Les médias, curseurs de l’état démocratique

(Christophe Deloire, secrétaire général de RSF)

39e sur 180 : si la France a regagné quelques places dans le palmarès annuel sur la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières, cette progression est en trompe-l’oeil souligne l’ONG.

Comme chaque année depuis 2002, Reporter sans frontière a présenté mercredi son rapport annuel. « Une photographie de la liberté de la presse dans le monde » précise l’ONG, « pas un indicateur de la qualité journalistique ». Basé sur un long questionnaire mesurant le pluralisme, l’indépendance des médias, la qualité du cadre légal et la sécurité des journalistes, ce rapport fait état d’une édition 2017 inquiétante, marquée par « la banalisation des attaques contre les médias » et un « risque de grand basculement de la situation de la liberté de la presse, notamment dans certains pays démocratiques importants ».

L’analyse cible évidemment l’arrivée au pouvoir de Donald Trump mais mentionne également le hongrois Viktor Orbàn, John Magufuli de Tanzanie, la Russie de Vladimir Poutine qui « reste ancrée dans le bas du Classement à la 148e place » ou encore la Turquie de l’après-coup d’État manqué contre Recep Tayyip Erdogan qui « se distingue désormais comme étant la grande prison au monde pour les professionnels des médias ». Elle pointe également la campagne du Brexit au Royaume-Uni qui a « offert une caisse de résonance au média bashing, aux discours anti-médias fortement toxiques », ouvrant la porte à « la désinformation » et aux « fausses nouvelles ».

France, médias concentrés et conflits d’intérêt

Regagnant 6 points pour s’installer en 39e place, la France n’est cependant pas exempte de critiques. Au contraire, le phénomène est même présenté comme une amélioration « en trompe l’oeil ».

Tout d’abord parce qu’elle n’est que mécanique, la dernière édition faisant état du nombre important de journalistes morts durant la tuerie de Charlie Hebdo. Mais aussi parce que beaucoup de voyants sont passés au rouge. Tout d’abord, la concentration des médias n’a ainsi « jamais été aussi avancée et le risque de conflits d’intérêts aussi grand » ; confère la déprogrammation d’une enquête sur le Crédit mutuel par Vincent Bolloré de Canal+, la suppression du Zapping et de Spécial investigation qui illustrent « jusqu’à la caricature les effets d’un management cavalier sur l’indépendance de l’information ».

Mais il y a aussi toutes les dérives auxquelles se sont livrés les candidats à la présidentielle avec François Fillon ou Jean-Pierre Raffarin qui font huer les journalistes durant les meetings suite aux révélations du Canard Enchaîné sur les emplois supposés fictifs de femme et enfants Fillon ou Marine Le Pen qui interdit « l’entrée » aux journalistes qui ne la traite pas comme elle le voudrait. Et enfin, « la couverture extrêmement encadrée et limitée des opérations de démantèlement de jungle de Calais » avec interpellations et gardes à vue à la clé, notamment pour les journalistes indépendants.

Photo AFP
Angélique Schaller
Article tiré de la Marseillaise  le 27 avril 2017

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