Comment Emmanuel Macron a kidnappé Jaurès

Nicolas Sarkozy l’avait fait ; Emmanuel Macron l’a répété. Il a tenté d’enrôler dans son projet le fondateur de l’Humanité en faisant le promoteur des « entrepreneurs ». Citations…

Le futur président avait choisi Albi, le siège des Verreries dont Jean Jaurès avait soutenu les ouvriers et où il avait prononcé un Discours à la jeunesse devant les lycéens, un texte qu’Emmanuel Macron a évoqué. Or, voilà ce qu’y proclamait le vice-président de la Chambre des députés, en 1903 :

« Ceux qui, depuis un siècle,  ont mis très haut leur idéal ont été justifiés par l’histoire.

Et ceux-là aussi seront justifiés qui le placent plus haut encore. Car le prolétariat dans son ensemble commence  à affirmer que ce n’est pas seulement dans les relations politiques des hommes, c’est aussi dans leurs relations économiques et sociales qu’il faut faire entrer la liberté vraie, l’égalité, la justice. Ce n’est pas seulement la cité, c’est l’atelier, c’est le travail, c’est la production, c’est la propriété qu’il veut organiser selon le type républicain. A un système qui divise et qui opprime, il entend substituer une vaste coopération sociale où tous les travailleurs de tout ordre, travailleurs de la main et travailleurs du cerveau, sous la direction de chefs librement élus par eux, administreront la production enfin organisée. »

Toujours d’accord, monsieur Macron ?

Quant au goût de Jean Jaurès pour la finance, une citation qu’on croirait faite pour le nouveau président: « Pourquoi les banquiers et les financiers traitent-ils avec les ministres, de puissance à puissance ? Pourquoi est-il établi des gouvernants aux financiers tout un échange de bons offices ? Pourquoi la politique est-elle devenue perméable aux infiltrations financières ? » alertait le fondateur de l’Humanité qui dénonçait « la haute banque majestueuse et correctement spoliatrice »…

Quant à son enthousiasme pour les patron, lisez cela :

« Dans l’esprit de beaucoup de patrons, le droit des ouvriers est précaire et révocable, et il cesse dès qu’il en font un usage qui déplait au patron lui-même ». Et d’ajouter :  « Le travail est trop le combat des hommes entre eux, l’âpreté au gain, l’oppression des faibles  et toutes les violences de la concurrence illimitée ».

Et Jaurès d’appeler à un combat résolu contre le système :

« Le capitalisme n’est pas un dieu à enfermer dans son sanctuaire. Il faut l’atteindre dans tous ses organes et dans toutes ses manifestations »car c’est « un système de métal qui traite des hommes comme des marchandises ».

Il écrivait dans la Dépêche du Midi.

« Partout en Europe, la lutte est engagée entre les oligarchies et la démocratie politique et sociale »

Hier comme aujourd’hui, monsieur Macron.

Patrick Apel-Muller
Article tiré de l’Humanité . le 7 mai 2017

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