Qu’est-ce que l’Alliance bolivarienne que souhaite rejoindre Mélenchon ?

Dans son programme, le leader de La France insoumise prévoit d’adhérer à l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, une organisation politique et économique antiatlantiste créée en 2004 par Hugo Chávez et Fidel Castro.

La France est-elle un pays d’Amérique latine ? Oui, selon Mélenchon. Un échange tendu entre son porte-parole, Alexis Corbière et Patrick Cohen sur le plateau de C à vous, mardi soir, a mis en lumière ce point du programme de La France insoumise, passé plutôt inaperçu jusque-là. «Vous sortez des traités européens, vous sortez de l’Otan, vous sortez de l’OMC, mais la France ne reste pas seule puisque chapitre 62, nous adhérons à l’Alliance bolivarienne, dont les principaux pays membres sont Cuba et le Venezuela et les pays observateurs, la Russie et l’Iran. Cuba et le Venezuela ne sont pas des démocraties, et la Russie et l’Iran non plus», relève le journaliste.

Ce projet figure à deux reprises dans le livre-programme de Jean-Luc Mélenchon. Dans le chapitre 62, «Construire des coopérations altermondialistes et internationalistes», où il est stipulé qu’il faut «instaurer une politique de codéveloppement avec l’Amérique latine et les Caraïbes en adhérant à l’Alba (Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique)». Mais aussi dans le chapitre 15, consacré à l’outre-mer, où il est prévu de «rejoindre les coopérations régionales dans une démarche de codéveloppement écologique, social et de progrès humain : par exemple l’Alba (Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique) pour les Antilles et la Guyane française, l’Afrique australe pour Mayotte et la Réunion, etc.». Dans son livret thématique consacré à outre-mer, il est précisé que ce sont la Guyane et les Antilles françaises qui rejoindront l’Alba, tout comme la Communauté d’États latino-américains et caraïbes (Celac).

Monnaie commune virtuelle

Créée en 2004 par le président vénézuelien Hugo Chávez et le dirigeant cubain Fidel Castro, l’Alliance bolivarienne est avant tout une alliance politique et économique, qui se présente au départ comme une alternative à la Zone de libre-échange des Amériques, projet porté par les Etats-Unis. Elle a pour objectif «de réduire la pauvreté et les inégalités sociales résultant de l’application indiscriminée de politiques néolibérales» en se basant avant tout sur la «solidarité, la justice, la complémentarité et la coopération». Ses fondateurs se réclament de la doctrine de l’icône du Venezuela, Simon Bolivar, «d’unité et de souveraineté des pays qui ont pris leur indépendance sur le pouvoir colonial».

D’un point de vue économique, une note du Trésor de mai 2016 explique que l’alliance s’appuie sur deux instruments financiers. D’abord, une monnaie commune virtuelle réservée aux banques centrales des pays membres : le Sucre (Système unitaire de compensation régional). Celle-ci vise à renforcer les échanges et les investissements entre les pays de l’Alba, sans avoir à recourir au dollar. L’Alba a aussi créé en 2008 sa propre banque, qui dispose d’un milliard de dollars pour «consolider la souveraineté et l’indépendance financière des pays membres de [l’Alliance] en finançant des projets de développement social». En six ans, 46 projets (pour un montant de 334 millions de dollars, soit plus de 313 millions d’euros) auraient été mis en œuvre selon le Trésor. Des Jeux de l’Alba, des prix culturels, et un programme d’alphabétisation complètent cette alliance, avant tout antiatlantiste.

L’Iran et la Syrie observateurs

Elle compte aujourd’hui douze membres : le Venezuela, Cuba, la Bolivie, l’Equateur, le Nicaragua, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, la Dominique, Antigua-et-Barbuda, Grenade et Saint-Christophe-et-Niévès. L’organisation compte aussi trois pays observateurs : Haïti, l’Iran et la Syrie. Pas franchement démocratiques… En 2009, la Russie avait aussi été invitée au sommet de l’Alba au titre d’observateur.

En rejoignant l’alliance bolivarienne, il met ainsi en avant son antiatlantisme. L’année dernière déjà, il affirmait vouloir sortir des traités européens pour entrer «dans les coalitions des pays des Caraïbes et d’Amérique latine». «La plus longue frontière commune de la France est avec le Brésil et non avec l’Allemagne», justifie souvent Mélenchon en faisant référence à la Guyane.

Photo AFP/Yamil Lage
Pauline Moullot
Article tiré de Libération . le 13 avril 2017

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