C’est l’essence de l’humanité qui sombre avec les migrants

Le Seamen’s club accueille à Sète une exposition photo sur les sauvetages en mer réalisés par SOS Méditerranée. Patrick Bar, l’un des photographes embarqués sur l’Aquarius, témoigne du calvaire des migrants.

lMarseille, Bordeaux, la Bretagne, Montpellier, Sète… Partout en France, des citoyens se fédèrent pour soutenir l’action de SOS Méditerranée.

Au théâtre Molière le 19 mai, à Sète, Philippe Torreton et Yvon Tranchant ont ainsi offert une tribune à l’association. Il en sera de même dans de nombreux festivals cet été (Jazz à Sète, Voix Vives, Fiesta Sète) au cours desquels les groupes de Thau et Montpellier uniront leurs forces pour témoigner de la crise humanitaire qui se joue en Méditerranée centrale. A noter que la Brasserie Le Dôme, située 2 avenue Clemenceau à Montpellier, accueille elle aussi une exposition photos sur SOS Méd jusqu’au 12 juin.

Ils donnent à voir l’intolérable. Les photographes et journalistes qui embarquent à bord de l’Aquarius, le navire de l’association européenne SOS Méditerranée, ne reviennent pas indemnes des missions de sauvetage menées depuis deux ans au large de la Libye. Patrick Bar, présent lundi soir au vernissage de l’exposition dévoilée au Seamen’s club de Sète témoigne : « Au départ, on arrive comme photographe et petit à petit, on devient marin, sauveteur. On intègre une équipe. Des gens exceptionnels. Dans le feu de l’action, on pose l’appareil pour prendre un enfant ou aider une femme à monter. Médecins sans frontières nous forme pour ça.»

Les missions de six semaines en mer, les sauvetages qui durent parfois 15 heures « et en arrivant sur l’Aquarius il faut préparer à manger pour 1000 personnes et assurer ensuite une veille médicale». Ce sont des conditions extrêmes que dépeint le photographe, déjà parti à la fin des années 80 avec Médecins du Monde pour secourir les Boat-people vietnamiens en Mer de Chine. « A l’exception des techniques de sauvetage, rien n’a changé, confie-t-il. Les réfugiés, qui ne savent toujours pas nager, sont juste plus nombreux* aujourd’hui – le danger est donc amplifié – et il y a des enfants seuls.»

L’après aussi est différent. « Les Vietnamiens, dotés de visas, étaient envoyés dans un camp aux Philippines, d’où ils pouvaient rejoindre d’autres pays, notamment la France et les USA.» C’est plus compliqué pour les migrants actuels venus de différents pays d’Afrique. «Pris en charge par des ONG, ils sont enregistrés en Italie et la plupart deviennent demandeurs d’asile, avec à la clef le droit de circuler dans l’espace Schengen», précise Jean-Pierre-Lacan, membre du comité sétois de soutien à SOS Méditerranée. Autorisés à circuler… Mais pour aller où et comment, sans argent, sans travail, sans adresse. La plupart des pays refusent d’accepter les migrants et l’Italie a atteint un seuil critique.

La mer ou la mort

« Et il y a l’avant », ajoute Hélène Scheffer, présidente du Seamen’s club. En effet la plupart des migrants qui fuient la guerre, le chômage, la misère ont souvent mis plusieurs années à atteindre la Libye en espérant y trouver un travail. Là ils tombent dans les griffes de réseaux mafieux, sont emprisonnés, exploités, violés, torturés. « Incapables de refaire le chemin à l’envers, ils n’ont plus qu’une alternative : la mort ou la mer. » « Plus de 50 000 personnes ont ainsi péri en Méditerranée depuis les années 2000 et encore ce sont juste les corps retrouvés », alerte Erwan Follezou.

Déplorant le retrait progressif des moyens de sauvetage mis en oeuvre par les Etats, l’absence de points de passage sécurisés «Gibraltar, la Turquie…, tous les accès sont fermés» et l’inertie du G7, le pilote sétois relate : « faute de navires de secours, nous sommes parfois obligés de détourner des cargos. Mais les manoeuvres sont risquées.» «C’est très compliqué de faire du sauvetage dans ces conditions, confirme Bruno Garcia, marin sétois. Si on s’y prend mal, on peut noyer les gens.»

Sans l’engagement et le courage des bénévoles de SOS Méd (marins, médecins, infirmiers, photographes, journalistes), et sans la générosité des donateurs particuliers qui financent à 90% les missions de l’Aquarius (11000 euros par jour), le bilan, terrible, pourrait être encore beaucoup plus lourd. Comme si l’essence même de l’Humanité faisait naufrage.

* Prévu pour accueillir 250 personnes, l’Aquarius est amené à en recevoir plus de 1000 parfois.

Emmanuelle Stange
Article tiré de la Marseillaise  le 1er juin 2017

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