Armes chimiques – La laborieuse version de Poutine

Dans une interview au Figaro, le président russe s’est dit persuadé de l’innocence du régime syrien dans l’attaque meurtrière du 4 avril à Khan Cheikhoun.

Quarante-huit heures après sa difficile conférence de presse de Versailles, Vladimir Poutine a réagi mercredi aux propos d’Emmanuel Macron sur l’usage des armes chimiques en Syrie. Dans une interview au Figaro, le président russe s’est dit « persuadé » que le régime syrien n’avait pas commis l’attaque chimique meurtrière qui, le 4 avril, avait fait 88 morts dans la localité de Khan Cheikhoun, à l’ouest du pays.

La dénégation russo-syrienne est cependant très peu crédible. D’abord parce que l’attaque chimique a été menée par un appareil russe de type Soukhoï 22 comme ceux qui équipent l’aviation syrienne. Aucune autre force n’en dispose dans la région. Ensuite, parce que la cible était une position rebelle située dans la région d’Idlib encore aux mains des opposants.

Peu après l’attaque, la Russie avait émis une autre « hypothèse » également destinée à innocenter le régime : le bombardement syrien aurait touché un entrepôt de gaz détenu par les rebelles. Une « bavure » en quelque sorte. Mais, les mêmes appareils ont ensuite bombardé un centre de la Défense civile utilisée comme morgue, puis l’hôpital Al-Rahma où une équipe médicale tentait de sauver des survivants. Il est rare en cas de « bavure » que l’assaillant tente ensuite d’achever les survivants en frappant les hôpitaux…

Enfin, des experts, français notamment, ont démontré l’impossibilité d’un tel scénario car le gaz stocké l’aurait été sous forme liquide et n’aurait pas pu se disséminer dans l’espace. De plus, aucune photo satellite ne fait état d’entrepôt sur cette zone. En outre, le régime de Damas n’en était pas à son coup d’essai. La plus importante attaque au gaz avait eu lieu en août 2013 contre la position rebelle de la Ghouta, en banlieue de Damas, causant des centaines de victimes.

Autre tour de passe-passe, dans la même interview, Vladimir Poutine a déploré qu’une enquête ait été impossible sur le terrain. Or, c’est bel et bien la Russie qui a opposé son veto le 5 avril à une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu demandant la coopération du régime syrien à une enquête…

Denis Sieffert
Article tiré de Politis  le 31 mai 2017

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