Les droits des femmes, pas vraiment la priorité des deux finalistes

Marine Le Pen lie systématiquement le combat pour l’égalité au «fondamentalisme islamiste», tandis que le programme d’Emmanuel Macron en la matière reste flou, malgré sa volonté affichée d’en faire une «cause nationale».

L’un affirme vouloir mettre l’égalité femmes-hommes au cœur de son programme présidentiel. L’autre met régulièrement en avant les «droits des femmes» pour tenter de séduire des électrices, et est même allée jusqu’à rendre hommage à Simone de Beauvoir. Mais comment se positionnent réellement Emmanuel Macron et Marine Le Pen, qualifiés dimanche soir pour le second tour des élections présidentielles, en matière des droits des femmes ? Libération a comparé leurs programmes.

Marine Le Pen

Sur les 144 propositions de Marine Le Pen, une seule concerne les droits des femmes, comme le relevait Libération dans un article dédié à cette problématique publié à l’occasion du 8 mars. Sur les 24 pages du projet, le mot «femme(s)» n’est présent que deux fois (contre douze fois pour le mot «étranger» et neuf pour le mot «sécurité»). L’engagement numéro 9 de la candidate du Front national, qui prévoit de «défendre les droits des femmes», tient sur trois lignes, et insiste avant tout sur la «lutte contre l’islamisme qui fait reculer leurs libertés fondamentales». Marine Le Pen a plusieurs fois décliné cette rhétorique chère au Front national pendant la campagne, en reprenant notamment l’exemple de la Saint-Sylvestre 2016 à Cologne et du bar PMU de Sevran, soi-disant interdit aux femmes, comme le relève la politologue et professeure de littérature Cécile Alduy dans son ouvrage Ce qu’ils disent vraiment : les politiques pris aux mots. Viennent ensuite, dans l’ordre, la mise en place d’un «plan national pour l’égalité salariale femmes-hommes» et la lutte«contre la précarité professionnelle et sociale» des femmes, des mesures dont la mise en œuvre n’est pas détaillée.

D’autres points du programme frontiste concernent en filigrane les droits des femmes. L’engagement 55 sur la politique familiale prévoit ainsi de «rétablir la libre répartition du congé parental entre les deux parents», une mesure qui, pour les associations féministes, favoriserait le renvoi des femmes à la maison. Le projet constitue aussi un recul pour les femmes étrangères (suppression de l’aide médicale d’Etat), les lesbiennes (abrogation du mariage pour tous, PMA réservée «aux problèmes de stérilité») et les femmes voilées (interdiction du voile dans l’espace public), souligne Slate.fr.

La question de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), qui fait débat au sein du parti (Marion Maréchal-Le Pen s’est dite défavorable à son remboursement) n’a en revanche pas été intégrée au programme. Rien non plus sur la lutte contre les discriminations et les violences faites aux femmes ou la parité (taxée de «racisme inversé» dans le programme de 2012).

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a beau avoir érigé l’égalité femmes-hommes au rang de «cause nationale», ses propositions ne sont pas toutes convaincantes et leur application et leur financement restent encore à préciser.«Aujourd’hui, le combat est culturel. Il concerne tous les domaines de l’existence (la vie à la maison, dans la rue et au travail), tous les milieux et toutes les générations», peut-on lire sur la page dédiée aux droits des femmes sur le site internet d’En marche, qui décline trois objectifs (plutôt louables) : «Aider les femmes à concilier vie familiale et vie professionnelle», «permettre aux femmes de vivre de leur travail» et«lutter sans relâche contre le harcèlement et les agressions qui touchent les femmes».

Parmi les propositions originales de l’ancien ministre de l’Economie figure l’application de «la parité pour les postes de direction des institutions culturelles, comme les théâtres nationaux». Faisable pour les centres dramatiques nationaux par exemple, dont les directeurs sont nommés en concertation avec le ministère, plus compliqué pour les institutions culturelles privées. Emmanuel Macron s’engage également à publier «les noms des entreprises qui ne respectent pas l’égalité salariale entre les femmes et les hommes». Des contrôles seront menés«au hasard, et massivement» dans les entreprises pour «vérifier qu’elles respectent bien la loi en la matière», détaille le programme général (dans lequel les droits des femmes n’apparaissent clairement pas comme une priorité), sans préciser si des sanctions sont prévues.

Outre le souhait de réaffirmer le droit à l’IVG (comment ? on l’ignore), le candidat d’En marche dit vouloir obliger les communes à plus de transparence dans les critères d’attribution des places en crèches ou défend la création d’un congé maternité unique pour toutes les femmes, quel que soit leur statut (indépendantes, intermittentes, non-salariées…). Emmanuel Macron propose aussi d’individualiser l’impôt sur le revenu pour les couples, afin de ne pas décourager les femmes dont le conjoint gagnerait plus de travailler.

Emmanuel Macron se déclare également pour l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes. Une promesse non tenue de François Hollande que le candidat d’En marche n’a cependant pas inscrit à son programme, disant attendre l’avis du Comité consultatif national d’éthique, prévu pour les prochaines semaines, comme nous l’expliquons dans cet article. Pour lutter contre le harcèlement de rue, le candidat envisage la mise en place d’amendes, un renforcement de l’arsenal judiciaire qui n’a pas vraiment fait ses preuves en Belgique, comme Libél’expliquait ici. Il soutient aussi la généralisation du «téléphone grave danger» pour les femmes victimes de violences conjugales, actuellement expérimenté en Seine-Saint-Denis, prévu par le 5e plan de lutte contre les violences faites aux femmes.

Les hommes, enfin, font figure de grands absents du programme macronien en matière d’égalité : la prolongation du congé paternité et le partage d’une partie du congé parental n’y figurent pas. Pas un mot non plus de la sensibilisation aux discriminations et aux stéréotypes filles-garçons à l’école, alors même que le candidat qualifie le combat pour l’égalité des droits de «culturel».

Photo de garde : AFP – Joel Saget
Kim Hullot-Guiot et
 Juliette Deborde
Article tiré de Libération  le 24 avril 2017

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