Regard critique sur un G7 bourré de contradictions en Sicile

Le G7 est la coalition des « sept démocraties » qui se définissent comme les plus développées au monde. En font partie l’Allemagne, le Canada, les Etats Unis, la France, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni. La réunion du G7 se tenait   samedi à Taormine en Sicile tandis que les sauveteurs ne cessaient de « pêcher » des migrants en détresse au large des côtes italiennes. Le communiqué final du G7 a réaffirmé « les droits humains de tous les migrants et réfugiés ». Mais, dans le même communiqué les sept ont insisté sur « le droit souverain des Etats à contrôler leurs frontières et mener des politiques dans l’intérêt de leur propre sécurité nationale ». Emmanuel Macron, qui participait à son premier G7, a dit à ce propos que « c’est avant tout un sujet européen, pas celui du Japon ou des Etats-Unis ».

Avant la tenue de ce G7, on attendait de Donald Trump qu’il éclaircisse sa position concernant l’accord de Paris sur le climat ratifié en octobre 2016 par son prédécesseur Barack Obama. Le nouveau président américain a refusé de prendre tout engagement dans le communiqué final du G7. Il s’est contenté de faire savoir par Twitter : « Je prendrai ma décision finale sur l’accord de Paris la semaine prochaine». Il est donc possible que Trump annonce dans quelques jours le renoncement des Etats-Unis à honorer la signature du précédent président, lequel promettait que son pays réduirait ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 26% à 28%  d’ici 2030 par rapport à 1990, ce qui supposait une réduction d’environ 35% par rapport à  2015. Ce G7 s’est tenu durant un week-end pendant lequel des records de chaleur ont été battus dans plusieurs pays d’Europe tandis que le Sri Lanka connaissait des pluies diluviennes et des inondations catastrophiques. Voilà tout juste un an, de grosses inondations touchaient l’Ile-de-France et d’autres régions. Il s’agissait, là aussi, d’une des multiples conséquences du dérèglement climatique.

Occultant les enjeux climatiques en raison du refus de Trump de faire connaître sa position, le communiqué final du G7 indique que les pays membres réitèrent leur « engagement de garder leurs marchés ouverts et de lutter contre le protectionnisme, tout en restant ferme face à toutes les mauvaises pratiques commerciales». Considérant que « le commerce n’a pas toujours été fait au bénéfice de tous », le communiqué final ajoute : « Pour cette raison, nous nous engageons à adopter des politiques appropriées de telle manière que toutes les entreprises et tous les citoyens  puissent profiter au mieux de toutes les opportunités offertes par l’économie globale».

Nous sommes entrés dans le siècle de la rareté

Voilà une phrase peu appropriée dès lors qu’il convient de prendre en compte les enjeux climatiques en ce début de XXIème siècle. Nous sommes entrés dans le siècle de la rareté. Ce siècle sera celui de la raréfaction de presque toutes les matières premières disponibles et aussi celui de la nécessité impérative de réduire le bilan carbone de toutes nos activités tandis que la population mondiale va continuer de croître. De ce point de vue, la concurrence de tous contre tous dans le cadre de « l’économie globale » augmente considérablement le bilan carbone des activités industrielles et agricoles.

C’est pour « profiter au mieux de toutes les opportunités de l’économie globale», via l’augmentation des profits, que la firme Whirlpool délocalise en Pologne la production de sèche-linge produite à Amiens. Les salaires étant trois fois plus bas en Pologne qu’en Picardie, la firme américaine compte sur une augmentation rapide de ses profits. Mais qu’en sera-t-il du bilan carbone de cette délocalisation ? Primo on détruira un site de production en bon état de marche en France après avoir construit en Pologne celui qui le remplacera. Outre 900 kilos de CO2 émis par tonne de béton coulé, beaucoup de minerai aura été utilisé pour fabriquer les nouvelles machines de l’usine polonaise .  Secundo l’électricité qui fera tourner l’usine Whirlpool en Pologne proviendra d’une centrale au charbon qui émet 950 grammes de CO2 par KW/H alors que la moyenne des émissions de la production électrique française est de 15 grammes grâce à l’énergie nucléaire. Tertio, les deux tiers des sèche-linge produits en Pologne seront réexportés par camion en France et dans les pays de l’ouest de l’Europe avec, là encore, une augmentation du bilan carbone.

Les profits tirés de la surexploitation d’une main d’œuvre bon marché

Les délocalisations de productions industrielles de ce type conduisent à la fermeture de milliers de sites en bon état de marche chaque année dans le monde. Elles ont lieu parce la surexploitation d’une main d’œuvre bon marché  dans des pays pauvres à faible protection sociale permet d’augmenter le taux de profit. Mais cela augment aussi le bilan carbone de chaque bien produit alors qu’il est urgent de le réduire. Cela augmente aussi toutes les consommations de matières premières induites par ces délocalisations qu’il s’agisse des métaux, du ciment ou du bois. On peut tenir le même raisonnement s’agissant des productions agricoles. Quand l’Europe délocalise des productions de fleurs en Afrique et ses productions de légumes au Maroc, elle augmente le bilan carbone de ces produits réimportés. Quand nos élevages de bovins, de porcs et de volailles consomment toujours plus de soja  importé d’Amérique du sud, le bilan carbone des produits laitiers et de  la viande  que nous consommons, comme celui des produits finis que nous exportons, est doublement augmenté par la déforestation de la forêt amazonienne et les longs transports de cette nourriture du bétail qu’il est possible de produire chez nous.

En creux, le communiqué final des sept chefs d’Etat et de gouvernement qui se sont retrouvé samedi 26 mai en Sicile montre une chose : aucun d’entre eux ne porte la moindre réflexion prospective prenant en compte les enjeux climatiques dans son raisonnement économique. Aucun, pas plus Emmanuel Macron que les autres, n’a proposé la moindre mesure concrète susceptible de freiner le réchauffement climatique. Du coup, ils n’avaient guère d’arguments à mettre en avant pour contrarier Donald Trump.

Photo de garde : REUTERS
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 29 mai 2017

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