Les multinationales françaises jouent la carte du dumping social

Deux jours avant la passation de pouvoir entre François Hollande et son ancien ministre de l’Economie Emmanuel Macron, l’INSEE a publié une information sur l’évolution de l’emploi marchand en France. L’INSEE a publié le 12 mai une seconde étude sur les emplois occupés hors de France par 5, 5 millions de salariés travaillant pour des multinationales françaises. En France, les créations d’emplois augmentent dans les services, mais reculent toujours dans  l’industrie. Par ailleurs, la seconde étude permet de comprendre comment les bas salaires en Europe centrale continuent de favoriser les délocalisations de productions industrielles hors de France comme l’illustre aujourd’hui la situation faite aux salariés de Whirlpool et à beaucoup d’autres.

Selon L’INSEE, l’emploi marchand dans les secteurs non agricoles a augmenté de 0,3% en France durant le premier trimestre de l’année, soit une création nette de 49 400 postes. Il convient toutefois de noter que ces créations ne concernent pas les emplois producteurs de richesses puisque durant ce même trimestre, l’industrie et la construction ont perdu 6 800 emplois, la perte de ces deux secteurs étant de 32 400 emplois sur un an. Bref, les créations d’emplois n’ont lieu que dans le tertiaire et l’INSEE de donne aucun détail sur leur répartition.

S’agissant des multinationales françaises (hors secteur bancaire), les chiffres fournis par l’INSEE concernent la seule année 2014. Les 5,5 millions de salariés de ces firmes à l’étranger travaillent peu dans l’agriculture et la construction, nettement plus dans l’industrie, de façon variable selon les pays. Ils sont nombreux dans le commerce comme dans les services. Au Mexique, pays de bas salaires s’il en est, on trouve 62% de salariés dans les filiales industrielles des multinationales françaises, puis vient la République Tchèque avec 55,8%  tandis que le Maroc complète ce tiercé avec 55,4%. En Inde et en Chine, les deux pays les plus peuplés du monde, 35,4%  et 39,7%  des salariés des multinationales françaises travaillent dans l’industrie.

Payé réputé pour son industrie, l’Allemagne voit la part des salariés travaillant pour des firmes industrielles françaises s’élever à 53,6%, contre 7,2% dans la construction, 7,5% dans le commerce et 31,6% dans les services. En revanche, 50,9% des salariés qui travaillent pour des multinationales françaises au Royaume-Uni sont employés dans les services contre 31,3% dans l’industrie, la moyenne mondiale des emplois de services dans les multinationales nationales françaises étant de 33,5% contre 37,7% dans l’industrie. Au Brésil, c’est dans le commerce que les multinationales françaises proposent le plus d’emplois avec 59,3% du total, devant la Chine avec 47,8%  et la Russie avec  45,6%. Il s’agit surtout des enseignes de la grande distribution. A noter que les emplois proposés dans le commerce par  les multinationales françaises en Inde n’est que de 1,6% du total alors que le secteur des services fait travailler dans ce pays 62% des salariés de ces mêmes multinationales françaises.

Un salaire trois fois plus bas qu’en France dans les pays d’Europe de l’est

S’agissant des salaires, l’INSEE s’est contenté d’assurer un service minimum. On apprend seulement que, toutes charges comprises, le coût salarial annuel moyen par personne est de 36 000€, que ce coût s’élève en moyenne à 47 000€ dans les pays de l’Union européenne et de 30 000€ moyenne dans le reste du monde. Du coup l’Union européenne représente 49% des salaires payés par les multinationales françaises pour 38% des emplois proposés dans le monde par nos multinationales. Reste un dernier détail qui peut nous expliquer beaucoup de choses et que cette étude nous livre en deux phrases : « Le coût salarial  par tête est moins dispersé entre pays de l’UE, mais reste nettement moindre dans les PECO (18 000€ annuels) que dans le reste de l’UE (54.000€). Les PECO sont ainsi plus proches des BRIC (16 000 € annuels) que du reste de l’UE ». La différence moyenne de salaire va de un à trois  pour un même travail dans notre Europe sans tarifs douaniers en interne.

Sous le terme PECO sont désignés le pays d’Europe centrale entrés dans l’Union européenne en 2004, puis en 2007. Nous avons là l’explication chiffrée des délocalisations industrielles comme celle de Whirlpool prévue l’an prochain en Pologne alors qu’Emmanuel Macron est allé dire aux salariés qu’ils devaient faire leur deuil de cette usine dans l’attente d’une éventuelle reprise du site. En Picardie, cette délocalisation succède à celles d’autres firmes comme Dunlop, Goodyear ou Continental.

C’est aussi de ce dumping social dont sont victimes les salariés de l’usine d’emboutissage « GM§S Industry »  à la Souterraine, dans la Creuse. Alors que leur usine risque la mise en liquidation judiciaire le 23 mai, ils ont lancé la semaine dernière un ultime appel au secours en direction du nouveau président de la République tandis que le refus de PSA Peugeot Citroën et Renault de continuer d’acheter les pièces fournies jusqu’à présent par ce sous-traitant que ces deux firmes ont étranglé, conduirait à la fermeture de l’usine dans les prochaines semaines. Encore une conséquence de la politique de  délocalisation vers un pays à bas coût de main d’œuvre. Une manifestation de soutien aura lieu demain à l’initiative de la CGT.

Photo AFP/Eric Fefferberg
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité . le 15 mai 2017

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