Elles prennent leur plume et parlent aux Afghanes

Une chaîne de télévision et un magazine mensuel de mode pour les femmes viennent d’être lancés en Afghanistan. C’est une première dans le pays enlisé dans un conflit qui dure depuis plus de trois décennies. L’objectif de ses fondateurs est de faire évoluer les mentalités. Derrière ses deux projets distincts, deux équipes de femmes et d’hommes qui ont décidé de braver l’extrémisme dans le pays.

Zan («Femme»), deux lettres en alphabet persan, en caractères violets sur fond blanc, c’est le logo animé de la nouvelle chaîne afghane dédiée aux femmes. On y parle d’actualité, de politique, de santé, de sport, de culture. Sur les plateaux aux couleurs vives, il n’y a que des femmes présentatrices. Dans des tuniques et des vestes cintrées, un foulard souvent coloré dévoilant en partie les chevelures soignées, les regards soulignés de khôl, les lèvres colorées de rouge à lèvres, les présentatrices et chroniqueuses ont toutes une vingtaine d’années et le désir de modifier le sort des femmes en Afghanistan.

Pas de contradiction avec les traditions

Mehria Afzal est la productrice et présentatrice de l’émission politique de la chaîne. Elle explique avoir vu de nombreuses femmes aux vies sacrifiées car ne connaissant pas leurs droits. « C’est mon combat, ma révolution pour les droits des femmes, c’est mon combat contre l’inégalité », explique la jeune femme de 24 ans. Cette mère de deux enfants dit vouloir donner de l’espoir aux Afghanes, afin qu’elles aient les mêmes droits à l’éducation que les hommes. « Je suis prête à me sacrifier et je suis prête à donner ma vie pour cette cause », renchérit-elle.

Malalai Zikria, conseillère éditoriale de Zan TV, précise que l’objectif n’est pas d’être en contradiction avec les lois et la culture afghanes. Toutes les femmes afghanes doivent se sentir libres de pouvoir venir s’exprimer sur cette chaîne de télévision qui leur est destinée. Celles qui portent le voile sont les bienvenues tout comme celles qui ne le portent pas. Zan TV emploie 70 employés, dont 16 hommes seulement qui occupent les postes les plus techniques. La direction affirme vouloir atteindre 100% de personnel féminin dans les prochaines années.

 

Dans un quartier voisin de Kaboul, près de la résidence d’un ancien chef de guerre controversé, dans les locaux du quotidien national Hasht-e Subh («8h du matin»), un autre groupe de jeunes femmes, également âgées d’une vingtaine d’années, a créé le premier magazine de mode afghan : Gellara. La rédactrice en chef est Fatana Hassanzada, une jeune femme élégante dans un tailleur jupe vert sur un pantalon noir, perchée sur des escarpins à talons. Elle confie son ambition de montrer au monde que les femmes afghanes sont belles, qu’elles possèdent un style, sont créatives, peuvent travailler, et prendre leurs propres décisions. Casser l’image de la femme soumise et illettrée dissimulée sous une burqa, c’est l’objectif de cette jeune diplômée en administration publique.

Hommage aux femmes kurdes

Sur la couverture du premier numéro, pose une chanteuse afghane, le regard charbonneux, ses longs cheveux châtains tombant de chaque côté sur les épaules. A l’intérieur du mensuel, les photos des deux premiers modèles féminins afghans depuis plus d’une trentaine d’années, un article sur le cancer du sein, des photos de positions de yoga, l’interview d’une chanteuse et d’une actrice afghane non voilée, une publicité pour l’application Tinder qui permet de faire des rencontres amoureuses. Le magazine est financé grâce à la publicité.

Au total, 2 000 magazines ont été imprimés, 500 ont été vendus en l’espace d’une semaine au prix de 100 afghanis, soit moins d’1,50 euro. L’équipe est formée de dix-sept jeunes femmes bénévoles recrutées par Fatazana Hassanzada à l’université de Kaboul et sur Facebook. Ensemble, elles ont travaillé un an avant la sortie du premier numéro et ont choisi d’appeler leur magazine Gellara, un mot kurde qui signifie « prunelle des yeux », en hommage à ces femmes kurdes magnifiques avec leur style, leurs longs cheveux et qui ont pris les armes pour combattre avec courage le groupe Etat islamique en Irak, explique la rédactrice en chef.

Métier à risque

Pour lancer leur magazine, elles ont été aidées sur le plan logistique par le patron du quotidien Hasht-e-Sobh. Sanjar Sohail est leur premier lecteur et soutient leur cause avec conviction. « Je suis sûr, dit-il, que lorsqu’un magazine entre dans une maison, tous ses occupants le lisent. L’idée est d’entrer chez les gens. Je suis sur qui y aura de réactions, des plaintes. On s’y attend. Mais je suis persuadé que les gens vont lire ce magazine en cachette, dans des pièces vides, parce qu’il offre une nouvelle perception de la vie. »

Vouloir faire évoluer les mentalités en Afghanistan n’est pas sans risque et chaque employé de Zan TV et de Gellara en ont conscience. Ils sont des cibles potentielles des extrémistes religieux tels les talibans ou l’organisation Etat islamique, implantés dans le pays depuis deux ans.

Photo de garde : RFI – Sonia Ghezali
Sonia Ghezali
Article tiré de RFI  le 2 juin 2017

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