Taxer les énergies fossiles à la source pour aider les pays pauvres

Alors que nous votons ce dimanche pour élire le prochain président de la République, lire les informations données par l’Institut national  de la statistique et des études économiques (INSEE) sur l’évolution des  prix de la plupart des matières premières, dont le pétrole, se révèle particulièrement instructif. En taxant ce dernier dans le but de limiter la spéculation  on dégagerait les 100 milliards de dollars annuels  permettant  aux pays pauvres d’être mieux  à même de lutter contre le réchauffement  climatique.

Lire les études chiffrées  de l’INSEE  est toujours instructif. A condition, toutefois, de ne pas  attendre  de l’Institut une analyse  politique sur la signification de ses observations. Il faut ici juger par soi-même  pour tenter de comprendre de quoi il retourne et ne jamais oublier  que la formation des prix garde toujours une dimension spéculative en fonction de la loi de l’offre et de la demande  dans cette mondialisation  de l’économie  gaspilleuse de matières premières  et très émettrice de gaz à effet de serre.
Si nous voulons préserver  une terre vivable pour les générations futures, il vaut mieux que  le prix  des énergies fossiles  soit suffisamment  élevé pour que les économies d’énergies  deviennent une préoccupation partagée par le plus grand nombre. Nous n’en prenons pas le chemin. L’INSEE nous apprend  qu’en mars 2017, le prix du pétrole  a baissé de   -6,7% après une légère hausse de + 0,9% en février. De leur côté, les prix des  matières premières  agro-industrielles ont chuté de 6 3% en un mois après une hausse de +7,3% sur un an. Ainsi le prix de caoutchouc baisse de -11,3% sur un mois après avoir augmenté de +2,2% sur un an car l’offre est devenue légèrement supérieure   à la demande.
Les matières premières alimentaires   baissent en moyenne de  6 2,9% en mars après  avoir été stables sur un an. Ainsi, le prix du sucre  a baissé de – 11,9% pour le seul mois de mars 2017 après   avoir augmenté de  21,8%sur un an. Si on regarde le minerai de fer, la baisse est de -2,2% en mars 2017 alors que la hausse est de 64,2% sur un an. De telles fluctuations nous montrent que la spéculation est permanente  sur toutes les matières premières, à commencer par celles qui entrent dans la consommation quotidienne des populations du monde entier.

La régulation voulue par l’OPEP victime du pétrole de schiste

Mais revenons au  pétrole. En novembre  2016 un accord  d’une  durée de six mois avait été trouvé entre les pays d l’OPEP et quelques autres nations exportatrices  réduire leur production globale de brut de 1,8 millions de barils par jour  afin de faire remonter les cours. Bien que cet accord  ait été assez bien respecté globalement, il n’a pas donné tous les résultats attendus. Tout simplement parce que la remontée des cours  a poussé les compagnies  américaines, non  concernées par cet accord,  à relancer l’extraction  du pétrole de schiste,  redevenu rentable sur de nombreux sites.
Selon le quotidien Les Echos  du 21 avril,  l’Arabie saoudite  va proposer à ses partenaires de reconduire l’accord de novembre 2016, lors de la réunion  des pays producteurs prévue le 25 mai prochain. Mais, alors que Donald Trump est président  des Etats Unis pour encore  trois ans et demi, les entreprises américaines qui exploitent le pétrole de schistes  ne cessent d’augmenter leurs   investissements. Les Echos nous affirment que la plupart des analystes  prévoient une hausse de la production américaine de 500.000 à 700.000 barils par jour cette année tandis que d’autres  estiment que la croissance de l’extraction pétrolière aux Etats Unis sera encore plus élevée. Du coup, alors que le prix du baril de brent est tombé à 53 dollars cette semaine, certains observateurs spéculent sur un prix de 62,5 dollars d’ici la fin de l’année tandis que d’autres  affirment qu’il pourrait tomber à 42 dollars. Dans un cas comme dans l’autre, le prix de sera pas assez dissuasif pour inciter aux économies d’énergie.

Alors que faire  pour tenter  de freiner la consommation pétrolière largement responsable des émissions de CO2 ? 

Alors que la Cop 24 se tiendra en décembre 2018 à Varsovie pour tenter  de mettre en place les dispositifs permettant  de répondre aux engagements de la Cop 21 décidés en 2015 à Paris, c’est  à la fin de cette année 20217 que doit se tenir un Cop 23 en Allemagne  à l’initiative des Iles Fidji. On tentera  d’avancer  sur le dossier relatif  aux 100 milliards de dollars annuels  promis voilà quelques années par les pays riches  afin d’aider les pays pauvres à mettre en place des politiques de lutte contre le réchauffement.  Comme rien n’avance dans ce domaine, faisons leur la suggestion suivante: prélevons une taxe carbone sur chaque baril de pétrole au départ de tous les puits  d’extraction et  augmentons d’autant le prix du baril. Faisons  gérer cette somme par la banque mondiale  et mettons en place une commission d’experts en développement économique à faible bilan carbone  pour identifier et promouvoir les projets  qui pourront bénéficier de cette aide.  Du développement  de l’énergie solaire  à l’agroforesterie en passant par les systèmes d’irrigation au goute à goute sans oublier les bâtiments à énergie positive  et le recyclage de tout ce qui est recyclable, l’argent du pétrole pourrait enfin être utilisé à bon escient pour  freiner le réchauffement  climatique.
Renonçons  dans le même temps  à la dangereuse exploitation  du pétrole et du gaz de schiste souhaitée par François Fillon. Aux Pays Bas, le gaz naturel de certaines  nappes souterraines  sont exploités depuis 1963. Il n’y a jamais eu de fracturation hydraulique. Néanmoins,  au fur et à mesure que les nappes se vident la diminution de la pression que le gaz emprisonné  exerçait sur la croûte terrestre diminue. Dans la province de Groningue, au nord du pays , une zone exploitée  par les géants pétroliers Shell et ExxonMobil, on assiste  désormais à  des séisme à répétition qui n’en finissent pas de fissurer  les murs des habitations au point de mettre en danger la vie des habitants via des risques d’écroulements  du plancher des vaches  sur des poches de gaz  presque vides. A l’initiative de nombreux plaignants réunis dans l’association « Mouvement du sol de Groningue   des poursuites sont engagées par la justice du pays en dépit   de l’opposition  du gouvernement néerlandais.
Il faut savoir tirer  les leçons de telles situations avant qu’il ne soit trop tard.

Photo de garde : AFP
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 22 avril 2017

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