Législatives – Macron en marche vers une majorité absolue

La République en marche, le parti du Président, recueille 31,8% des voix au premier tour, selon les estimations Ipsos, loin devant LR (22%) et le PS (10%). Le FN obtiendrait 14% des voix.

Un paysage inédit. Une extraordinaire poussée macroniste mâtinée de dégagisme. Cinq semaines après avoir remporté son pari présidentiel, Emmanuel Macron est en passe de disposer d’une majorité plus qu’absolue sur les bancs de la future Assemblée nationale. Selon les premières estimations de l’institut Ipsos, La République en marche (LREM), le parti du Président, arrive largement en tête du premier tour des élections législatives avec 32,2% des voix avec son allié Modem. En 2012, un François Hollande fraîchement élu à l’Elysée avait permis aux socialistes d’obtenir 29,35% des suffrages. Mais cette année, une abstention historique et un effondrement des partis traditionnels pourraient permettre à En marche, créé il y a à peine plus d’un an, de s’arrogerde 390 à 430 sièges à l’issue du second tour dimanche prochain, d’après les premières projections. L’affaire Ferrand, les révélations de presse sur le Modem et la réforme du code du travail menée tambour battant n’ont donc pas remobilisé une gauche en pleine dépression ni découragé les électeurs macronistes. «C’est le dernier jour avant le nouveau monde», grince un hiérarque socialiste.

Après le choc de la présidentielle, Les Républicains se ressaisissent et devraient composer la deuxième force de l’Assemblée avec 21,5% des voix. Avec leurs alliés de l’UDI, ils pourraient compter sur 85à 125 députés. Après la qualification de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, le Front national s’imaginait en premier opposant face à Macron. Mais le parti de d’extrême droite n’obtient que 14% des suffrages (soit entre trois et dix députés). La France Insoumise, qui avait en partie siphonné les voix socialistes à la présidentielle, dégringole à 11% des voix.Lui-même candidat à Marseille, Jean-Luc Mélenchon et les communistes obtiendraient entre 11 et 21 sièges.

Propulsés au dernier moment dans cette campagne des législatives, pour la plupart novices en politique, les candidats d’En marche constitueront le plus gros bataillon d’une Assemblée par ailleurs profondément renouvelée sous le coup de l’entrée en vigueur du non-cumul des mandats, près de 40% de députés sortants ne se représentant pas. Au PS, seuls 140 des 291 députés élus en 2012 briguaient un nouveau mandat. Très rares sont ceux qui retrouveront leur siège dimanche prochain.

Abstention record

Après une année électorale ponctuée de deux primaires et d’une présidentielle, l’abstention atteint son record historique depuis le début de la Ve République pour ce septième tour de scrutin en sept mois. En hausse constante depuis 1997, elle atteint un peu plus que 50%. Effrayé par la vague macroniste annoncée ou découragé par les partis traditionnels, un électeur sur deux ne s’est pas déplacé dimanche. D’un point de vue démocratique, cette non-mobilisation pose question, mettant un président élu avec plus de 66% des suffrages (contre Marine Le Pen) face à une Assemblée dotée d’une faible légitimité. «C’est le grand n’importe quoi: une participation historiquement faible pour une majorité historiquement forte», lâche, dépité, le président du groupe PS sortant, Olivier Faure, en difficulté en Seine-et-Marne.

Divisée à peu près partout en France, c’est la gauche qui pâtit le plus de cette désertion électorale: elle a aligné des candidats en nombre qui se sont neutralisés, éparpillant de rares et précieuses voix. Fixé à 12,5% des électeurs inscrits, le seuil pour se qualifier au deuxième tour est mécaniquement passé à 25% des suffrages exprimés sous le coup de l’abstention. Autre conséquence, le nombre de triangulaire est en chute libre. Il y a cinq ans, 34 circonscriptions avaient eu un deuxième tour opposant trois candidats, le Front national venant troubler les duels gauche-droite. Cette fois, selon la plupart des instituts de sondages, il ne devrait y en avoir aucune.

Le PS fracassé, LR en fort recul

Du navire amiral au radeau de la Méduse. Après s’être fracassé sur l’écueil présidentiel, le Parti socialiste achève son implosion avec ces législatives. Le parti de Jaurès, Blum et Mitterrand termine avec un peu plus de 10% des voix. Contre 29,35% en 2012, dans la foulée de la victoire de François Hollande. Après un quinquennat décousu, la défaite est vertigineuse ! Alors que les socialistes avaient la majorité absolue en 2012, Jean-Christophe Cambadélis avait fixé vendredi le seuil de l’échec à… 15 députés. Une «tôle historique», pronostiquait même Benoît Hamon, pas du tout certain d’être réélu lui-même dans les Yvelines. Selon l’institut Ipsos (qui a agrégé les voix socialistes, radicales de gauche et écologistes) ces trois partis disposeraient de 20 à 35 élus. Les socialistes vont probablement devoir une fière chandelle à Hollande : en abaissant à 15 députés le nombre de députés pour former un groupe parlementaire, l’ancien président socialiste pourrait leur permettre a posteriori de ne pas totalement disparaître de l’Assemblée nationale.

Si le parti Les Républicains n’atteint pas l’état de décomposition des socialistes, il essuie une seconde défaite électorale et recueille autour de 21,5% des voix. Un score qui, d’après les projections, lui donnera dimanche prochain le deuxième groupe de la future Assemblée. François Baroin, chef de file des législatives, avait déjà dû remiser les rêves de cohabitation qu’il nourrissait en début de campagne, pour revoir nettement à la baisse ses ambitions. Après avoir imaginé approcher la majorité relative, LR devrait finir en dessous de son étiage actuel de 200 sièges. LR qui rêvait, au lendemain du second tour de la présidentielle, de prendre sa revanche aux législatives et d’imposer à Macron une cohabitation, avait, depuis, nettement revu à la baisse ses ambitions au cours de la campagne. Puis la droite a misé sur un bataillon de 200 députés pour finir par espérer sauver 100 à 120 sièges.

Photo de garde : AFP
Laure Equy  et
 Laure Bretton
Article tiré de Libération  le 11 juin 2017

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