Afghanistan – «Ce conflit est dévastateur pour les enfants», selon l’Unicef

Mercredi 31 mai, un attentat d’une rare violence a frappé Kaboul, faisant plus de 80 morts et près de 460 blessés, parmi lesquels de nombreux enfants. Des cibles très exposées qui pâtissent largement des années de guerre qui ruinent le pays.
Entretien avec Denise Shepherd-Johnson, responsable de la communication de l’Unicef à Kaboul.

 

RFI : Selon les chiffres d’un rapport de la Mission d’assistance de l’ONU en Afghanistan (Manua), non seulement le nombre de victimes civiles du conflit augmente considérablement, mais celui des enfants bat de funestes records : 3512, soit 24% de plus qu’en 2015. Comment l’expliquer ?
Denise Shepherd-Johnson : Ces chiffres s’expliquent par l’utilisation récurrente d’armes dans des zones peuplées, et par l’utilisation d’engins explosifs artisanaux qui mettent les gens en danger. Hélas, les enfants en font inévitablement partie. Entre janvier et avril 2017, 42% des victimes infantiles étaient dus aux affrontements sur le terrain. Les quatre premiers mois de 2017 ont connu un nombre record de victimes chez les enfants, notamment haut nombre d’enfants tués, comparés aux mêmes périodes depuis que la Mission a commencé à documenter ces cas. Entre le 1er janvier et le 30 avril 2017, la Manua a enregistré 987 victimes infantiles (283 morts – soit +21% par rapport à la même période en 2016 – et 704 blessés).

Plus généralement, de quelle manière les attentats qui frappent régulièrement la capitale ou le climat d’insécurité affectent le quotidien des enfants afghans ? Notez-vous par exemple un recul de leur scolarisation ?
Les conflits, où que ce soit, affaiblissent les services de base, comme l’éducation et la santé. Les attaques et les menaces peuvent aussi avoir d’autres effets moins directs, générant par exemple la fermeture d’écoles ou une baisse du taux de présence des écoliers. Un incident sécuritaire peut aussi influer sur les décisions des parents ou des étudiants eux-mêmes à poursuivre leurs études. Celle peut influencer la perception générale sur le fait de savoir s’il est prudent de se rendre ou non à l’école pour les enfants (et surtout pour les filles). Pourtant, les enfants manifestent une réelle envie de poursuivre leur cursus scolaire. Tous savent les bénéfices qu’ils peuvent retirer en allant à l’école.

Le réseau d’action pour la protection de l’enfant (CPAN), soutenu par l’Unicef, mène régulièrement des dialogues communautaires, pour aborder diverses questions relatives aux droits de l’enfant. Le CPAN (qui comprend des professionnels de différents secteurs : travail social, éducation, police…) fournit également l’équivalent d’une gestion de cas (« case management ») qui peut traiter les problèmes des enfants et orienter ceux qui requièrent un soutien socio-psychologique. Le CPAN assure un suivi régulier de l’enfant pour évaluer son bien-être.

 

Avez-vous constaté une recrudescence du nombre d’enfants-soldats ?
Les enfants afghans continuent d’être recrutés par toutes les parties du conflit, et cela doit cesser. Le conflit est en train d’avoir un effet dévastateur sur les enfants, et en 2016, l’ONU chiffrait à 1200 les enfants embrigadés.

Quels sont les différentes actions mises en place par Unicef Afghanistan pour apporter aux enfants ce dont ils ont besoin ?
A travers un programme de coopération de cinq ans avec le gouvernement afghan, l’Unicef travaille avec les autorités et différents partenaires pour améliorer l’accès aux soins et augmenter l’utilisation des services d’hygiène et de soins pour les mères, pour les nouveau-nés, les enfants de moins de 5 ans et les jeunes filles, en particulier dans les zones déshéritées ; pour éradiquer la polio ; pour enrichir l’alimentation des jeunes enfants et de leur mère ; pour développer l’usage d’une eau potable et des pratiques d’hygiène ; pour garantir l’accès et la qualité des écoles primaires, notamment en fournissant du matériel pédagogique ; ou encore pour améliorer les cadres institutionnels et législatifs afin de protéger les enfants de la violence, des abus et de l’exploitation.

A Kaboul, comme dans le reste du pays ?
L’Unicef met en place ses programmes dans les villes comme dans les zones rurales. Dans les régions difficiles d’accès (à cause de la distance, du terrain, ou de la sécurité), nous travaillons avec des organisations de la société civile, on s’engage avec des communautés locales, des chefs religieux, des chefs tribaux, et les représentants locaux de l’Etat pour nous assurer que nos actions touchent les enfants les plus vulnérables.

Concernant les campagnes de vaccination contre la polio, comment sont-elles perçues par la population ?
L’éradication de la polio en Afghanistan, comme ailleurs, est l’une des premières priorités de l’Unicef. En 2017, l’Unicef soutient le gouvernement pour la mise en oeuvre dix campagnes de vaccinations au niveau national et intermédiaire. A l’heure actuelle, la majeure partie du pays n’est plus touchée par la polio. Le nombre de cas est passé de 20 dans 16 districts en 2015 à 13 dans 4 districts en 2016. Au 31 mars 2017, 3 districts faisaient l’objet d’un signalement d’infection. Mais un indicateur important de l’évolution de cette maladie, autre que celui du nombre de cas, est la diminution géographique du virus. Le programme national poursuit donc la mise en oeuvre d’un plan d’action d’urgence pour l’éradication de la polio, en s’adaptant à un contexte sécuritaire évolutif, pour atteindre le maximum d’enfants possible, tout en conservant la neutralité du programme. L’hostilité aux vaccins n’est pas un obstacle majeur. La plupart des Afghans acceptent la vaccination. L’Afghanistan a une société civile informée et active, des médias, et une génération de parents bien informée qui accepte le vaccin anti-polio quand il est proposé. Selon une étude menée en 2016, près de 90% des Afghans reconnaissent que la vaccination est utile pour se prémunir de la polio.

L’Unicef agit aussi en direction des jeunes femmes. Quelles sont les situations auxquelles vous êtes confrontées et comment surmontez-vous les obstacles ?
En Afghanistan, 46% des filles sont mariées avant 18 ans. Cette question est étroitement liée aux normes sociales et culturelles du pays, qui prendront du temps pour changer. Les filles mariées tôt sont moins susceptibles d’aller à l’école, peuvent se retrouver écartées d’un accès aux soins, et doivent en plus faire face aux interdictions de se regrouper. L’Unicef demande aux leaders religieux ou chefs de communautés, au gouvernement et à la société civile de s’impliquer pour protéger les enfants de pratiques telles que les mariages précoces. Nous travaillons en particulier avec le ministère des Affaires religieuses pour sensibiliser les leaders à importance du rôle de l’islam d’assurer la protection des enfants.

Photo de garde : REUTERS – Omar Sobhani
Géraud Bosman-Delzons
Article tiré de RFI  le 7 juin 2017

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