Macron/Le Pen – Entre cacophonie et pugilat, peu de débat

Finalement ce débat d’entre deux tours restera, lui aussi, dans les annales. Moins pour les bonnes formules et le niveau du débat politique que pour le spectacle donné à voir par Marine Le Pen, totalement impréparée sur les grands dossiers, qui s’est contentée de jouer les troubles–fête à coup de nom d’oiseau et d’invectives.

Dès le début de l’émission, la candidate d’extrême-droite a attaqué bille en tête, qualifiant Emmanuel Macron de «candidat de la mondialisation sauvage», «de la précarisation», «du communautarisme, de la guerre de tous contre tous». De quoi donner le La à un « débat » qui aura  finalement plus porté sur le bilan du quinquennat Hollande que sur leurs projets politiques respectifs.
Ce rendez-vous était pourtant décisif pour Marine Le Pen, donnée perdante dimanche avec 40% des voix. Elle a choisi une nouvelle fois la stratégie de l’imposture sociale, se présentant comme la candidate du pouvoir d’achat, des retraités et des agriculteurs, et ne se privant pas de renvoyer systématiquement Emanuel Macron au bilan accablant du quinquennat Hollande. Mais en laissant à son adversaire la posture de « présidentiable », en se contentant de l’attaquer, de manière plus ou moins sérieuse, Marine Le Pen aura du mal à séduire le réservoir de voix qu’il lui reste dans l’électorat de François Fillon. Même sur ses sujets de prédilection (Euro- sécurité…), la candidate d’extrême-droite a péché par amateurisme, multipliant les mensonges et approximations et finalement montré son vrai visage à propos de l’immigration et de l’accueil des réfugiés.
Selon un sondage auprès d’un échantillon de téléspectateurs interrogés à l’issue du débat, 63% considèrent que Emmanuel Macron s’est montré le plus convaincant, contre 34% pour Mme Le Pen . Des chiffres qui recoupent à peu près les intentions de vote pour dimanche, annoncées par plusieurs sondages autour de 60% pour le candidat d’En Marche !
Car Emmanuel Macron s’est démarqué sur les enjeux régaliens et questions sociétales, notamment sur l’accueil des réfugiés et son opposition à la suppression de l’AME. Il a accusé la candidate d’extrême droite, de tomber dans «le piège» des jihadistes et de «porter la guerre civile dans le pays». «La grande prêtresse de la peur, elle est en face de moi», a-t-il ensuite lâché, car avec elle, «on va sortir de l’euro, de l’Europe», alors qu’une majorité de Français sont hostiles à une telle issue. Marine Le Pen a de son côté accusé son adversaire d’être soumis à la chancelière allemande Angela Merkel et à sa vision de l’Europe. «De toute façon la France sera dirigée par une femme, ce sera ou moi ou Mme Merkel», a-t-elle laché. «Vous êtes l’héritière d’un système qui prospère sur la colère des Français depuis des décennies», a rétorqué M. Macron, «vous êtes son parasite». «La France mérite mieux que vous», a-t-il affirmé, en guise de conclusion.

Photo de garde : REUTERS – Eric Feferberg
Maud Vergnol
Article tiré de l’Humanité  le 4 mai 2017

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