Les nouveaux chantiers de Nicolas Hulot en Europe

Voilà à peine une semaine que Nicolas Hulot est le ministre d’Etat en charge de la Transition écologique et solidaire. On se gardera ici de porter un jugement sur le choix fait par cet homme d’entrer dans le gouvernement d’Edouard Philippe. On rappellera seulement que ni Chirac, ni Sarkozy, ni Hollande n’étaient parvenus à le faire. On peut donc penser que l’homme qui fut chargé durant le précédent quinquennat de contribuer à la préparation de la Cop 21a estimé, cette fois, qu’il fallait payer de sa personne pour tenter d’accélérer le passage aux travaux pratiques.

Depuis décembre 2015, l’accord de Paris a été ratifié par144 Etats. Par leur signature, ces pays s’engagent à limiter la hausse de la température moyenne « bien en deçà de + 2°C » et « si possible  à +1,5°C », comme l’indique l’accord de Paris. Si tout se passe comme prévu dans les prochain mois, chaque Partie signataire de l’accord annoncera ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) en décembre  2018 lors de la Cop 24 en Pologne. Puis le protocole de Paris prendra le relai de celui de Kyoto à partir de 2020. Alors que la conférence de Kyoto s’était tenue en décembre 2017, le protocole n’avait pas été appliqué qu’à partir de 2005 dans les pays développés avec des objectifs limités. L’Europe doit débattre d’ici décembre 2018 pour trouver un accord impliquant tous les pays membres de l’Union sur des objectifs de réduction des émissions de GES. Nicolas Hulot est appelé  à participer à cette négociation, s’il reste au gouvernement dans les prochaines années. Avec environ 7,5% de la population mondiale sur leur sol, les 28 pays membres de l’Union européenne – qui  comptent encore le Royaume Uni  parmi eux-  émettent environ 10% des émissions GES.

Un marché du carbone inefficient

Un marché du carbone avait  été mis en place dans le secteur industriel en Europe à partir de 2005 dans le cadre du protocole de Kyoto. Ce marché du carbone n’a jamais été efficient pour réduire les émissions de GES. Pour  l’horizon 2020, l’Europe s’était fixé un triple objectif: baisser ses émissions de gaz à effet de serre de 20% par rapport aux émissions de 1990; atteindre 20% d’énergies renouvelables à cette même date dans la production électrique ; augmenter de 20% l’efficacité énergétique des appareils, des véhicules et des bâtiments. A supposer que cet objectif soit atteint en 2020, un tel bilan  serait trompeur s’agissant des émissions de GES imputables à l’industrie en Europe. Car les pays de l’Union ont délocalisé vers des pays à bas coûts de main d’œuvre de nombreuses productions industrielles depuis 1990. Beaucoup de ces productions sont réimportées en Europe. Parallèlement, un pays comme la France voit croître en permanence les émissions de CO2 imputables aux transports via le flot de circulation sans cesse croissant des camions et des voitures individuelles. En France, promettre d’augmenter la part des énergies renouvelables comme l’éolien et le photovoltaïque paraît judicieux a priori. Mais une fermeture  accélérée des centrales nucléaires comme annoncé durant le quinquennat de François Hollande, idée reprise par Emmanuel Macron dans son projet, conduirait à augmenter le bilan carbone de notre production électrique. Car l’éolien et le photovoltaïque ne produisent du courant que  par intermittence. Dès lors, une sortie du nucléaire en 25 ou 30 ans comme les préconisent certains candidats aux élections législatives conduirait à relancer les centrales au fioul, au gaz, voire au charbon comme en Allemagne. Selon Eurostat, la part des énergies  renouvelables, hydraulique compris, était de 16,7% en moyenne dans les pays de l’Union européenne à la fin de l’année 2014.

Avant la tenue de la Cop 21 en décembre 2015 à Paris, les 28 pays membres de l’Union  prévoyaient de parvenir à 27% d’énergies renouvelables en 2030 et se donnaient comme second objectif de gagner en efficacité énergétique  de manière à réduire la consommation d’énergie de 30%. Reste à savoir si cela suffira pour réduire de 40% les émissions de GES par rapport à celles de 1990. D’autant que les 28 n’ont pas encore abouti au moindre accord  pour répartir l’effort entre eux. Pour l’étape qui doit aller de 2020 à 2030, la Commission européenne propose une réduction des émissions comprise entre 35 et 40% pour des pays comme l’Allemagne, la France, le Royaume Uni, la Belgique, le Danemark, le Luxembourg, les Pays Bas, l’Autriche, la Finlande et la Suède. Mais l’effort ne serait que de 2 à 9% pour les pays d’Europe centrale dont la Pologne, cinquième émetteur de GES en Europe en raison de la place prise par le charbon dans la production électrique. C’est aussi dans ce pays  que les industriels établis en France délocalisent le plus d’activités pour augmenter leurs profits. La délocalisation annoncée de la production des sèche-linge de Whirlpool dès 2018 en est la plus laide illustration.

36% des émissions de CO2 sortent des bâtiments en Europe

En Pologne comme ailleurs, il ne suffira pas de produire de l’électricité verte pour diviser par quatre les émissions de GES. Or cette erreur d’analyse est souvent commise comme en témoignent les propos de Bill Hare de « Climate analytics » dont l’AFP rapportait les 16 mai les propos suivants : « La manière la plus rapide et la plus facile de réduire les émissions est d’agir au niveau de la production énergétique avec le remplacement des fossiles, (charbon, gaz, pétrole) par des renouvelables, combiné avec une efficacité énergétique accrue». Se contenter de dire cela revient à oublier que la production d’électricité ne consomme qu’une partie des énergies fossiles alors que la consommation de pétrole ne cesse d’augmenter avec l’augmentation du trafic sur route dans le monde entier tandis que le gaz demeure le principal combustible des pays développés pour la cuisine et le chauffage urbain. En Europe, le résultat cumulé de la consommation électrique, du chauffage des immeubles et des maisons ainsi que de l’énergie utilisée en cuisine est responsable de 36% des émissions de CO2. En France comme dans les autres pays de l’Union européenne, se donner comme objectif de diviser par quatre les émissions de CO2 d’ici 2050 pour contribuer à limiter le réchauffement sous la barre des 2°C, suppose aussi de diviser par quatre le trafic routier et d’accélérer la rénovation thermique de logements et des bureaux. On n’en prend pas du tout le chemin. On peut même dire que le nouveau découpage des régions accélère l’effet inverse en faisant des grandes villes des pôles de pollution plus que des pôles de compétitivité.

Il va devoir ouvrir des chantiers, bousculer des habitudes et provoquer des débats, le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire.

Photo de garde : AFP
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 23 mai 2017

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