Turquie – Un comité de soutien pour la libération de Mathias Depardon

Des soutiens et amis du photojournaliste français détenu en Turquie depuis trois semaines lancent un comité de soutien chapeauté par Reporters sans frontières (RSF) pour obtenir sa libération. Arrêté le 8 mai dernier lors d’un reportage dans le sud-est du pays, Mathias Depardon est toujours enfermé dans un centre de rétention de Gaziantep, près de la frontière syrienne, en dépit d’une intense mobilisation en sa faveur.

Trois semaines après l’arrestation du photojournaliste français en Turquie, la mobilisation en faveur de Mathias Depardon prend de l’ampleur. Ce 29 mai, des amis et soutiens du jeune homme – simple homonyme de Raymond Depardon – ont annoncé le lancement d’un comité de soutien coordonné par Reporters sans frontières (RSF).

Des initiatives concrètes doivent apparaître dans les jours à venir, comme l’affichage de banderoles sur des bâtiments publics ainsi que le lancement d’une pétition et d’une campagne en ligne.

Photographe indépendant basé depuis cinq ans en Turquie, Mathias Depardon, 36 ans, a été arrêté le 8 mai dernier alors qu’il préparait un reportage pour le magazine National Geographic dans le sud-est de la Turquie.

Pendant sa garde à vue, les policiers l’accusent dans un premier temps de « propagande terroriste ». En cause : d’anciens clichés retrouvés dans son ordinateur sur un reportage avec le PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, considéré comme terroriste par Ankara.

Finalement, aucune charge pénale n’a été retenue contre Mathias Depardon, toujours détenu dans un centre de rétention de Gaziantep, près de la frontière syrienne, malgré un ordre d’expulsion en date du 11 mai.

 

Officiellement, il est seulement reproché au jeune homme de travailler sans carte de presse. « Une procédure récurrente en Turquie où les autorités ont tendance à faire traîner en longueur les demandes de carte de presse » pour mettre la pression sur les journalistes étrangers, explique Johann Bihr, directeur du bureau Europe de l’Est et Asie centrale chez RSF.

Car Mathias Depardon n’est pas seul journaliste étranger dans cette situation. Plus grave : un journaliste germano-turc, Deniz Yücel, correspondant du quotidien Die Welt est emprisonné depuis février pour « propagande terroriste et incitation à la haine » et attend toujours son procès. Considéré comme turc par les autorités d’Ankara, il ne peut-être expulsé et sera jugé en Turquie. Il encourt 10 ans de prison.

Son arrestation avait tendu les relations diplomatiques entre l’Allemagne et la Turquie, forçant la chancelière Angela Merkel à sortir de sa réserve. RSF « attend désormais de la France qu’elle se montre aussi ferme avec la Turquie que l’Allemagne » sur le cas Depardon, avertit Johann Bihr. « Nous sommes par ailleurs étonnés par le silence officiel de la France dans les premiers temps de cette affaire », ajoute-t-il.

Harcèlement des journalistes étrangers

Mathias Depardon avait été arrêté le jour même de l’élection d’Emmanuel Macron, le 8 mai. Par la suite, « la représentation consulaire de France en Turquie n’a pas pu lui rendre visite pendant quinze jours, aux mépris des règles habituelles, et son avocate Emine Çeker a fait le siège de la direction des affaires migratoires turque, sans succès », raconte Johann Bihr.

Depuis, le sujet a été évoqué lors d’une rencontre entre le président français Emmanuel Macron et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan le 25 mai dernier en marge du sommet de l’Otan. Mathias Depardon, qui avait entamé une grève de la faim pour attirer l’attention de ses confrères sur son sort, l’a depuis suspendu. « Son avocate a pu lui parler hier [le 31 mai] et Mathias Depardon affirme ne pas subir de mauvais traitements en prison », se félicite Johann Bihr.

Selon lui, « le harcèlement de journalistes étrangers en Turquie a recommencé à partir de 2013 avec la mobilisation pour le parc de Gezi puis à partir de 2015 avec la reprise des combats en Syrie ». RSF dénombre ainsi une cinquantaine d’expulsions de journalistes étrangers depuis 2013. Des expulsions difficiles à quantifier car certains évitent de médiatiser leur cas en espérant pouvoir y retourner un jour.

Johann Bihr note par ailleurs depuis ces derniers mois « une tendance lourde dans les durées de détention des journalistes, qui ont tendance à s’allonger ». Un journaliste italien, Gabriele Del Grande, avait été expulsé de Turquie en avril dernier, trois semaines après son arrestation. Un « record » qui pourrait être dépassé par Mathias Depardon s’il n’est toujours pas libéré le 8 juin, un mois après son arrestation.

En 155e position sur 180 pays au classement RSF de la liberté de presse en 2017, la Turquie a encore perdu quatre places par rapport à l’année précédente. L’organisation estime qu’au bas mot une cinquantaine de journalistes y sont emprisonnés pour des faits en lien avec leur travail – un chiffre que l’on pourrait en réalité multiplier par deux.

Y compris pour RSF, les conditions de travail sont de plus en plus difficiles en Turquie. Un mois après l’arrestation de Mathias Depardon, le propre représentant de RSF en Turquie, Erol Önberoglu comparaîtra devant un tribunal, le 8 juin prochain. Egalement accusé de « propagande terroriste », il encourt jusqu’à 14 ans de prison, selon RSF.

Photo de garde : RSF
Julien Vallet
Article tiré de RFI  le 1er juin 2017

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