Edito de Patrick Le Hyaric – Oui, unité !

Avec M. Édouard Philippe, le nouveau président a confié la conduite du gouvernement à une droite fière de l’être. Et pour bien rassurer les puissances d’argent, il a confié les clés du coffrefort, ­ l’économie et le budget au même camp qui, il y a peu, se retrouvait derrière M. Fillon et son programme réactionnaire. Il faut s’attacher partout à chasser les illusions. Toutes ces girouettes n’ont rien à voir avec le renouveau de la politique ni avec l’honnêteté et l’éthique !
Ce gouvernement fédère les élites acquises à la mondialisation capitaliste. Comme certains ont pu le noter, il ne fait que traduire politiquement une réalité sociale. Les élites de gauche et de droite, si elles peuvent s’opposer sur les valeurs morales, se rejoignent par des intérêts communs sur les enjeux économiques et sociaux. Ceux qui, comme nous, osaient prétendre que la gauche ne se relèverait pas de cette consanguinité étaient voués aux gémonies. Nous y sommes et toute une frange du Parti socialiste, en jouant le jeu de l’indifférenciation politique avec la droite, a livré son parti au verdict sévère des électeurs.
Avec un tel attelage gouvernemental, le président compte bien opérer sur le scrutin législatif la razzia qui lui permettrait de pousser encore plus loin son projet d’explosion politique pour réaliser celui, inavoué, d’unir les fractions les plus libérales des deux camps. Certes, les forces politiques existantes ont permis ce hold-up en refusant d’entendre l’aspiration à changer la vie politique et les institutions qui montait dans le pays. En dévoyant ce besoin de renouveau et de démocratie, M. Macron estime avoir les mains libres pour mettre en oeuvre un projet dont le coeur est la doxa libérale des recommandations de la Commission européenne et des injonctions des institutions financières. Un projet au service d’un capital conquérant qui irait chercher son taux de profit dans la casse des droits sociaux, l’assujettissement du travail aux objectifs de rentabilité, la cession des participations de l’État dans les grandes entreprises, l’ouverture aux marchés d’une partie de la Sécurité sociale, la privatisation des services publics et dans la mise au pas des collectivités locales par la fin de leur autonomie et la réduction drastique de leurs moyens. Derrière ce dernier projet se profile l’idée de briser toute résistance proche du terrain et de centraliser plus encore le pouvoir. Sous couvert de modernité, il s’agit d’une recentralisation du pays sous tutelle présidentielle, en lien avec les marchés concurrentiels.
L’intérêt général des populations, des salariés comme des retraités, des créateurs comme des privés d’emploi, commande de disposer d’une force parlementaire majoritaire en lien avec les luttes et les résistances.
Il y a bien des ministres, mais la présidence choisit les directeurs de cabinet, comme il prétend le faire des journalistes chargés de rendre compte de son action. L’idée en apparence alléchante de réduire le nombre de collaborateurs dans les cabinets ministériels cache la volonté de donner le pouvoir à la technostructure, qui sera elle-même changée au gré des demandes. De même, le projet de réduire la représentation nationale d’un tiers n’est qu’une face cachée de la volonté de réduire le débat pluraliste, et de faire des députés et des sénateurs les tenanciers de la caisse enregistreuse des orientations fixées au sommet.
L’effondrement du système politique traditionnel inquiète autant qu’il ouvre des perspectives nouvelles. L’opposition au projet mortifère de libéralisme décomplexé de M. Macron se doit, indissociablement, de porter haut la volonté de tourner la page de la monarchie présidentielle en faveur d’une conception neuve de l’activité politique et des relations des citoyens avec les institutions de la République. Il faudra tout autant réhabiliter une gauche qui assume son conflit avec les logiques capitalistes, résolument active pour la défense des intérêts populaires et promotrice, dans les conditions de notre temps, d’un projet audacieux et totalement neuf de transformation sociale et écologique. Ne nous cachons pas que la tâche est immense et difficile. Mais, nous ne pouvons pas laisser le peuple sans cesse piégé par les recompositions voulues et organisées par les forces du capital en utilisant à plein le sinistre repoussoir de l’extrême droite. Nous sommes en train d’en vivre l’un des premiers chapitres, qui vise à clore dans notre pays la période ouverte par les conquêtes du Conseil national de la Résistance. C’est une certaine exceptionnalité française qui est visée pour un alignement, par le bas, sur nos voisins.
C’est un vrai crève-coeur que les forces de la transformation sociale et écologique soient incapables de se réunir, alors qu’il conviendrait de contrebalancer la prédominance de l’élection présidentielle sur le scrutin législatif pour construire une autre majorité à l’Assemblée nationale. L’intérêt général des populations, des salariés comme des retraités, des créateurs comme des privés d’emploi, commande de disposer d’une force parlementaire majoritaire en lien avec les luttes et les résistances qui s’expriment dans leurs diversités mais convergent vers les mêmes objectifs de justice sociale, de transition écologique et de renouveau démocratique. Elle pourrait, dans l’unité mais la clarté, avoir une vocation majoritaire. Est-il trop tard ? Partout appelons-en à la raison et au service du commun.

Patrick Le Hyaric
Article tiré de l’Humanité  le 27 mai 2017

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