Laïcité – Une raison de plus de voter Mélenchon !

La laïcité qui assure indissociablement la liberté de conscience et l’égalité de traitement des convictions spirituelles, garantit la liberté de culte mais aussi la liberté de pensée de tous les humains égaux en droits, doit prendre toute sa place dans nos choix dès le 23 avril.
Lire l’analyse complète de Henri Pena-Ruiz et Jean-Paul Scot.

Charlie Hebdo a demandé à tous les candidats de s’engager par écrit à « ne pas modifier la loi du 9 décembre 1905 », à ne pas introduire des « aménagements particuliers à l’égard d’une communauté religieuse » et à ne pas rétablir le « délit de blasphème ». Tous ont promis de défendre la laïcité. Mais leurs programmes contredisent souvent leurs réponses.

Marine Le Pen prétend même « promouvoir la laïcité … et l’étendre à l’ensemble de l’espace public ». Que dit le programme du FN ? « Laïque, la République n’accepte aucune religion ni aucune idéologie d’Etat dans l’espace public. » Est-il donc prêt à interdire les processions catholiques ? Non, seulement le voile des musulmanes, car le FN « reconnait le rôle du christianisme en général et du catholicisme en particulier dans l’histoire de France et la construction de la civilisation française ». La contradiction est flagrante. Sous le nom de laïcité, idéal universaliste qui ne saurait discriminer aucune civilisation ou religion, le FN reprend l’opposition entre « eux » et « nous » chère à Carl Schmitt, le penseur allemand rallié au nazisme. Il reprend le thème du prétendu « choc des civilisations » dont Samuel Huntington affirme la fatalité. Oublier les bûchers de l’Inquisition et la chasse aux sorcières pour ne s’en prendre qu’à un islamisme politique assimilé à la religion musulmane ce n’est pas être laïque mais ultranationaliste. C’est tourner le dos à la laïcité et à la paix qu’elle rend possible. Au nom des « racines chrétiennes de la France », Marine Le Pen justifie une « crèche » dans la mairie de Béziers alors que son ami Robert Ménard interdit les paraboles sur les balcons ! Privilège d’un côté, discrimination de l’autre ! Le FN dénonce « toute forme de communautarisme qui favorise l’extension de modes de vie étrangers à la civilisation française » mais, paradoxalement, il entend imposer un modèle communautariste pour la France. Il dit rejeter « toutes les formes de discrimination positive » en faveur des « minorités » ; mais est-il prêt à abolir les subventions publiques aux écoles confessionnelles ? Il prône ouvertement l’« assimilation » en condamnant « la diversité, nouveau nom de la préférence immigrée ». La dite laïcité du FN ne semble servir qu’à justifier racisme et xénophobie.  Pour Jean Marie Le Pen, l’invocation de la laïcité par sa fille est purement « contingente ». Il n’y a donc pas parti plus anti-laïque que le Front National !
François Fillon admet que la loi de 1905 est « une loi de liberté ». Mais pour lui, le principe de laïcité « s’est forgé tout au long du XXe siècle » : le Concordat d’Alsace-Moselle et la loi Debré seraient donc les fruits d’un « consensus au bénéfice de tous » ! Bigre ! Pour lui la « protection apportée aux religions par la République » parait plus importante que la liberté de conscience des non croyants. Drôle de laïcité inégalitaire pour un candidat affichant sans réserve sa catholicité ! Il a beau jeu de dénoncer aujourd’hui, lui aussi, un « fondamentalisme musulman particulièrement préoccupant » alors qu’il a entretenu d’excellentes relations avec les monarques du Golfe et l’UOIF quand il était premier ministre. Il aspire à une laïcité  de collaboration entre l’Etat et les religions reconnues  d’utilité publique pour leur contribution à l’éducation, à l’intégration, à l’assistance, voire au maintien de l’ordre moral et politique. Tout le contraire de la laïcité, incompatible avec l’octroi de privilèges aux croyants.
