Conférence pour la paix en Afghanistan – Un sommet symbolique

Un sommet pour la paix s’est tenu aujourd’hui à Kaboul en présence des représentants d’une vingtaine de pays. Face aux risques d’attentats, la rencontre a été placée sous très haute sécurité. Le 31 mai, Kaboul a été frappée en plein cœur—: 150 personnes ont été tuées dans un attentat à la bombe dans le quartier diplomatique. Cette attaque-suicide compte parmi les plus meurtrières depuis 2001, année de l’effondrement du régime taliban et de l’intervention américaine en Afghanistan.

Le président afghan Ashraf Ghani a lancé un ultimatum aux talibans, les appelant à saisir la « dernière chance » pour la paix ou à « en subir les conséquences ».

Mais le président, que ce soit sur un plan politique ou militaire, ne dispose d’aucun levier pour faire pression sur les talibans. En interne, il souffre d’un déficit de crédibilité et fait face à une opinion publique de plus en plus remontée devant la détérioration catastrophique de la situation sécuritaire.

Depuis cinq jours, des centaines de personnes manifestent contre l’insécurité et demandent la démission du conseiller à la sécurité nationale. Des heurts opposant les manifestants à la police se sont soldés par la mort de quatre personnes, tuées par balle. Un exemple manifeste de la nervosité qui s’est emparée du gouvernement.

Près de la moitié de l’Afghanistan aux mains des talibans

Par ailleurs, sur un plan militaire, le rapport de force est clairement à l’avantage des talibans, qui grignotent toujours un peu plus de terrain, face à une armée faible, désorganisée et très affaiblie depuis le retrait des troupes de l’Otan fin 2014.

Les chiffres des généraux américains et de l’Otan sont sans appel : le gouvernement de Kaboul ne contrôlerait aujourd’hui que 57% du territoire. Autrement dit presque la moitié du territoire national échappe totalement au contrôle de l’Etat.

L’année 2016 a été une année record en termes de victimes civiles : 3 500 personnes ont été tuées à travers tout le pays, sans compter les victimes militaires.

Enfin, l’apparition ces deux dernières années de combattants de l’organisation Etat islamique (EI) a également changé la donne. L’EI s’est implanté notamment dans la province de Nangahar, frontalière du Pakistan en recrutant des talibans afghans ou pakistanais désenchantés.

Quels résultats ?

Ce sommet était avant tout un rendez-vous symbolique, un moyen pour le gouvernement actuel de s’assurer du soutien de la communauté internationale pour rétablir la sécurité en Afghanistan.

Car la seule issue à cette guerre civile, de l’avis de nombreux experts, passe par des discussions avec les talibans, en réunissant autour d’une même table les élus et leurs adversaires, et en réglant une question centrale : ses relations avec le Pakistan.

Kaboul accuse depuis des années Islamabad de parrainer l’insurrection talibane. La guerre en Afghanistan demeure étroitement liée au soutien du Pakistan aux talibans afghans. Islamabad a beaucoup d’intérêts en Afghanistan et cherche à obtenir des concessions, en échange de son soutien à des négociations de paix.

Parmi les autres grands acteurs incontournables en vue d’éventuels pourparlers avec les talibans figurent aussi la Chine et les Etats-Unis.

Pékin est de plus en plus impliqué dans le règlement du conflit afghan. D’une part parce qu’il craint des troubles provoqués par des groupes islamistes sur son propre sol, notamment dans la partie turcophone ouïghoure, mais aussi parce qu’il a des intérêts économiques dans la région. Les Chinois sont en effet très intéressés par certaines matières premières présentes en Afghanistan, le cuivre notamment.

Mais l’élément essentiel réside dans les excellentes relations qu’entretient la Chine avec le Pakistan. Un avantage certain qui pourrait donner à Pékin un rôle d’intermédiaire aux différentes parties.

Un changement d’approche américaine ?

L’arrivée d’une nouvelle administration américaine entraînera-t-elle un changement d’approche sur le dossier afghan ? Voici la grande question que tout le monde se pose. Depuis le retrait des troupes de l’ISAF fin 2014, les Etats-Unis ont conservé environ 10 000 soldats en Afghanistan, officiellement pour fournir de l’aide, du soutien logistique et des formations.

A l’exception de quelques récentes offensives contre des bastions de talibans ou de combattants de l’organisation Etat islamique, les Etats-Unis se limitent à des missions d’assistance et de formation.

Compte tenu de la très nette détérioration de la situation sécuritaire qui met désormais en danger le gouvernement d’union nationale, la question de l’envoi de renforts est de plus en plus d’actualité à Washington.

Sur ce point, deux lignes s’affrontent. La ligne isolationniste, prônée par Donald Trump durant toute sa campagne, sous le slogan « America First », « l’Amérique d’abord », et son refus assumé de s’impliquer dans des conflits externes. Et la ligne défendue par certains généraux dans l’entourage du président américain et qui ont servi en Afghanistan, comme le général McMaster, aujourd’hui au Conseil national de sécurité et qui sont pour l’envoi de troupes supplémentaires.

On évoque le chiffre de 20 000 à 30 000 hommes, indispensables pour stabiliser la situation et empêcher un effondrement de l’actuel gouvernement. Ce renfort suffirait-il pour autant à ramener la paix dans le pays ? La solution réside évidemment dans des pourparlers directs avec les talibans, avec le soutien implicite des Etats-Unis et du Pakistan.

La partie est loin d’être gagnée. Pour certains experts, accepter des négociations avec les talibans représenterait un coût politique énorme pour Donald Trump, qui a justement fait de la lutte contre les islamistes et les jihadistes son principal thème de campagne.

Photo de garde : REUTERS – Omar Sobhani
Jelena Tomic
Article tiré de RFI  le 6 juin 2017

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