Impôt à la source – Un report éminemment stratégique

Lancé sous le précédent quinquennat, le prélèvement de l’impôt à la source est repoussé à janvier 2019. Une histoire de pouvoir d’achat… et de communication politique.

Cachez donc ce prélèvement de l’impôt à la source, il pourrait faire de l’ombre à Emmanuel Macron. C’est peu ou prou l’explication avancée mercredi par l’exécutif pour justifier le report de la mise en œuvre de cette réforme fiscale, désormais annoncée pour le 1er janvier 2019.

Cette «bonne réforme», dixit le Premier ministre, Edouard Philippe, est officiellement décalée le temps de procéder à une expérimentation dans plusieurs départements. «S’agissant de l’argent des Français et des recettes de l’Etat, je ne veux pas m’engager dans cette réforme sans avoir la certitude que, techniquement, tout se passera bien», expose le Premier ministre dans les colonnes du Parisien. Un report technique et marqué du sceau du pragmatisme et du bon sens – dont se réclament les deux têtes de l’exécutif depuis trois semaines. Il faut «garantir que le dispositif sera opérationnel et simple pour les employeurs, notamment les petites entreprises», ajoute le chef du gouvernement.

Eviter de rendre illisible la baisse des cotisations sociales

Le prélèvement de l’impôt à la source, qui conduira à ce que l’impôt sur le revenu soit retranché chaque mois de la feuille de paie, au lieu d’un paiement séparé comme aujourd’hui, a été voté et les décrets d’application ont été publiés quelques semaines avant la présidentielle, pour une mise en place au 1er janvier 2018. Or dès la victoire d’Emmanuel Macron, un report de cette mesure emblématique était envisagé, comme l’écrivait Libération le 15 mai. Pour un paquet de dirigeants socialistes, dont l’ancien secrétaire d’Etat au Budget, Christian Eckert, la vraie raison d’un tel report relève du marketing politique. Il s’agit d’éviter que cette réforme ne rende illisible la principale mesure sur le pouvoir d’achat du nouveau président, à savoir la baisse de cotisations sociales de l’ensemble des salariés. Qui, elle, sera bien effective au 1er janvier 2018.

Mercredi, à la sortie du Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, a donc de nouveau expliqué que le prélèvement à la source était un «bon système» mais qu’il n’était «pas mûr», d’où les expérimentations annoncées. Mais Castaner a aussi livré une version encore plus politique du report de la réforme : depuis le 7 mai, «il y a une dynamique positive dans notre économie, les premières mesures annoncées, voire les premiers pas du président de la République, portent en eux un élément d’attractivité supplémentaire que nous ne souhaitons pas gâcher par une mise en œuvre précipitée». A quelques jours du premier tour des législatives, ce serait dommage de ternir l’état de grâce par de vulgaires questions fiscales. Devant ses ministres, Emmanuel Macron a d’ailleurs abordé l’enjeu du scrutin de dimanche. Pour lui, les Français ont «à apporter une réponse simple à une question simple». «La question c’est : « stop ou encore », c’est « est-ce que l’ont veut de l’action ou l’impuissance, de l’humilité et des convictions ou de l’affirmation et des dénonciations »», a rapporté Castaner. La question est simple. Voire simpliste.

Photo de garde : AFP – Thomas Samson
Laure Bretton
Article tiré de Libération  le 7 juin 2017

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