Les grands partis français, morts et enterrés ?

Pour la première fois de l’histoire de la Ve République française, aucun des deux candidats de la droite et de la gauche n’accède au second tour de l’élection présidentielle. Le mouvement d’Emmanuel Macron et l’extrême droite de Marine Le Pen arrivent en tête. Le choix des électeurs dénote une volonté de changer de représentants politiques, mais aussi leur refus du bipartisme – un système que même les prochaines élections législatives pourraient ne pas relancer.

L’élection présidentielle de 2017 est d’abord l’histoire de l’échec des deux grands partis de droite (Les Républicains) et de gauche (Parti socialiste). Pour la première fois sous la Ve République, la droite traditionnelle n’est pas présente au second tour. Pour la troisième fois, le PS en est aussi exclu. En 2002, il était déjà disqualifié par l’extrême droite, du fait d’un retard de 200 000 voix de Lionel Jospin sur le président du Front national, Jean-Marie Le Pen. Et en 1969, les socialistes menés par Gaston Defferre dépassaient à peine les 5 %.

Le candidat socialiste à la présidentielle 2017, Benoît Hamon, a recueilli 6 % des suffrages. Assez pour obtenir un remboursement de près de la moitié de ses frais de campagne. Trop peu pour permettre au Parti socialiste de conserver, dans sa forme actuelle, un réel poids au niveau national. La raison de cette défaite, selon la professeure de Sciences Po Paris Florence Faucher est « d’abord son positionnement sur la gauche du PS, qui a conduit un certain nombre de socialistes à préférer Emmanuel Macron, au vu de la menace d’un deuxième tour Le Pen – Fillon. »

Au fil des ralliements à l’ancien ministre de l’Economie, d’autres socialistes ont quant à eux préféré voter pour Jean-Luc Mélenchon, « afin de rendre possible la présence d’un candidat de gauche au second tour », selon la politologue. La victoire de Benoît Hamon à la primaire avait déjà acté le refus d’une partie des socialistes d’assumer la ligne politique de François Hollande, pas assez à gauche selon eux – une ligne politique que combattait Benoît Hamon depuis son départ du gouvernement dès 2014.

La droite républicaine, dans l’opposition depuis le début de la présidence de François Hollande, avait toutes les cartes en main pour s’imposer à la présidentielle. Mais elle n’a pas su capitaliser sur la critique, presque unanime, du bilan de l’actuel occupant de l’Elysée. D’abord, parce que là encore, le processus des primaires a enfanté un candidat situé aux marges du parti Les Républicains. « Le libéralisme économique de type thatchérien de François Fillon, conjugué à son conservatisme sur le plan social, en font un candidat dont le programme tranche avec la vie politique française, où les partis sont en général plutôt pro-étatique », analyse Florence Faucher. Aussi, selon la professeure de  Sciences Po, « François Filon s’est fait élire au motif de la probité, en traçant des lignes rouges quand il déclarait qu’il ne serait pas candidat s’il était mis en examen. En se maintenant, il a créé un fossé entre ce qu’il avait annoncé pendant à la primaire et ce qu’il a fait en tant que candidat à la présidentielle. »

Dégagisme et renouveau

Torts partagés, donc, entre le Parti socialiste qui a déçu une fois au pouvoir sans avoir su se réinventer, et Les Républicains qui n’ont pas tiré leurs marrons du feu. L’arrivée au second tour de l’élection présidentielle de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron parachève la déliquescence d’un système pensé pour le bipartisme. Plus largement, elle met fin au fonctionnement bipolarisé de la vie politique française.

Benoit Hamon, candidat à la présidentielle 2017 du Parti socialiste français, prononce un discours à La Mutalité à Paris après les premiers résultats du premier tour, le 23 avril 2017.Reuters/Vincent Kessler

« Le bipartisme à proprement parler n’existe plus depuis de nombreuses années en France. Au mieux, on a pu parler de bipolarisation, nuance Florence Faucher. Et au cours des quinze dernières années, l’augmentation des scores du Front national a même confirmé une tripolarisation du spectre politique français. » Mais cette tripolarisation semble avoir fait long feu. Aujourd’hui, les observateurs parlent volontiers de « quadripartition », puisque quatre candidats se tiennent dans un écart de moins de cinq points : Jean Luc Mélenchon, François Fillon, Marine Le Pen et Emmanuel Macron obtiennent entre 19,58% et 24,01%. Et comme le remarque la politologue Florence Faucher : « Au vu de leurs idées, il n’y en a pas deux qui peuvent aller dans le même panier. »

Un second tour entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron est le signe manifeste d’un mouvement de fond : celui du rejet du personnel politique français. Marine Le Pen – au même titre que Jean-Luc Mélenchon – avait fait du « dégagisme » un axe central de sa campagne. Sur un autre mode, la consécration électorale d’Emmanuel Macron s’explique en partie par le vent nouveau qui souffle, en apparence, sur le paysage politique français. Un vent nouveau qui a déjà balayé les ambitions présidentielles de ténors de la politique française, à droite (défaite dès la primaire de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé), comme à gauche (défaite à la primaire de Manuel Valls, renoncement de François Hollande).

« On sait ce qui se termine, pas ce qui va se matérialiser »

Bien que déstabilisés, voire au bord de l’implosion, Les Républicains et le Parti socialiste peuvent encore s’accorder sur un point : tout sauf le Front national. Benoît Hamon a appelé tous ses électeurs à « battre le plus fortement et le plus puissamment possible l’extrême droite en votant pour Emmanuel Macron. » Idem pour le président François Hollande. François Fillon a lui annoncé qu’il voterait également pour l’ancien ministre de l’Economie au second tour mais a laissé ses soutiens « réfléchir à ce qu’il y a de mieux pour [leur] pays et [leurs] enfants ».

Les « grands partis », si tant est qu’on puisse encore les appeler ainsi, ont donc choisi leur candidat. Mais la question des élections législatives, les 11 et 18 juin prochains, reste entière. Depuis 2002, le scrutin qui détermine la composition de l’Assemblée nationale a lieu environ un mois après l’élection présidentielle. Depuis lors, les législatives ont toujours donné au président une majorité, et donc un Premier ministre de son bord politique pour gouverner.

Cette année, cela pourrait changer. Sauf surprise majeure, ni le Front national, ni le mouvement En Marche! d’Emmanuel Macron ne devraient obtenir une majorité absolue, nécessaire pour nommer un Premier ministre. Il leur faudrait pour cela 289 députés. Actuellement, le FN n’en a que deux, et En Marche ! zéro. « Si les Français votent pour m’élire président, ils me donneront une majorité à l’Assemblée », veut croire Emmanuel Macron, qui espère pouvoir aligner des candidats dans les 577 circonscriptions à pourvoir, dont une moitié de personnes n’ayant jamais obtenu de mandat électif.

« Il y aura nécessairement trois partis forts aux législatives, pronostique Florence Faucher. Le Front national est en position de force, la droite pourra bénéficier d’un retour de bâton contre le bilan du PS, qui devrait décliner. » Reste à savoir si la jeunesse du mouvement En Marche ! jouera en sa faveur. Mais pour la professeure de Sciences-Po Paris, le constat est sans appel : « Il y aura de nombreuses triangulaires, voire quadrangulaires. […] Il y a beaucoup d’incertitudes en ce moment. On sait ce qui se termine, pas encore ce qui va se matérialiser. »

Photo de garde : AFP – Christophe Archambault
Fabien Leboucq
Article tiré de RFI  le 24 avril 2017

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