percée du candidat de la France insoumise l’inquiétait, elle eut cette réponse : « Pourquoi une inquiétude ? Non, au contraire, je pense qu’il vaut mieux une personne de ce côté-là que du côté de l’extrême droite. »

Le candidat d’En marche ! sent le vent tourner

Une inquiétude face à l’extrême droite que ne semble pas partager le chef de l’État, préférant cibler Jean-Luc Mélenchon. Car son entretien au Point parachève naturellement un quinquennat entièrement voué à décomposer la gauche et enterrer le progrès social. Comme son père spirituel, le candidat d’En marche ! n’hésite pas à emprunter à la droite dure sa vulgate anticommuniste. « Nous avons le révolutionnaire communiste… Il était sénateur socialiste, j’étais encore au collège ! » a-t-il raillé lors de son meeting à Besançon, mardi. C’est que le candidat d’En marche !, dont la campagne lui a été jusqu’ici servie sur un plateau d’argent, sent le vent tourner. Toujours en tête dans les sondages, ex aequo avec Marine Le Pen malgré une légère baisse, Emmanuel Macron voit bien qu’il n’est plus au centre du jeu et que sa dynamique de campagne s’enraye. « C’est bien, il vaut mieux qu’il scie lui-même la planche sur laquelle il est assis, cela me fait moins de travail à faire ! » a ironisé, mardi, Jean-Luc Mélenchon, en marge d’une visite à l’université de Lille.

Quand Marine Le Pen reprend les refrains du président du Medef

Marine Le Pen n’est pas en reste quand, à l’unisson des arguties du Medef, la candidate d’extrême droite accuse Jean-Luc Mélenchon de vouloir « 100 milliards d’impôts supplémentaires » qui vont « écraser » les Français. Un refrain repris par Pierre Gattaz, pris de panique à l’idée qu’un de ses deux champions austéritaires loupe la marche. Pour lui, une victoire de Mélenchon représenterait « une catastrophe absolue ». Rendez-vous compte, il veut « contraindre, taxer, mettre des sanctions, contrôler les chefs d’entreprise », s’égosille le président du Medef, qui, comme ses prédécesseurs en 2005, agite le spectre de la faillite et de l’isolement. Comme lui, François Fillon a choisi de mettre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon dans le même panier, pratique devenue courante quand la droite est à court d’arguments. « Croyez-moi, ça n’est pas avec le programme communiste de M. Mélenchon, et le retour au franc de Mme Le Pen, que l’économie française va redémarrer », a-t-il attaqué, mardi, lors d’un meeting dans la cité phocéenne. « Ces gens-là veulent nous faire croire que c’est la sardine qui a bouché le port de Marseille. Cela n’est pas sérieux », a-t-il encore osé, fébrile face au miroir que lui tend la dynamique Mélenchon. « De nouveau, on annonce avec ma victoire électorale l’arrivée de l’hiver nucléaire, des pluies de grenouilles, les chars de l’armée Rouge et le débarquement des Vénézuéliens », a réagi, hier, Jean-Luc Mélenchon sur son blog. Avant de prévenir : « Je crois pouvoir en attendre l’effet exactement inverse : aucune personne sérieuse ne peut accorder de l’importance à de telles divagations. Que ceux qui s’en rendent responsables puissent l’ignorer témoigne de l’indicible mépris qu’ils ont pour l’intelligence de leurs concitoyens. »

Maud Vergnol
Article tiré de l’Humanité  le 13 avril 2017

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