Faut-il faire le deuil de candidatures communes à gauche ?

Le PCF et la France insoumise s’apprêtent à lancer leur campagne ce jeudi soir et samedi. Autrement dit, séparément. Actant l’incapacité définitive de s’entendre ?

Ce soir à 19h, le PCF lancera sa campagne nationale pour les législatives au gymnase Japy à Paris. Après-demain, la France insoumise présentera ses candidats lors d’une convention à Villejuif dans le Val-de-Marne. Le premier va présenter des candidats qui attestent d’« une alchimie populaire entre renouvellement et expérience au cœur de la vie réelle ». La seconde rendra publique une liste qui « souligne la variété importante des candidatures, avec des personnes très engagées, représentant toutes les catégories de la population » a précisé Martine Billard hier matin lors d’une conférence de presse.

Le PCF veut « disputer la majorité parlementaire aux forces du libéralisme et de l’extrême droite », la France insoumise « construire la prochaine majorité à l’Assemblée nationale ». Les communistes rappellent que « si Emmanuel Macron a été élu, la majorité parlementaire n’est acquise pour personne ». Les insoumis estiment que si « traditionnellement les législatives amplifiaient l’élection présidentielle, ce ne sera pas le cas cette fois, au contraire, cette présidentielle n’ayant pas réglé la question de quel chemin pour la France pour les cinq prochaines années ».

Mais malgré ces points communs, malgré les 19,58% de suffrages de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, le PCF et la France insoumise n’ont pas réussi à s’accorder pour les législatives. Depuis mardi soir, chacun impute la responsabilité de la rupture à l’autre, Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon s’accusant mutuellement et explicitement de mensonge. « Cette rupture, ni moi, ni la direction du PCF, ne l’avons ni décidée, ni souhaitée. Ceux qui affirment le contraire mentent et cherchent à se dédouaner de leurs responsabilités » a écrit hier Pierre Laurent dans un communiqué. « Pierre Laurent ment » a lâché Jean-Luc Mélenchon sur RMC-BFMTV, « La France insoumise a déjà investi dix » candidats communistes aux législatives, « je ne bloque d’aucune façon ». Et de citer notamment Marie-George Buffet.

Résultat ?

Chacun a sa propre définition de ce qu’est « un accord national ». Pour la France insoumise, c’est placer les législatives dans la continuité de la présidentielle, avec une charte, une même identité visuelle, un même programme, des mêmes financements et, in fine, des mêmes votes une fois atteints les bancs de l’Assemblée nationale. Ce que le PCF refuse. Pour lui, un accord national est ce qui permet à des personnes ayant appelé à voter Jean-Luc Mélenchon de ne pas se concurrencer sur une même circonscription. Et d’avoir même eu envie d’élargir le processus à ceux n’ayant pas fait campagne pour JLM2017 mais se retrouvant aujourd’hui dans l’opposition à Emmanuel Macron. Ce que la France insoumise refuse.

Conséquences : y aura-t-il des candidats FI contre le successeur d’Alain Bocquet dans le nord ou celui de Gaby Charroux à Martigues alors que les négociations avaient presque abouti pour l’éviter ? Y aura-t-il des candidats communistes contre Manuel Bompard, le directeur de campagne actuel de FI qui se présente dans la Haute-Garonne ou contre Danielle Simonnet à Paris alors que les négociations laissaient espérer le contraire ?

Certes, les négociations étaient souvent difficiles et la couronne parisienne semble être un nœud gordien et singulièrement la 7e reprise au PCF par le PS en 2007 où la FI entend présenter Alexis Corbière. « Je ne dispose pas des informations pour me permettre de juger de la responsabilité de cet échec au niveau national » a écrit hier Stéphane Peu, communiste ayant des fonctions électives sur cette zone et des responsabilités dans le parti, « Par contre, (…) je considère que les propositions faites par elle [la direction du PCF] concernant la Seine-Saint-Denis, ne manifestaient pas une volonté d’aboutir à un accord ». Candidat communiste sur la 2e circonscription, il a annoncé : « pour ce qui me concerne, je continuerai à unir et rassembler et c’est dans cet esprit que je signerai la charte de la FI ». Une démarche identique a été faite par Robert Injey, candidat communiste dans la 1ère circonscription des Alpes-Maritimes.

Photo de garde : AFP
Angélique Schaller
Article tiré de la Marseillaise le 11 mai 2017

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