Climat – La Chine se positionne en leader mondial

Grâce à ses efforts pour une transition rapide vers les énergies vertes, Pékin pourrait profiter du retrait américain de l’accord de Paris pour confirmer sa domination diplomatique mais également économique sur ces questions.

En retirant les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, Donald Trump a incontestablement commis une grave erreur stratégique. Il laisse ainsi la Chine, deuxième puissance mondiale, prendre le leadership mondial en matière environnementale. « La décision de Trump n’affectera pas les engagements de Pékin. En fait, il n’y a pas de meilleur moment pour la Chine de renforcer son leadership international », confirme Shuo Li, au sein de Greenpeace à Pékin. Critiqué pendant des années pour ses émissions de gaz à effet de serre (25% de ses rejets), Pékin est désormais salué pour ses efforts. Sa position de plus gros pollueur mérite d’ailleurs d’être nuancée. Ramenée au nombre d’habitants – 1,4 milliard –, la part d’émissions de gaz à effet de serre des Chinois, à qui l’on sous-traite un gros morceau de notre production de biens industriels et électroniques, ne s’élève qu’à hauteur de 5 %. La part des Européens s’élève, quant à elle, à 16 %, et celle des Nord-Américains, à 57 %.

Un front sino-européen

Une réalité qui pousse la Chine à demander des comptes aux autres pays. Lors des récentes négociations à Bonn (Allemagne), elle a insisté à plusieurs reprises pour que la Roumanie, l’Islande et la France précisent la manière dont ils entendaient atteindre leurs objectifs. «La Chine va continuer à mettre en œuvre les promesses faites lors de l’accord de Paris», a assuré le chef du gouvernement chinois, Li Keqiang, à Berlin, après une rencontre avec la chancelière allemande Angela Merkel, jeudi. Avant d’ajouter : « mais bien sûr, nous espérons aussi le faire avec la coopération des autres ». Ce front commun sino-européen s’est également dessiné à travers une déclaration du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker affirmant : « Je suis un partisan de la relation transatlantique mais si le président américain devait dire dans les prochaines heures qu’il veut sortir de l’Accord de Paris alors il serait du devoir de l’Europe de dire : cela ne va pas comme ça».

Indépendance énergétique et compétitivité

Sur le plan international, la Chine a tout intérêt à poursuivre sa stratégie verte afin de parfaire une image souvent perçue comme menaçante à l’étranger. Ainsi, le communiqué final du sommet économique sur les Routes de la soie, qui a réuni 70 pays fin mai, a consacré un paragraphe à l’enjeu climatique et à la transition vers une économie bas-carbone. Economiquement, la Chine a compris qu’il existait un marché à conquérir pour les produits et les services à faible teneur en carbone. Et le potentiel offert par les nouvelles routes de la soie lui confère des débouchés non négligeables du Pacifique à l’Europe. Par ailleurs, sur le plan interne, la Chine a compris qu’en favorisant les énergies vertes, elle garantissait son indépendance énergétique dans un monde instable marqué par les crises. « La Chine est le premier producteur mondial de panneaux solaires, d’éoliennes et de batteries électriques, et son marché intérieur pour l’énergie propre est le plus important au monde », expliquent Varun Sivaram et Sagatom Saha, experts au Council on Foreign Relations.

Apaiser le climat social

Socialement, enfin, les autorités chinoises n’ont guère le choix. Ces dernières années, la dégradation de l’environnement a donné lieu à de multiples manifestations. Les préoccupations sanitaires l’ont également amené à annoncer la réduction de sa dépendance au charbon. Le combustible fossile compte actuellement pour 62 % de son mix énergétique. L’idée est de faire tomber cette part à 55 % d’ici à 2020. Pour le pays, l’enjeu est tout autant climatique que sanitaire, alors que, pour la seule ville de Pékin, le niveau de particules fines dans l’air reste dix fois supérieur aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’Administration nationale de l’énergie (ANE) prévoie également de consacrer 344 milliards d’euros aux énergies renouvelables d’ici à 2020, afin que celles-ci fournissent la moitié de l’électricité d’ici cette date. Des efforts salué par Greenpeace. Selon l’association, la Chine devrait parvenir à une baisse de 1 % de ses émissions de CO2 en 2017. « Elle est en voie de parvenir à un pic de ses émissions de CO2 bien avant la date de 2030 (retenue dans le cadre de la COP21, NDLR), si la transition rapide aux énergies propres et la fin de sa surdépendance vis-à-vis des industries polluantes se confirment », précise l’organisation.

Lina Sankari
Article tiré de l’Humanité  le 2 juin 2017

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