Législatives anticipées au Royaume-Uni – « Les conservateurs ont surestimé la popularité de Theresa May »

Favorite des sondages il y a encore un mois et demi, la Première ministre britannique n’est plus si sûre de conserver sa majorité au Parlement, le 8 juin. Tim Bale, professeur de sciences politiques à la Queen Mary University de Londres, explique pourquoi à franceinfo.

Theresa May vit un moment délicat. En baisse dans les sondages, elle a été mise en difficulté lors de l’émission électorale diffusée le 29 mai sur Channel 4 et Sky News, un journaliste insinuant qu’elle n’était pas à la hauteur pour conduire le Brexit. Pourtant, il y a un mois et demi, personne ne voyait la leader du Parti conservateur perdre la majorité au Parlement.

Lorsque, le 18 avril, la Première ministre britannique convoque des élections législatives anticipées, le Parti conservateur est alors au sommet des intentions de vote. Il compte 18 points d’avance sur les travaillistes, selon un sondage ICM pour le Guardian. Et Theresa May compte bien en profiter pour asseoir sa majorité parlementaire et augmenter sa marge de manœuvre dans les négociations du Brexit.

Mais à une semaine des élections, organisées le 8 juin, les cartes semblent avoir été rebattues. Il faut dire que les sondages sont contradictoires. Une étude ICM publiée dans le Guardian du 29 mai annonce toujours une avance de 12 points pour les conservateurs, alors que, selon une récente enquête de l’institut YouGov pour le Times, ils pourraient perdre 20 sièges et du même coup leur majorité absolue. Ce qui serait assimilé à un cuisant désaveu pour la Première ministre. Mais comment et pourquoi, en un mois et demi, l’avance des conservateurs s’est-elle effritée ? Franceinfo a interrogé Tim Bale, professeur de sciences politiques à la Queen Mary University de Londres.

Franceinfo : Pourquoi la dynamique entre les conservateurs et les travaillistes a-t-elle changé ? 

Tim Bale : Theresa May n’a pas fait ses preuves dans cette campagne électorale. Elle ne brille pas dans les situations qui nécessitent de la spontanéité et de la flexibilité. Parfois, elle semble presque trop préparée, robotique. Au contraire, Jeremy Corbyn [le chef de l’opposition] a beaucoup plus d’expérience et d’aisance quand il s’agit de faire campagne. Notamment parce qu’il a dû se plier à cet exercice en 2015 et 2016 pour obtenir le leadership du Parti travailliste.

En fait, les stratèges conservateurs ont sûrement surestimé la popularité de Theresa May et ils ont oublié que, si elle semblait si appréciée, c’était surtout à cause de l’impopularité de Jeremy Corbyn. Je pense que les intentions de vote les ont conduits à trop centrer la campagne sur Theresa May. Maintenant, ils sont en train de rajuster le tir, en mettant davantage en avant le parti.

Au-delà de la popularité de Theresa May, quel a été le poids des programmes dans cette campagne ?

Le manifeste des conservateurs n’a pas offert grand-chose de positif à l’électorat, en limitant le nombre de promesses. Il a été rédigé de manière à donner un maximum de marge de manœuvre au gouvernement après l’élection, en supposant que les conservateurs l’emportent. Cela a rendu évident, dans l’esprit des électeurs, que le gouvernement voulait augmenter les taxes.

Il y a aussi eu leurs propositions sur la protection sociale qui ont été très mal perçues. Notamment, ce qui a été appelé la « taxe sur la démence ». Theresa May comptait demander un effort supplémentaire aux retraités qui sont propriétaires pour financer leur assurance-maladie. Mais la Première ministre a fini par faire marche arrière. Ce qui l’a fragilisé, car ce recul a véhiculé l’idée qu’elle ne tiendrait pas ses promesses.

Comment les travaillistes ont-ils réussi à remonter dans les sondages ?

Jeremy Corbyn a maximisé le vote travailliste en essayant de séduire la base du parti. Il a surtout voyagé dans les circonscriptions où les travaillistes sont sûrs de bien figurer, plutôt que dans les circonscriptions qu’il n’arrivera pas à reprendre aux conservateurs. Ce qui s’est avéré être une très bonne stratégie de communication, parce que, partout où il est allé, il a été reçu par des membres du Parti travailliste qui l’adorent. Cela a donné une impression, un peu trompeuse, d’un homme très populaire. D’autre part, son authenticité et le fait qu’il ne semble pas prêt à faire des compromis sur ses principes ont encouragé des électeurs de gauche à se mobiliser pour les travaillistes.

Quel a été l’impact de la performance, plutôt ratée, de Theresa May lors d’une émission télévisée sur Sky News, où les deux dirigeants ont été interrogés successivement ? 

Les débats télévisés n’influent pas massivement sur le cours d’une élection. Ils ont plutôt tendance à conforter les gens dans leurs positions et leurs préjugés. La performance de Theresa May n’était pas bonne et ne l’aurait pas beaucoup aidée. Peut-être que l’attitude à la fois plus détendue et combative de Corbyn a pu lui être bénéfique. Mais j’estime que l’influence des débats est en fait assez marginale. Cela se joue davantage sur la capacité du candidat à convaincre les électeurs qu’il peut mener le pays. Et je ne suis pas sûr que Jeremy Corbyn ait passé ce test.

Photo AFP
Louise Hemmerlé
Article tiré de Franceinfo . le 1er juin 2017

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