Qui est Ismaïl Haniyeh, élu chef du mouvement palestinien Hamas ?

L’ancien Premier ministre palestinien Ismaïl Haniyeh a été élu ce samedi à la tête du bureau politique du Hamas, quelques jours après que le mouvement islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza a dit accepter un Etat palestinien limité aux frontières de 1967.

Né en 1963, Haniyeh succède à Khaled Mechaal, qui occupait ce poste depuis 1996, tous les deux faisant figure, au sein du Hamas, de pragmatiques vis-à-vis d’Israël.

«Ismaïl Haniyeh a été élu chef du bureau politique du Hamas (…) lors des élections internes», a indiqué le Hamas sur son site. Le mouvement est «convaincu de la nécessité de l’alternance au pouvoir», a déclaré son porte-parole Hazem Qassem.

Haniyeh a remporté cette élection à l’issue d’un vote par vidéoconférence des membres du conseil de la Choura (assemblée élective) à Gaza, en Cisjordanie, et hors des territoires palestiniens.

Contrairement à son prédécesseur qui vit en exil au Qatar, M. Haniyeh restera à Gaza, sous blocus israélien depuis plus d’une décennie, pour diriger le Hamas.

Selon Leila Seurat, chercheuse associée au Centre de recherches internationales (CERI) de Paris et spécialiste du Hamas, «cette élection marque une rupture car pour la première fois, c’est un leader de Gaza qui est élu». Elle note que, depuis l’époque du chef spirituel du Hamas cheikh Yassine, les chefs étaient installés à l’extérieur des territoires palestiniens.

«Nouvelle phase»

L’aile pragmatique du Hamas, dont Haniyeh est le chef de file, semble avoir pesé sur la rédaction d’un nouveau document, rendu public lundi et adjoint à la charte du Hamas, qui reconnaît les frontières de 1967 et insiste sur le caractère «politique» et non «religieux» du conflit avec Israël.

Si le Hamas a insisté sur le fait qu’il ne reconnaissait pas l’Etat hébreu, il a cependant estimé qu’«un Etat palestinien entièrement souverain et indépendant dans les frontières du 4 juin 1967, avec Jérusalem pour capitale, (…) est une formule de consensus national».

Israël, que trois guerres ont opposé au Hamas entre 2008 et 2014, les Etats-unis et l’Union européenne considèrent ce mouvement comme un groupe «terroriste».

Le Hamas, en amendant ses textes fondateurs, dénoncés par beaucoup comme «antisémites», tente de revenir dans le jeu des négociations internationales.

«Mechaal avait déjà enclenché une nouvelle phase d’ouverture. Haniyeh va continuer sur cette voie», a affirmé samedi Fawzi Barhoum, porte-parole du Hamas à Gaza.

L’élection de Haniyeh intervient toutefois moins de trois mois après que le Hamas a élu à sa tête dans la bande de Gaza Yahya Sinouar, un commandant issu de sa branche militaire tenant de la ligne dure du mouvement, présentée comme concurrente des pragmatiques prônant la négociation avec Israël.

Par ailleurs, le Jihad islamique, seconde force dans l’enclave palestinienne après le Hamas, a rejeté samedi la dernière prise de position du Hamas vis-à-vis des frontières de 1967, dénonçant une «concession» vis-à-vis de l’Etat hébreu.

«Grands évènements»

Ces changements au sein du Hamas interviennent au moment où le président palestinien Mahmoud Abbas, chef du Fatah, le mouvement rival du Hamas, est critiqué par la rue palestinienne, qui dénonce notamment la corruption au sein des institutions.

Alors que les négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens sont au point mort, Abbas a rencontré pour la première fois cette semaine à Washington le président américain Donald Trump qui a affiché son optimisme quant à un accord mais sans rien dire de concret.

Un responsable européen en poste à Jérusalem a estimé que la nouvelle charte et l’élection de Haniyeh constituaient «les deux plus grands évènements de ces dernières années» pour le Hamas, qui était dans une position d’isolement ces derniers temps.

Après la victoire du Hamas aux législatives de 2006, Ismaïl Haniyeh avait pris la tête d’un gouvernement d’union et s’était engagé à œuvrer à la création d’un Etat palestinien «en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, avec Jérusalem comme capitale», allant à contre-courant du discours officiel du Hamas qui, alors, ne reconnaissait pas ces frontières.

Mais le Hamas et le Fatah s’étaient lancés l’année suivante dans une quasi-guerre civile qui a conduit à la division de fait des Territoires palestiniens : la bande de Gaza sous la coupe du Hamas d’un côté, et la Cisjordanie, occupée depuis 50 ans par l’armée israélienne et conduite par l’Autorité palestinienne, de l’autre.

Les différentes tentatives de réconcilier les frères ennemis ont échoué.

Photo AFP/Mahmud Hams
AFP
Article tiré de Libération  le 6 mai 2017

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