Le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris en 5 questions

En rejetant ce traité international, le président américain renie les engagements de réduction de gaz à effet de serre établis par Obama. Quelles sont les implications et les suites possibles de cette décision.  Décryptage. 

 Qu’est-ce que cela change concernant leurs émissions de CO2 ?

Lors de la COP21, les Etats-Unis s’étaient engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 26% à 28% d’ici à 2025 par rapport à leur niveau d’émissions de 2005 (1). Par leur retrait de l’accord de Paris, ils marquent ostenciblement leur volonté de ne pas le faire. Doigt d’honneur à la population mondiale, cet affichage est une déclaration de guerre à la justice climatique. Mais ce n’est pas à proprement parler une façon de se défaire d’une promesse qu’ils auraient été obligée de tenir. L’accord de Paris n’a rien de contraignant en matière d’objectifs de réduction des émissions. La seule obligation faite aux pays qui l’ont ratifié est de mettre sur la table une ambition (X% de réduction de CO2) et d’être transparent quant à l’avancée de sa mise en en oeuvre (atteinte ou pas atteinte). En aucun cas ils ne sont juridiquement contraints de s’y tenir. Dans les faits, d’ailleurs, Donald Trump n’a pas attendu de se retirer de l’accord de Paris pour remettre en cause les promesses avancées par son prédécesseur. En entamant le démentèlement de l’agence fédérale de l’environnement et du Clean Power Plan, seul dispositif climatique national qui vise à réduire de 32% les émissions de CO2 des centrales à charbon, il a remis en cause la possibilité physique de les tenir. En bref, effectivement, les Etats-Unis ne respecteront pas leurs engagements. Mais on le savait déjà.

Risque-t-on un effet boule de neige ?

Ce n’est pas exclu, mais pour l’heure, les pays semblent unanimes à dire qu’ils ne suivront pas le chemin emprunté par les Etats-Unis. Mais la défection de ces derniers aura sans aucun doute un effet délétère sur la dynamique internationale. On se souvient que les engagements de réduction de gaz à effet de serre mis sur la table par l’ensemble des pays au moment de la COP21 étaient encore insuffisants pour contenir la hausse des températures en deça de 2°C, à fortiori de 1,5°C. Au mieux, le total des promesses annoncées laissait espérer une limitation de la hausse des températures d’environ 3°C.
Tout l’espoir résidait dans le fait que le cercle vertueux enclenché à Paris prenne de l’ampleur. Un « dialogue facilitateur » a ainsi été programmé pour 2018, dont on attend qu’il pousse chaque pays à revoir à la hausse ses ambitions. Alors que celles des Etats-Unis étaient déjà jugées très faibles au regard de leurs responsabilités (ils sont le deuxième pays le plus émetteur du monde, et historiquement le premier), on attendait d’eux un effort particulièrement conséquent. Toute l’efficacité du mécanisme reposait même sur cet espoir. Il est désormais clair que ce n’est pas l’administration Trump qui le fera. Cela a toutes les chances de refroidir d’autres Etats, déjà revêches à réhausser leurs ambitions : pourquoi le feraient-ils, si la première économie mondiale s’en exempte ? Et ceci sans parler des pays qui n’ont toujours pas ratifié l’accord, parmi lesquels des pays industrialisés tels que la Russie et la Turquie.

Peut-on tenir le cap des 2°C sans eux ?

Première économie mondiale, les Etats-Unis émettent près de 14% des gaz à effets de serre mondiaux, se plaçant ainsi au second rang des pays les plus émetteurs, derrière la Chine. Pour comparaison, l’Europe compte pour près de 9% des émissions mondiales (données 2015). Alors que l’objectif de limiter le réchauffement climatique à un maximum de 2°C implique de réduire de 40% à 70% des émissions mondiales d’ici 2050, cela semble impossible à atteindre sans eux.
Cependant, une trentaine d’Etats et de grandes villes américains assurent aujourd’hui qu’ils poursuivront leur transition vers une économie moins carbonée, envers et contre Trump. Parmi eux, la Californie, le Massashusset, ou encore la ville de New-York, dont l’ancien maire, Michaël Bloomberg, affiche un optimisme sans borne quant au fait que cela compensera la défection fédérale. Mais les avis sont plus que partagés sur le sujet. Jeudi, Alden Meyer, directeur stratégique de L’union of concerned scientists (littéralement, l’union des scientifiques préoccupés) expliquaient à l’Humanité que beaucoup d’entre eux doutaient que les efforts locaux permettent de combler le retard induit par les politiques nationales.

Quelles résistance, quelle riposte, quelle sanctions ?

L’amplification des efforts de réduction des émissions de gaz à effet par la communauté internationale était déjà nécessaire avant : elle l’est d’autant plus maintenant que Trump s’en est écarté. L’Europe est particulièrement attendue en la matière, dont les promesses de réduction (-40% de GES en 2030) correspondait au minimum qu’elle pouvait mettre sur la table à Paris. Premier émetteur mondial, la Chine est elle aussi attendue au tournant, mais celui qu’elle a d’ores et déjà engagé indique qu’elle aura dépassé ses propres objectifs avant la date convenue. Quoiqu’il en soit, que les pays fassent le dos rond ne compensera que momentanément le retrait des Etats-Unis. Les contraindre à prendre leur responsabilité demeure indispensable.
L’arme économique reste un atout de taille. Le fait, par exemple, que les investisseurs se retirent de certains projet. Les Amis de la Terre appellent ainsi les grandes banques françaises à « s’engager clairement à ne pas financer les projets fossiles auxquels l’administration Etats-Unienne va dérouler
le tapis rouge. » Ciblées, singulièrement, BNP-Paribas et Société générale, impliquées dans le financement des terminaux de gaz de schiste Rio Grande ING et Texas ING.

Les Etats-Unis pourront-ils réintégrer l’accord de Paris ?

A priori oui. Toute les question est de savoir quand et à quelles conditions. A moins qu’ils ne décident de quitter le cadre même des négociations – la Convention cadre des nations unies sur le climat (CCNUCC) -, leur retrait ne sera effectif qu’en 2020, soit à la fin du mandat de Donald Trump. Ils auront, d’ici là, tout loisir de finir de saper l’accord de Paris. Celui-ci fixe des objectifs pour l’horizon 2030. Pour être réalisables à cette échéance, ces objectifs doivent avoir fini d’être pleinement définis avant 2020. Et pour être efficaces contre le réchauffement, ils doivent l’être de façon ambitieuse… ce que l’administration US ne compte évidemment pas faire. Même en comptant que le successeur de Trump ne soit pas tiré du même moule et qu’il décide de réintégrer l’accord de Paris, que restera-t-il de celui-ci le moment venu ?
Quant à renégocier l’accord de façon à le rendre états-uniquement compatible, comme l’a demandé Donald Trump, le secrétariat de la CCNUCC l’a dit clairement dans un communiqué : c’est non. « L’accord de Paris est un traité historique signé par 194 pays. Il ne peut en aucun cas être renégocié à la demande d’un seul d’entre eux. »
(1) La plupart des autres pays ont pris pour référence les niveaux d’émissions de 1990, plus bas, donc exigeant plus d’effort de réduction).
Photo AFP
Article tiré de l’Humanité . le 3 juin 2017
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