La dérangeante ambiguïté d’Emmanuel Macron

La campagne électorale française est marquée par un remplacement du discours politique par une dialectique de communication publicitaire que déplore notre chroniqueuse Marie-Hélène Miauton.

Pourquoi les deux grands partis traditionnels qui ont mené la France depuis un demi-siècle ont-ils été éjectés du deuxième tour sinon parce qu’ils sont tiraillés en interne entre des tendances centrifuges ?

Avant même les affaires, François Fillon ne pouvait plus compter sur un grand nombre de juppéistes, partis renforcer le camp macroniste, ce qui divisait ses voix par deux. Quant à Benoît Hamon, sorti malencontreusement victorieux d’une primaire où ne se sont pourtant présentés ni Macron ni Mélenchon, pourtant ex-ministres de gouvernements socialistes, il les a retrouvés sur le chemin du premier tour qui lui fut fatal.

Le jusqu’au-boutisme de Mélenchon

Ainsi, au-delà des affaires pour Les Républicains et d’une erreur de casting pour les socialistes, l’explication de la catastrophe tient essentiellement à la déliquescence interne des partis. Les dissensions internes ne sont pas nouvelles et elles sont même naturelles dès lors qu’il faut atteindre une taille critique pour remporter les élections. Mais le temps est passé où l’on admettait qu’un appareil vigoureux puisse décider du candidat capable de gagner, pour imposer ensuite une stricte discipline de parole et de vote. Notre époque au contraire cultive l’individualisme et les ego l’emportent sur le bien commun, ce que la lutte jusqu’au-boutiste de Mélenchon et Hamon a démontré sans équivoque puisque, s’ils s’étaient réunis, la gauche l’emportait.

Regard d’une étrange vacuité

Hors la structure des partis historiques remplacés par des formations nouvelles attachées à un seul candidat, que peut devenir la démocratie sinon un exercice de pure communication, développant une dialectique publicitaire ? C’est exactement le spectacle qu’a offert Emmanuel Macron durant la campagne. Tout d’abord, il a usé de ce qu’on appelle «le teasing» en publicité, c’est-à-dire l’art de faire durer le suspense en dévoilant le plus tard possible la nature de l’offre. Les Français ont ainsi attendu de longues semaines le programme d’En marche ! comme s’il s’agissait là d’un vulgaire produit et non du destin de la France ! Dans ses meetings, le candidat a laissé voir des scènes ahurissantes durant lesquelles, comme un bonimenteur de foire, il s’égosillait en finale pour convaincre la foule.

L’art bien commercial de ne fâcher personne

Le personnage offre un physique lisse au point d’être insipide, parfait mais sans charme ni expressivité. Son regard, même lorsqu’il s’enflamme, est d’une étrange vacuité, au point que le spectateur ressent un malaise indéfinissable. Il y a aussi chez lui cet art bien commercial de ne fâcher personne afin d’élargir son bassin de chalandise. Du coup, comme l’ont remarqué les commentateurs, il est d’accord avec tout le monde au risque de se contredire sans états d’âme. En toutes choses, il énonce des principes consensuels, mais jamais les moyens de leur réalisation. Sous prétexte qu’il est jeune, il prétend que ses idées sont originales alors qu’il n’en est rien.

En matière d’écologie, son programme est un copier-coller de celui de François Hollande. Sur la sécurité et le terrorisme, il s’en remet à l’Union européenne, sans voir combien elle a péché jusqu’ici en la matière. Sur l’armée, il veut «mutualiser les instruments et encourager les agences à travailler en commun», discours fumeux s’il en est. Et quand il ose des coups d’éclat, comme son affirmation que la culture française n’existe pas ou que la colonisation française en Algérie fut un crime contre l’humanité, il se reprend très vite face à la polémique et se contorsionne pour dire qu’il l’a dit sans le dire.

Les intérêts ont remplacé les convictions

Chez lui, tout est conciliant, flou, ambivalent, contradictoire, fluctuant, en phase avec une époque où les intérêts ont remplacé les convictions et où les corpus politiques semblent trop contraignants pour qu’on y adhère, se laissant le choix opportuniste d’être à gauche et à droite. La France votera donc pour la «nouveauté», mot magique sur les gondoles de supermarché et, désormais, dans les urnes. Ce n’est qu’en l’essayant qu’elle saura si la marchandise est bonne mais, malheureusement, aucun remboursement n’est prévu en cas d’insatisfaction.

Marie-Hélène Miauton
Article tiré du Temps  le 2 mai 2017

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s