Emmanuel Macron reconnaît que le principe de laïcité « a offert à notre société jusqu’à aujourd’hui 110 ans d’apaisement ». Son programme prétend « l’appliquer strictement ». A voir ! Ainsi veut-il développer « la connaissance des différentes religions à l’école en prévoyant un enseignement spécifique du fait religieux ». Lui, qui propose comme idéal aux jeunes de « devenir  milliardaire » et prétend moraliser le « capitalisme corrompu »,  renoue avec la vieille conception de la religion comme « supplément d’âme d’un monde sans âme ». Quittant son poste à  Bercy, n’a-t-il pas déclaré : « Les religions, notamment l’islam, offrent un accès à l’absolu ; elles proposent du sens … ». La lutte des classes serait stérile et dépassée, mais les religions seraient seules capables de ré-enchanter le monde et de donner une espérance ! C’est reprendre la vielle maxime du XIXe siècle : libre exploitation et charité ici-bas, compensation dans l’au-delà. Ses amis de la finance peuvent dormir tranquilles !
Benoit Hamon, curieusement, est optimiste : « je ne crois pas que la laïcité soit en danger ». Mais il se trompe quand il voit dans la loi de 1905 un « riche compromis » entre les religions et l’Etat et non un principe de séparation et de neutralité. A quoi s’engage-t-il quand il dit refuser « tout accommodement avec les pratiques culturelles ou cultuelles qui supposeraient de modifier la loi de 1905 » ? Le fait est qu’il n’a pas dénoncé dles propositions validées par le parti socialiste le 30 janvier 2015 : « recenser les besoins en lieux de culte et examiner les moyens de répondre aux manques dans certaines parties du territoire » et « développer les établissements scolaires privés sous contrat. L’enseignement privé confessionnel musulman doit pouvoir se développer dans le respect des principes républicains ». La République n’a pas à financer des lieux de culte, ni à encourager l’enseignement privé alors que l’Ecole publique manque de moyens pour assurer sa mission d’intérêt général. Benoit Hamon ne remet pas en cause les privilèges financiers des écoles confessionnelles. Serait-il l’adepte d’une curieuse laïcité multiculturelle ?
Jean-Luc Mélenchon n’a pas de brevet de laïcité à présenter, mais c’est lui qui répond avec le plus de clarté à Charlie Hebdo. La loi de séparation des Eglises et de l’Etat doit être appliquée sur tout le territoire, en Alsace-Moselle comme dans les Outre-mer. Puisque tous les citoyens sont égaux devant la loi, « il ne peut être  question d’aménagement particulier pour telle ou telle religion ». Ce serait créer des discriminations entre croyants et non croyants. « Je m’engage donc, déclare Jean-Luc Mélenchon, à refuser les financements publics pour la construction des édifices religieux, des activités cultuelles et des établissements confessionnels. » Un engagement net, conforme à l’idéal républicain et laïque : réserver l’effort de la nation à l’école publique, non pour nuire à la liberté d’enseignement, mais pour réaffecter l’argent public à sa destination légitime : l’intérêt général commun à tous. Il est également le seul qui fasse le lien entre la laïcité et les droits des femmes et des homosexuels victimes des « prescriptions à caractère sexuel » de toutes les religions. « Aucune prescription religieuse, écrit-il, ne doit être imposée par la loi ». La religion n’engage que les croyants. La laïcité leur permet de vivre librement leur éthique de vie dans le respect du droit commun. Il entend « combattre tous les communautarismes et l’usage politique des religions ». La laïcité est émancipatrice car elle assure à chaque personne, rappelle-t-il,  la  « liberté de conscience »  qui englobe la  « liberté de culte » , la liberté d’avoir une religion et d’en changer, et la liberté de pensée. Elle permet à chacun la libre disposition de son corps, de son style de vie et lui assure le droit de mourir dans la dignité. En fondant l’ordre public sur les droits humains et non sur les particularismes coutumiers et religieux la laïcité vaut  principe de paix, d’intérêt général et d’émancipation.
Dès le 23 avril, pour défendre la laïcité en même temps que la justice sociale et la refondation écologique, votons Jean-Luc Mélenchon ! 
Henri PENA-RUIZ, philosophe, auteur du Dictionnaire amoureux de la laïcité, Plon, 2014 et 2017 pour la dernière édition
Jean-Paul SCOT, historien, auteur de « L’Etat chez lui, l’Eglise chez elle ». Comprendre la loi de 1905, Points Histoire, Seuil, 2005 et 2015, et de Jaurès et le réformisme révolutionnaire, Le Seuil, 2014.
Photo AFP/Alain Jocard
Article tiré de l’Humanité  le 17 avril 2017
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