Ce candidat qui fait trembler le système en place

Porté par l’enthousiasme populaire, le candidat de la France insoumise défie tous les pronostics et parait désormais en mesure de se qualifier pour le second tour de la présidentielle. Une situation qui provoque des sueurs froides chez ses opposants mais galvanise ses partisans déjà bien motivés par le projet et pourrait convaincre les indécis.

« Capitaine du cuirassé Potemkine », « révolutionnaire communiste », « le péril », « vision assez totalitaire », « ruine et désespoir » : François Fillon, Emmanuel Macron, François Hollande, Laurent Berger, Pierre Gattaz… L’artillerie lourde a été sortie cette semaine contre Jean-Luc Mélenchon. Est-ce la foule présente à ses meetings, les sondages, une étape de la campagne, la peur de perdre ? Toujours est-il que le candidat de la France insoumise est désormais pris au sérieux. Pour le contrer, des arguments aussi divers qu’outranciers.

« Pas de programme » ose le Figaro mercredi. « Une forme de révérence (…) à ce qui se passe au Venezuela » pour le patron de la CFDT pour justifier la qualification de totalitarisme sachant que, en passant, une dizaine de partis d’opposition existent à Caracas. « Un rapport au peuple qui se résume aux meetings » tacle le candidat socialiste Benoît Hamon, ignorant le travail de terrain réalisé par des militants dans toute leur diversité. Le cantonner au rôle de tribun a également été l’option du président de la République, parlant de « simplifications » et de « falsifications » dans « le contenu de son texte ».

Tous les fantômes convoqués

Cette campagne qui a totalement rebattu les cartes du jeu politique inquiète. Celui qui faisait peur, le candidat du « bruit et la fureur » comme se sont plu à le rappeler tant de médias, est devenu le « plus populaire » des hommes politiques, gagnant 22 points en un mois pour s’installer à la première place avec 68 % des « opinions favorables » dans un sondage Ifop. Alors que les affaires ont secoué la campagne, concernant les candidats LR et FN mais aussi un ministre socialiste, Jean-Luc Mélenchon apparaît comme l’homme politique « honnête » pour 77 % des Français. « Présidentiable », « proche des gens », « rassurant »… Les instituts rivalisent de propositions à soumettre aux sondés au terme desquels l’outsider finit souvent par s’imposer. D’où la charge étonnante de la semaine. Avec l’énergie du désespoir et une bonne dose de mauvaise foi, la mission, acceptée par un spectre large de la classe politique, est de faire en sorte que Mélenchon fasse à nouveau peur : Robespierre, Lénine, l’armée rouge… tous les fantômes sont convoqués.

S’il y a d’évidence une stratégie politique et beaucoup de travail dans le camp de la France insoumise, il y a aussi une conjoncture favorable. Les affaires qui éclatent à un moment où les Français ne semblent plus en capacité de les avaler sans mot dire. Un candidat de droite qui non seulement est accusé d’emploi fictif au moment où il veut mettre tout le monde au travail pour gagner pareil si ce n’est moins, mais fait preuve d’un cynisme glaçant, résumant son mea culpa à un « j’ai rendu les costumes ». Une candidate d’extrême-droite qui refuse de se présenter devant la justice et qui doit encore être en train de digérer le cinglant « il n’y a pas d’immunité ouvrière » lancé par Philippe Poutou (NPA) en plein débat télévisé. Le PS qui perd chaque jour en crédibilité dans son zèle à lâcher le candidat pourtant issu de sa primaire et qu’il s’était juré de soutenir. Un Macron qui veut « changer le visage » de la politique mais est rejoint par des soutiens gênants, en France comme en Allemagne avec le ralliement du ministre des Finances Schaüble, qui soulignent l’orientation libérale qu’il veut minimiser et rappellent le rôle important joué dans la mandature Hollande qui a suscité ce si fort appétit de changement… réel.

Le choc des programmes

Mais il y a aussi les programmes. Casse du droit du travail, destruction du service public, baisse des impôts, austérité : le candidat LR veut faire oublier son passage par le gouvernement de Sarkozy et son échec à réussir tout ce qu’il prétend aujourd’hui atteindre (réduire la dette, baisser le chômage, relancer l’activité) en doublant les doses d’une recette identique. Même volonté de détricoter le code du travail, de baisser les impôts et d’ubériser la société chez Emmanuel Macron avec cependant la haine - tout au moins affichée – en moins de l’État et au nom de la modernité.

Discours en contradiction avec les fondements politiques du programme reste la marque de fabrique d’une Marine Le Pen qui en appelle au peuple pour mieux le dédaigner quand elle est aux manettes. Un point particulièrement mis en évidence lors du débat télévisé à 11 où chacun a entendu que derrière ses envolées contre les travailleurs détachés il n’y avait pas eu de vote « contre » quand le sujet était arrivé sur sa table d’euro-députée.

Angélique Schaller
Article tiré de la Marseillaise  le 15 avril 2017

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