Elections législatives – Quelle Assemblée nationale pour la France de Macron ?

Emmanuel Macron élu président, c’était il y a un mois précisément, le 8 mai dernier. Le nouveau chef de l’Etat français rêve maintenant de disposer d’une majorité à l’Assemblée nationale pour faire passer ses réformes. Le premier tour des élections législatives a lieu ce dimanche 11 juin. Et l’affaire semble bien engagée pour la formation du chef de l’Etat.

La République en marche – c’est le nom du parti – est en passe de réaliser un véritable raz-de-marée au palais Bourbon. Tous les sondages donnent la formation centriste largement en tête des intentions de vote. LREM est ainsi créditée de 31 % dans la dernière enquête Ifop, soit 12 points d’avance sur Les Républicains, 13 sur le Front national et 19 sur France insoumise. Une avance qui, selon les projections en sièges, pourrait permettre au mouvement présidentiel de disposer d’une très large majorité à l’Assemblée.

Cela n’allait pas de soi, il y a encore quelques semaines. « Avant la présidentielle, c’est vrai que certains imaginaient une cohabitation et d’autres se disaient que c’était impossible qu’un parti si jeune puisse réussir à avoir la majorité absolue, rappelle Frédéric Dabi, directeur adjoint de l’institut de sondages Ifop. Il y a l’effet de souffle présidentiel. Il y a la déconfiture générale des partis de gouvernement. Il y a aussi une certaine bienveillance à droite, les premiers pas jugés très réussis d’Emmanuel Macron. »

Un parti qui perd sa principale raison d’être est-il voué à la disparition instantanée ?

Signe peut-être précurseur : LREM a quasiment fait un carton plein le week-end dernier dans les 11 circonscriptions des Français de l’étranger, dépassant les 50 % dans huit d’entre elles. Des sondages qui marquent également la chute des partis traditionnels. Le parti LR est plus inquiet que jamais : selon plusieurs instituts, il ne glanerait que 115 à 135 sièges. Loin, très loin des 228 qu’ils avaient jusqu’alors.

Mais la situation est encore plus alarmante pour le PS, qui ferait pire qu’en 1993 (57 circonscriptions). Cette année, les projections en octroient au Parti socialiste que la moitié. Le début de la fin pour la formation du congrès d’Epinay et du président Mitterrand ? « Les partis politiques, ça ne disparaît pas comme ça. C’est une mémoire, c’est une culture. Il y a encore beaucoup d’élus, malgré tout, du Parti socialiste. Et surtout, il y a un espace politique, à mon avis, entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon », rappelle l’historien Rémi Lefebvre, spécialiste du PS.

Les partis de Mélenchon et de Le Pen auront-ils un groupe parlementaire ?

Et l’historien de rappeler que le successeur de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) n’en est pas à sa première crise et que les partis ne disparaissent pas toujours quand ils s’effondrent : « Evidemment, le Parti socialiste va entrer dans une période extrêmement compliquée, où son avenir est en jeu. Mais il est tout à fait possible que le parti résiste à cette crise, se recompose, se réinvente. Le Parti communiste, ça fait trente ans qu’on dit qu’il est mort, il est toujours là. Le Parti radical de gauche existe aussi. »

Néanmoins, dans la future Assemblée, le PS pourrait être clairement menacé par la France insoumise. Car la formation de Jean-Luc Mélenchon apparaît en mesure de constituer un groupe, c’est-à-dire d’avoir au moins 15 députés. Un enjeu crucial pour le poids d’un parti au palais Bourbon.

Disposer d’un groupe, c’est d’ailleurs l’objectif aussi du Front national. Mais là, le FN de Marine Le Pen est de moins en moins assuré de pouvoir y parvenir…

Vers une Assemblée nationale plus jeune, plus féminisée et moins expérimentée

Pour Marine Le Pen et pour le Front national, ne pas pouvoir atteindre le seuil du groupe parlementaire « serait une énorme déception », observe le sociologue Sylvain Crépon. « 2017 devait être la consécration, rappelle-t-il, avec la qualification du Front national pour le second tour de la présidentielle et surtout la constitution d’un groupe suffisamment important pour faire du Front national le principal parti d’opposition. »

Un vrai renouvellement s’annonce. Avec l’entrée en vigueur de la loi sur le non-cumul des mandats, avec l’abandon de certains députés et ce désir de renouveau dont font part les électeurs, c’est un bouleversement d’une ampleur sans précédent qui se prépare. Plus d’un tiers des sortants ne se représentent pas. La nouvelle Assemblée sera donc plus jeune, plus féminine et moins expérimentée. La question que tout le monde se pose : comment se comporteront les parlementaires de La République en marche ?

Le retour de la « chambre d’enregistrement », ou des Commissions mieux remplies ?

Les députés du président seront-ils des élus « godillots » ? « Emmanuel Macron va être pris entre des injonctions contradictoires – agir, agir vite -, et on le voit avec les ordonnances sur le Code du travail : produire des résultats, donner l’impression effectivement que la vie politique a changé. Il n’a quand même pas grand-chose dans sa besace programmatique sur les institutions. On ne peut pas dire qu’il rejette le présidentialisme », fait remarquer l’historien Rémi Lefebvre.

« Donc, poursuit-il, on est plutôt sur une logique de management politique, d’efficacité, d’efficience, plus au fond que de démocratisation et de transformation du jeu politique. Mais après, on va voir ce qu’il va se passer ! » Le risque, à terme : que cette future Assemblée nationale ne soit qu’une simple « chambre d’enregistrement », et que les débats qui secouent la société se déplacent en dehors de l’hémicycle.

Photo de garde : AFP – Ludovic Marin
Pierre Firtion
Article tiré de RFI  le 8 juin 2017

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s